Le Sourire du Scribe, 77

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 77

C’était là, j’en étais convaincu, la photo que Blanche avait à la main quand Georges l’avait rencontrée le jour du meurtre.

Puis mon excitation redoubla. Car j’avais déjà vu ce cliché.

Mais où ?

Impossible d’identifier le personnage. Je fermai les yeux, me concentrai, en vain. La question toupillait dans mon crâne : où ?

J’arpentais maintenant la chambre, espérant, à chacun de mes passages devant le bureau, que la réponse s’offrirait d’elle-même.

Comme tout s’éclairait, la porte pivota sur ses gonds, et Bouyou entra.

 

*    *    *

 

– Tu ne dors pas ?

– J’en ai peur.

– Je te dérange. J’aurais dû frapper.

– Tu peux encore le faire, si tu as des remords.

Il se campa devant moi :

– La série noire continue. J’étais au village tantôt.

Jablonski ! Un frisson me parcourut.

– Un nouveau décès ?

– Comme tu dis si bien. On a retrouvé la mère Moineau complètement décédée dans l’escalier de sa cave. Un état d’ébriété avancée semble avoir favorisé cette chute malencontreuse.

– Favorisé ?

– On n’a pas eu à la pousser bien fort, tu piges ?

– Pourquoi ne serait-ce pas un accident ?

– Fous-toi de ma gueule. C’est par hasard que tu allais chez elle hier ?

– Comment le sais-tu ?

– Je ne vois pas ce que tu serais allé faire sur la route de Langogne, sans canne à pêche.

– Tu m’accuses ?

– De continuer à ne pas tout me dire, oui.

– Tu n’es pas chargé de cette affaire.

– D’accord, Racine. Bonne nuit.

Furieux, il sortit en claquant la porte. Je la rouvris derrière lui.

– Michel ?

Il s’arrêta dans l’escalier.

– Excuse-moi, soupirai-je, je suis fatigué.

– Tu en fais trop, je te l’ai déjà dit.

Et il disparut.

Je ne lui avais pas menti. Fatigué, je l’étais en effet. Pourtant mon cerveau n’avait jamais aussi bien fonctionné.

J’abuserais en affirmant que cette photographie expliquait tout. Mais elle me fournissait enfin le maillon manquant de la chaîne reliant entre eux tous ces crimes : un mobile.

Je voulus quand même m’assurer que ma mémoire ne m’avait pas trompé.

Je n’eus guère à attendre. Bientôt, de ma fenêtre, je vis la silhouette massive de Bouyou se diriger vers le pavillon. Je descendis au salon.

Il était désert. J’allai droit aux rayons de la bibliothèque.

Pas de doute, c’était la même photographie ; complète, celle-là.

Je sentis un frôlement dans mon dos. Je me retournai. Ursule se tenait à moins d’un mètre de moi.

– Pas de chance, hein ? me dit-elle.

D’un geste lent, elle saisit le sous-verre, et, sans que j’eusse rien dit :

– Vous avez raison, il vaut mieux ne pas laisser ça là. Bonsoir.

Puis elle sortit, aussi silencieusement qu’elle était entrée.

 

(À suivre.)

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