Le Tube, 24C/27

Publié le par Louis Racine

Le Tube, 24C/27

 

24C. Le renard, la méduse et le chimpanzé

Samedi 17 juin 1989

 

Camille Têtenoire pouvait s’empêcher de trembler, non de suer. Une fois dans la maison, il essaya de se détendre, mais l’excitation était trop forte. Il venait de réaliser un vieux rêve, qui datait du jour où Cathy avait emménagé dans le quartier. Sauf que la suite était différente.

La clé avait parfaitement fonctionné. Du beau travail. Et personne ne l’avait vu, puisqu’il était entré par derrière.

Il enfila ses gants.

Il faisait encore suffisamment jour pour qu’il n’eût pas besoin d’allumer. Voilà un indice : les volets étaient ouverts, donc Cathy était partie dans la journée.

Le répondeur ne lui apprit rien d’intéressant. Des employeurs qui s’étonnaient de ne pas avoir de ses nouvelles et lui demandaient de les rappeler, l’institutrice de Sue Ellen, pour savoir si la petite participerait au spectacle de fin d’année.

La maison était propre et rangée. Cathy tenait bien son intérieur. Il descendit à la cave. Là, il n’éclaira pas non plus, à cause du soupirail, mais se servit de sa mini-torche. Il remonta bredouille.

Il avait gardé le meilleur pour la fin : l’étage, où s’attardaient les derniers rayons du soleil.

Il explora sans succès les deux chambres et la salle de bain. Puis, le cœur cognant dans sa poitrine, il fouilla dans les affaires de Cathy. Il trouva assez vite les vibromasseurs, qu’il remit soigneusement en place dans leur trousse ; il lui fallut plus de temps pour choisir la petite culotte qu’il emporterait. Finalement il en prit deux, une propre et une sale.

Il quitta discrètement la maison et rentra chez lui.

– Et le pain ?

– Euh... Y en avait plus. Tant pis ! On mangera des biscottes.

Il l’avait oublié chez Cathy, près du répondeur.

 

Quand Jean comprit que ce n’était pas Margot qui se tenait derrière lui, il plongea sur le côté tel un gardien de foot et renversa le pied du micro de Sandra. Des bougies s’allumèrent sur le comptoir du bar, noyant tout le fond de la scène dans l’ombre du piano. On s’y agitait beaucoup. Nabil avait quitté son estrade, des lumières clignotaient en haut, dans le local donnant sur le couloir de l’immeuble, on entendait comme une lutte. Une fraction de seconde, le visage d’un inconnu fut éclairé en plein et Jean le grava dans sa mémoire.

Puis les lampes se rallumèrent, dans un cri général de soulagement, suivi d’une rumeur inquiète.

Malika était réapparue au bas des marches du petit escalier, souriante mais tendue, suivie de Nabil, souriant, mais la moitié du visage en sang.

– C’est réparé ! lança-t-il. La fête continue ! La prochaine consommation est offerte !

Et, impérial, d’un seul mouvement de son poignet potelé, il rassit la clientèle. Alors Margot lança So What. Jean l’approuva du regard ; il ne lui en voulait nullement de l’avoir frustré de son introduction. Et Sandra vint remercier sa sœur à l’oreille d’avoir choisi un instrumental pour lui laisser le temps de récupérer.

Jean ne parvenait pas à chasser de son esprit l’image entrevue tout à l’heure. Des traits inoubliables : une tête de renard. Avec l’espèce de méduse qui trônait au milieu de la salle et l'éléphant qui gardait l’entrée, ça faisait un drôle de bestiaire. Il ne manquait que le grand échalas de la veille et sa gestuelle de chimpanzé. Mieux valait quand même qu’il ne reparût point : il avait partie liée avec Corine Rouge.

Pendant que Jean s’interrogeait sur le déroulement et la signification exacts des récents événements, Nabil, qui s’était nettoyé le visage, avait pris place derrière le comptoir, Malika sur ses genoux. Il la consolait comme il pouvait, la pauvre chatte ; peut-être qu’un rôle dans son prochain long métrage, celui qu’il devait tourner sur le yacht de Marun... ? Il consulta Sergio du coin de l’œil. Tout était rentré dans l’ordre. Il faudrait qu’il pense à les remercier, Charles et lui. D’accord, dans un premier temps ils s’étaient fait avoir ; mais lui le premier ! Comment avait-il pu oublier l’accès par le couloir ? Grâce à leur vigilance, le pire avait été évité, et les Urubus avaient grillé un de leurs agents. Ce type à tête de renard n’avait pas intérêt à se repointer dans le coin.

Nabil soupira d’aise. Sa main, qu’il passait machinalement dans le dos de Malika, rencontra le bord de son pull, puis une peau satinée, puis un obstacle caractéristique. Il laissa ses doigts jouer un moment avec, tout en susurrant à l’oreille de son employée :

– Je te l’ai déjà dit, mon poussin, le string, ça fait vulgaire.

 

Lundi : Un long fou rire

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