Le Sourire du Scribe, 91

Publié le par Louis Racine

Le Sourire du Scribe, 91

 

ÉPILOGUE

 

Estelle m’a accompagné à Tours, où elle s’est inscrite en deuxième année de licence de lettres modernes. Elle n’a pas abandonné le théâtre : elle vient de rejoindre une troupe d’amateurs, qui monte cette année une comédie de Musset. La ville et la région lui plaisent. Elle les connaissait déjà, pour les avoir visitées autrefois avec des cousins de son père. Nous nous sommes installés dans le centre historique, Nathalie conservant le trois pièces cuisine que j’habitais avec elle.

Je la revois de temps en temps. Elle est même venue chez nous. Nous causons de choses et d’autres, mais tôt ou tard nous évoquons l’accident.

De son côté, Estelle m’a parlé de sa liaison (clandestine : elle n’eût sûrement pas été du goût d’Ursule) avec Benoît Lethuillier, un voyou sympathique, et assez amoureux d’elle. C’est à cause de moi qu’une fameuse nuit elle a choisi de rompre.

Ursule aussi a déménagé. Elle s’est établie à Clermont, chez les Bouyou, en attendant leur départ. Car Michel a su par une indiscrétion qu’il serait prochainement muté dans la région parisienne. Elle a décidé de vendre les Sycomores – Baroncle est intéressé – et entrepris des démarches pour adopter Delphine, qui vient d’avoir dix-sept ans.

Motteux, son véritable père, s’est pendu chez Manoury, quelques jours avant qu’il rentre de vacances. La perspective d’une proche réhabilitation n’avait pas suffi à lui redonner le goût de vivre.

Il laissait, griffonnée sur une enveloppe, cette seule phrase : « Prenez soin de la petite. »

Il avait souhaité être incinéré. J’ai assisté à la cérémonie. Ursule s’était occupée de tout. Delphine était là, ainsi que Jablonski, en civil ; pas de service religieux, bien sûr.

Le prêtre n’a rien perdu de son mordant. Il se plaint en chaire du nouveau préfet de Saint-Jo, un démon, comparé à son prédécesseur.

Mélanie Baroncle m’a écrit, pour me remercier de l’avoir aidée à progresser en mathématiques.

Frérot est passé à la culture.

Nous avons hébergé Claire pendant une semaine. Elle est méconnaissable, comme éteinte. Vivre à Strasbourg lui est devenu odieux. Rohon, à ce qu’elle prétend, la poursuit de ses assiduités. Mais le décès de Daniel est encore trop récent. À suivre, donc.

Je n’aurais jamais proposé ce livre à mon éditeur sans les encouragements avisés d’Estelle. Elle m’a aidé à concevoir ce travail comme une saine distraction, mieux, un exercice salutaire. Guidé par ses conseils, je ne me suis pas contenté de modifier les noms des personnes ou des lieux, mais j’ai entièrement remanié l’histoire, sans craindre d’ajouter ni de retrancher à la réalité, si bien qu’il est presque impossible de reconnaître les faits dont je me suis inspiré. Néanmoins, pour éviter toute ambiguïté, j’ai décidé de signer de mon véritable nom ce qui ne doit pas être considéré comme un simple volume de plus dans ma veine policière, mais plutôt comme un récit autobiographique largement romancé.

L’intégralité de mes droits d’auteur sera reversée à des associations de soutien aux mineurs victimes d’abus sexuels.

Tours, octobre 87.

 

 

 

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