Le Sourire du Scribe, 37

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 37

À part les bidons jonchant le ciment non loin de brunes taches de sang, je ne voyais rien d’exceptionnel. Les trois voitures étaient sagement rangées côte à côte. Au fond du garage, des piles de pneus râpés et de cartons vides, des bâches ; des cannes à pêche debout contre le mur, de vieux vêtements pendant à un portemanteau, un établi couvert d’outils hétéroclites et rouillés. On n’avait pas la passion du bricolage, aux Sycomores.

Je levai les yeux vers le faux plafond de toiles d’araignées, refis un bref tour d’horizon, et avouai ma perplexité.

– Vous me décevez, triompha Georges.

Le genre d’adversaire dont j’ai horreur aux échecs.

– Trêve de devinettes. Instruisez-moi.

– Avec plaisir, professeur. Figurez-vous que j’ai d’abord cru à votre histoire. Seulement voilà : que faisait ce type ici ?

– C’était peut-être une femme, ne l’oubliez pas.

– D’accord. Disons X. Ça devrait convenir à un matheux comme vous.

– De deux choses l’une : ou bien X attendait Jacques, ou bien Jacques l’a surpris.

– Dans le premier cas, on comprend mal qu’il n’ait été que légèrement blessé.

– Vous préféreriez qu’il soit mort ?

– Je veux seulement dire qu’alors l’affaire aurait un sens. X serait l’assassin de Raoul et de Blanche. Il aurait tué Jacques pour supprimer un témoin, un obstacle, ou pour une autre raison, qui resterait à déterminer.

– Il ne visait peut-être qu’à lui faire peur.

Georges se massa le menton.

– Ce n’est pas idiot, admit-il. D’autant qu’à part ces plaies bénignes au visage, il ne présente aucune trace de coup.

– Une matraque n’en laisse pas forcément.

– Je vois que vous vous y connaissez.

– Vous ne lisez jamais de polars, vous ?

Il sourit presque, avant de reprendre :

– Dans le second cas, X se débrouille indiscutablement comme un amateur. Ce garage offre quantité de cachettes, c’est ce que j’essayais de vous faire remarquer tout à l’heure. Les voitures, par exemple ; la mienne n’est même pas verrouillée. Et puis celle de Jacques fait un tel raffut que n’importe qui aurait eu le temps de se carapater.

– Attendez : X entend la 204 ; il se dissimule sur place plutôt que de s’enfuir, parce qu’il craint d’être pris dans la lumière des phares.

– Ce n’est pas ça qui va l’arrêter.

– Et s’il craint d’être reconnu ?

– Intéressant ; continuez.

– X se cache. Où ? Derrière la voiture des Mouzon.

– Qu’en savez-vous ?

– Jacques a voulu allumer. L’autre l’a bousculé et s’est enfui.

– À sa place, j’aurais choisi une meilleure planque.

– Parce que vous connaissez l’emplacement de l’interrupteur. En tout cas Jacques n’est pas tombé tout seul. Rappelez-vous sa réaction quand je me suis penché sur lui.

– Il n’a pas confirmé vos dires.

– Il ne les a pas infirmés non plus, et je les maintiens. Jacques a été l’objet d’un attentat prémédité. Je vous retourne votre question : que faisait l’inconnu ici ? De la mécanique ?

J’avais ajouté ces derniers mots sans réfléchir. Georges fit claquer ses doigts.

 

(À suivre.)

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Publié dans Le Sourire du Scribe

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