Le Sourire du Scribe, 42

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 42

Mise en confiance, Nathalie s’était beurré une tartine. Elle renseigna Ursule tout en mangeant. Sa tante à vrai dire n’était pas au mieux de sa forme. Elle souffrait des reins.

– La pauvre ! C’est affreusement douloureux. Est-elle bien suivie, au moins ? C’est toujours Imbert qui exerce là-bas ? Il n’est pas mal. Mais je lui conseillerais de voir Mathurin à Clermont. Un as.

Georges approuva d’un grognement.

– Ça me fait de la peine, reprit la veuve. Je vais lui écrire.

J’enrageais. De quel droit Nathalie venait-elle s’immiscer dans mes affaires ? Plus qu’une heure avant mon rendez-vous. C’était fichu. À moins de tout lui révéler. Mais le grimaçant m’avait demandé la plus grande discrétion. Pour comble d’infortune, j’allais devoir déménager. Ursule n’offrirait sûrement pas son toit à Nathalie. D’ailleurs, je n’y tenais guère.

Je sentis un regard posé sur moi. Je levai les yeux. Estelle détourna les siens. Puis elle quitta la table et sortit.

La conversation portait maintenant sur la rareté des cars assurant la liaison Fontvielle-Clermont.

– Un scandale, pestait Georges. Un seul car par semaine, c’est se foutre du monde ! Alors comme ça, vous avez fait du stop ? Il paraît que ça ne marche plus.

Nathalie le détrompa. Elle s’était levée tôt, en prévision d’une longue attente, mais au bout de dix minutes un routier s’était arrêté. Un homme charmant, qui connaissait bien Les Arsins, et l’avait chargée de transmettre ses condoléances à madame Dumuids.

Et l’on parla des routiers. Ursule et Jacques les plaignaient, Claire trouvait qu’ils prenaient trop de risques. De temps à autre, je jetais à Nathalie un regard suppliant. Elle finit par s’en apercevoir, et, brusquement :

– Excusez-nous, dit-elle en se levant, mais il faut que nous partions.

– Déjà ? dit Ursule. Vous resterez bien déjeuner.

– De toute façon, gronda Georges, je ne pense pas que monsieur Racine puisse filer sans l’autorisation du juge. Il est ici en résidence surveillée, quoique confortable.

Nathalie ne se laissa pas démonter :

– Eh bien, nous irons voir ce juge.

– Ma voiture n’est pas réparée, dis-je.

– Comment ? Pas encore ?

– Il y a beaucoup à faire : le train avant à changer, les amortisseurs, un peu de carrosserie et de peinture...

– Heureusement, Baroncle est un excellent mécanicien, intervint Ursule.

– Mais votre ami un très mauvais conducteur, reprit Georges.

– Je peux vous emmener à Clermont, proposa Jacques.

Pour parler poliment, j’étais dans l’embarras. L’heure du rendez-vous approchait, et Rohon m’accorderait sans doute une escapade à Fontvielle. Il n’y avait plus qu’une solution : rompre avec Nathalie. Si c’était dans mes projets depuis le jour de mon arrivée, j’avais prévu de tout autres modalités. Désormais je devrais me passer de fioritures.

Jacques attendait une réponse à son offre.

– C’est très aimable à vous, dis-je, mais je me contenterai de téléphoner. Un peu de marche me fera du bien après cette nuit agitée. Et j’en profiterai pour pousser jusqu’au garage.

– Je t’accompagne, dit Nathalie.

Ursule insista :

– En tout état de cause, vous déjeunerez ici.

 

*    *    *

 

(À suivre.)

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