Le Sourire du Scribe, 84

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 84

– Elle était scotchée sous un tiroir du secrétaire.

– Ça me dit effectivement quelque chose.

– C’est la moitié droite de la photo de mariage des Mouzon. L’assassin s’est acharné sur le visage, les yeux de Daniel.

– Impressionnant. Mais quel rapport avec Blanche ?

– Un matin, je ne sais trop comment, elle est tombée là-dessus. Et parce qu’elle n’était pas idiote, elle a compris qu’il y avait aux Sycomores quelqu’un qui détestait Daniel, et a jugé utile d’en conserver la preuve, en attendant peut-être de la montrer à Dumuids, en qui elle avait toute confiance, ou à Daniel lui-même, dont Estelle pense qu’elle était amoureuse.

– Pourquoi pas à Estelle, justement ? C’était sa grande copine.

– Elle était à Lyon ! À son retour, Blanche a cherché à lui parler, mais Estelle a cru qu’elle voulait lui faire une scène.

« Blanche aurait pu empêcher un meurtre. Elle en a déclenché une longue série. Le hasard a voulu que quelqu’un la surprenne, la photo à la main, et rapporte l’événement au cours du déjeuner : Georges, qui l’intimidait tant, paraît-il.

– Elle le fuyait comme la peste.

– De quoi a-t-elle eu peur ? Toujours est-il qu’elle a préféré mettre la photo en lieu sûr. Elle a choisi le secrétaire de la chambre d’amis. Elle se disait que personne n’irait retourner un tiroir vide.

« Mais il était trop tard. L’assassin savait qu’elle savait. Cela contrariait ses plans. S’il voulait encore tuer Daniel – et il n’était pas question pour lui d’y renoncer –, il faudrait d’abord, par précaution, se débarrasser de ce témoin gênant, et le plus vite possible. Le soir même, Blanche, en portant du café à Dumuids, pouvait lui toucher un mot de sa découverte. C’est alors qu’il a eu une idée géniale : s’introduire dans le bureau de l’écrivain pendant son absence, commander du café, tuer Blanche, et s’en aller. En rentrant, qui serait bien embêté ? Son beau-père ! Ainsi, il lui portait un nouveau coup, particulièrement cruel.

Les sourcils froncés, Bouyou alluma une boyard maïs.

– Jacques ? Ce serait donc lui le maître-chanteur et l’assassin ? Je ne marche pas. Pourquoi aurait-il voulu tuer Daniel ?

– Parce que, depuis toujours, il éprouve une passion secrète, mais dévorante, pour Claire.

– Quoi ? Tu rigoles ?

– J’en ai l’air ?

– Bon, d’accord, elle est canon. Mais qu’elle puisse intéresser Jacques...

– Ça nous dépasse, hein ? Pourtant c’est elle qu’il aurait voulu épouser. Elle lui a préféré Daniel, et il s’est rabattu sur Solange, l’aînée. Peu à peu, le veuvage a transformé son dépit en haine, pour Daniel, forcément, mais aussi pour Georges, coupable de la mort de Solange et de son enfant, pour Dumuids, avec qui, au début, les rapports n’avaient pas été des plus cordiaux, et peut-être pour tout le genre humain, hormis l’épouse de Daniel.

– Il cachait rudement bien son jeu.

– Il était incapable de manifester directement ses sentiments. Peut-être se serait-il contenté d’une photo comme victime sans cette intrusion de Blanche dans son domaine secret. Découvert, il perdait la dernière possibilité de déchaîner sa violence de façon symbolique ou fantasmatique.

 

(À suivre.)

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Publié dans Le Sourire du Scribe

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