Le Sourire du Scribe, 64

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 64

– Sympa, votre ami, commentai-je.

– Et compétent. Que cherchez-vous au juste ?

– Des renseignements sur l’affaire Motteux.

Grâce aux souvenirs de Jacques, nous repérâmes rapidement le bon recueil, que nous commençâmes à feuilleter.

– Voilà, dit-il enfin. C’est curieux, la mémoire : je me rappelle mot pour mot cet article, bien qu’il date de cinq ans.

Je le lus avidement, puis passai au numéro du lendemain. À la une s’étalait la photographie de Motteux. Malgré moi, je tressaillis.

– Il était barbu, constatai-je.

– Ça lui donne un air diabolique, vous ne trouvez pas ?

Une demi-heure plus tard, nous quittions la salle. Nous aperçûmes Anglade sautillant entre deux bureaux. De loin, nous le remerciâmes. Il leva la main, et disparut, happé par une porte battante.

Au retour, je fis un effort pour modérer mon allure. Jacques ne parut pas s’en rendre compte.

– Dites-moi, demanda-t-il quand nous eûmes fini de doubler un très long camion, qu’est-ce qui vous intéresse tant dans l’affaire Motteux ?

Je me décidai :

– Ce qui la relie à l’affaire Dumuids.

– À cause de Blanche ?

– Oui. Je ne m’explique pas que Rohon néglige cette piste.

– Je vois, dit-il. Motteux serait votre barbu. Mais pourquoi ce meurtre ? Mon beau-père était une des rares personnes à le croire innocent. Ou alors il n’aurait pas supporté que les Dumuids adoptent sa fille, qu’elle lui échappe... Non, ça ne me convainc pas.

– Vous avez raison, ça ne tient pas debout.

– Rohon n’est probablement pas si naïf qu’il en a l’air.

– Ça ne l’a pas empêché de lancer les gendarmes sur les traces d’un fantôme.

– Il fallait bien amuser la galerie. Tiens ! quand on parle du loup...

Plusieurs véhicules d’un bleu caractéristique stationnaient, vides, à l’entrée du sentier menant aux Sycomores. Dans le bois, des silhouettes s’agitaient. Je reconnus celle de Lapalus.

– Que cherchent-ils donc ? reprit Jacques. C’est un peu tôt pour les champignons.

– Et on n’a pas besoin de chiens pour ce genre de gibier.

– Ah ? Ils avaient des chiens ? Je n’ai pas fait attention. Mais je vous rappelle que vous êtes censé regarder la route.

Aux Arsins, il me montra une maison, à l’angle de la grand-rue et de la route de Langogne, à côté du bureau de tabacs :

– L’antre de la mère Fourcade. Vous l’avez vue, derrière ses carreaux ?

– Ne me distrayez pas quand je conduis.

Je le déposai aux Sycomores.

– Vous repartez ?

– Une course à faire. À tout à l’heure.

J’achevais mon demi-tour, quand un coup violent frappé contre la carrosserie me força de m’arrêter. C’était Georges, surgi de nulle part. S’encadrant à ma portière, il ricana.

– Toujours aussi paumé, Louis Racine. Vous êtes sûr que vous écrivez des polars ?

– Vous êtes sûr que vous êtes médecin ? me retins-je de répondre, moins pour éviter la récidive qu’ébranlé par cette vérité incontestable : je pataugeais.

Je le plantai là d’un coup d’accélérateur rageur et retournai au village, où je garai ma voiture près de l’église. Moi qui n’avais jamais mis les pieds dans ce genre de placard, j’allais enfin connaître l’expérience du confessionnal.

 

*    *    *

 

 

(À suivre.)

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