Le Sourire du Scribe, 72

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 72

Ce n’est que plus tard dans l’après-midi que le soupçon me vint, en même temps qu’à Estelle.

Nous déambulions dans le parc, la mine défaite, silencieux, cherchant à fuir nos pensées. Mais nous y étions englués, et je finis par questionner la jeune fille sur cet Aspro dont Jacques m’avait révélé l’existence. Elle sourit tristement : Blanche ne s’intéressait pas aux hommes.

– Sauf peut-être à Daniel, ajouta-t-elle.

Elle n’en dit pas plus, parce que cela suffisait, et qu’elle avait dû prononcer le nom du défunt. Alors, nos regards se croisant, nous le répétâmes ensemble, nous avions compris.

Daniel avait été assassiné.

J’ignore comment nous en vînmes si tôt à cette certitude, avant même d’avoir pu observer le moindre indice digne de ce nom. Mais nous retournâmes explorer minutieusement la chambre. Le corps reposait à présent sur le lit. Claire avait nettoyé elle-même les plaies. Elle était assise, comme prostrée, dans un fauteuil qui occupait un angle de la pièce. Elle ne fit aucune attention à nous.

Nous savions où chercher, et trouvâmes rapidement. Sur le montant du lit le plus proche de la fenêtre, à une dizaine de centimètres du sol, Estelle remarqua deux trous minuscules, faiblement espacés.

Restait la table de nuit. Elle avait été redressée. Estelle ouvrit le tiroir.

– Une paire de lunettes ? risquai-je.

– Vous avez du flair.

– Ça peut servir. Désormais, notre vie ne tient qu’à un fil.

– Qu’est-ce que Daniel pouvait bien avoir découvert ?

– Et s’il n’avait rien découvert du tout ?

Car, par une de ces intuitions dont, n’en déplût à Claire, même les scientifiques sont parfois capables, j’avais entrevu, l’espace d’un instant, la vérité sur l’affaire des Sycomores.

Mais il me manquait l’essentiel : un coupable.

Estelle me regardait, la main posée sur l’odieuse pendulette. Dans une chambre voisine, le plancher craqua.

– Vous savez où habite la mère Moineau ? demandai-je. J’aimerais lui rendre une petite visite.

– Maintenant ?

Les marches grincèrent. Un bruit de voix nous parvint d’en bas.

– Le plus tôt sera le mieux.

Estelle hocha gravement la tête :

– Allons-y. Je vous guide.

Nous dévalâmes l’escalier. Georges surgit dans le vestibule.

– Où allez-vous ? nous lança-t-il.

Sans répondre, le bousculant presque, nous courûmes à la R11.

 

*    *    *

 

Nous prîmes vers Les Arsins. La pluie redoubla, et nous soulevions de longues gerbes d’eau sale.

Estelle me fit tourner à droite juste avant la maison de Dorothée. Je m’en souvenais maintenant : la route de Langogne !

– Encore deux kilomètres. Une vieille bicoque perdue dans la nature.

Je surveillais le rétroviseur.

– Vous croyez qu’on va nous suivre ?

– C’est déjà fait.

 

(À suivre.)

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