Le Tube, 25A/27

Publié le par Louis Racine

Le Tube, 25A/27

 

25A. Un long fou rire

Vendredi 10 août 1990

 

Corine en était là de ses réflexions, quand elle se sentit brusquement envahie par la nausée. Sa blessure, sûrement, mais aussi...

Un agaçant soupçon lui était venu. Elle voulut le bannir de son esprit, mais il avait mis le pied dans la porte.

Et si ce tube n’était qu’un leurre, comme cette photo truquée destinée à accréditer soit la naïveté soit le manque d’envergure de Ravenel ?

Savoir qu’il venait de Charpot ne la rassurait qu’à moitié.

Elle émergea de ses pensées en entendant Sabrina pleurnicher.

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

– Excuse-moi, renifla-t-elle, c’est le contrecoup. Il l’avait bien cherché, mais c’est dur quand même. En plus je l’ai pris en traître. J’ai tiré sans réfléchir.

Corine lui passa l’index le long du bras.

– T’en fais pas, va. C’est moi qui ne t’ai pas assez remerciée d’avoir abattu ce salopard. Il n’a eu que ce qu’il méritait. Ça, c’était un lâche, un vrai.

– Et puis j’ai peur que ma grand-mère ait des ennuis. On aurait peut-être dû se débarrasser du fusil.

Corine sourit. L’ingénuité de Sabrina avait des limites.

– Je suis pas inquiète. Même si les enquêteurs retrouvent la balle, ça m’étonnerait qu’ils soupçonnent ta mamie.

– Mais moi ? Le moustachu va témoigner.

– Il va d’abord falloir qu’il s’explique sur plein de choses.

– Et les pistolets ? Qu’est-ce qu’on va en faire ?

– Je vais les fourguer, tiens ! J’ai une adresse.

– Ralph aussi il a ses contacts. C’est mon ex. Je sais pas pourquoi je te parle de lui.

– Ralph Pautrat ? Je connais. Un sacré numéro. C’est toi qui l’as quitté ? Tu as bien fait. Tu vaux mieux que ça.

Elles arrivaient à l’hôpital. Corine attendit longtemps avant de voir un médecin. Quand elle sut qu’elle serait examinée par Nédellec, elle eut une moue si drôle et qui amusa si fort Sabrina qu’elles s’entraînèrent l’une l’autre dans un long fou rire auquel n’était guère habitué le service des urgences.

Elle échappa de justesse à l’amputation.

 

Axel sortit de la caverne au moment précis où l’hélicoptère franchissait le bord de la falaise. Il avait deviné juste. C’était un engin de l’armée.

Sauvé ! De son bras valide, il arracha sa chemise et s’en fit un drapeau qu’il agita frénétiquement.

L’hélicoptère avait commencé à mitrailler l’ennemi, et celui-ci à riposter. Le géant ajustait bien ses tirs et l’obligea à s’éloigner. Il amorça un large virage et la catastrophe se produisit. Au lieu de revenir, comme il en avait évidemment l’intention, il continua tout droit ; perdant peu à peu de l’altitude, mais prenant une étrange inclinaison, il fonça droit sur le bateau, qui n’était plus qu’à quelques centaines de mètres. Et Axel, épouvanté, le vit s’écraser sur la passerelle, dans une gerbe de flammes. Une formidable explosion, puis deux autres coup sur coup déchirèrent le ciel. Le souffle projeta littéralement le témoin dans la caverne. Les flots se creusèrent, une vague énorme balaya le rivage. Au loin, la mer continua de brûler, un nuage noir filait vers le sud. À part ça, c’était fini.

La première pensée d’Axel quand sa conscience reprit le dessus fut pour Ulysse. Des assaillants, pas un n’avait survécu, mais – miracle ! – la cabane paraissait intacte. Cependant des tirs avaient pu atteindre le blessé à travers les branchages.

Étonné de pouvoir encore tenir debout, il s’avança. Il comprit assez vite que ce reliquat de vigueur s’envolerait à la moindre nouvelle chiquenaude du destin. Et, à mesure qu’il se rapprochait de l’abri, il sentait grandir à nouveau en lui l’amertume et le désespoir. N’eût-il pas mieux valu pour eux deux que le malheureux fût mort, puisque tout secours semblait devoir leur être refusé ?

Il vivait.

Axel pleura. C’était de joie et d’horreur mêlées. L’horreur l’emportait, et il éprouvait à nouveau la tentation d’anticiper la solution du problème Ulysse par un geste radical, dût-il lui coûter tout ce qui lui restait d’énergie, quand, en se redressant d’un violent élan, il sentit dans la poche de son pantalon le tube qu’il y avait glissé.

Ce fut comme une bougie s’allumant au cœur des ténèbres.

 

Demain : Une belle mécanique

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