Le Tube, 4A/27

Publié le par Louis Racine

Le Tube, 4A/27

 

4A. Les Urubus attaquent

Mercredi 8 août 1990

 

Denis Boivin respirait à tout petits coups, osant à peine cligner des paupières. Il se sentait pratiquement mort.

Et bientôt il le fut en effet. On venait de lui fracasser le crâne d’un coup de crosse.

Fébrilement, Grégoire Pujol retourna le corps asymétrique.

– Comme on se retrouve, salopard ! murmura-t-il avec une grimace de dégoût.

Puis il le fouilla méthodiquement.

Sans succès.

– Pas très coopératif, hein ?

Pujol se releva, aidé de sa lampe-torche explora du regard la cabine toujours à demi plongée dans l’obscurité. Il s’arrêta un bref instant sur le corps de Scott Lapp. Mais l’heure n’était pas aux regrets, même sincères.

Brusquement le faisceau lumineux s’immobilisa sur les plantes vertes.

– Gros malin !

Et une main nerveuse retourna la terre des pots, se secouant régulièrement de sa noire récolte, tandis que des jurons éclataient dans l’inanité des efforts.

Enfin Pujol mit toute la cabine sens dessus dessous – sans plus de résultat.

Alors il considéra de nouveau le cadavre, et une dernière idée lui vint, qu’il se serait empressé de vérifier si l’opération avait dû se dérouler sur un terrain moins scabreux. C’est avec une certaine répugnance au contraire qu’il se résolut à sonder le rectum du défunt.

Toujours rien.

Ainsi, le colonel avait raison.

Beaucoup d’amateurs auraient deviné où chercher. Mais, si noble que soit l’objectif, vouloir venger un frère ne suffit pas à donner du génie. Et Grégoire sanglotait, vaincu par tant d’échecs, quand un choc sourd ébranla la coque du navire.

Les Urubus attaquaient.

 

Jaime braquait sur Ulysse un flingue énorme.

– Alors, lé danseur ? On ba santer mainténant ?

Ulysse Pinault réfléchissait aussi vite qu’il pouvait. À travers les vitres du poste de pilotage, les rayons du disque lunaire venaient lui caresser les avant-bras. Il eut comme une inspiration :

– Je suis avec vous, mec. Si tu ne me crois pas, demande à Corine.

Jaime demeura impassible.

– Corine ? Connais pas. Zé débrais régretter, pétêtre ?

Et il eut un geste obscène.

C’est alors qu’un groupe d’hommes en armes surgit dans la cabine. À leur tête, Ulysse reconnut le colonel Fromager.

– Ce cher Pinault ! aboya le colonel. Naufrageur à la manque, va ! J’aurais dû te faire la peau depuis longtemps.

– Moi, un naufrageur ? articula Ulysse malgré le canon qui s’enfonçait sous sa mâchoire. Désolé si je vous ai fait peur, mon colonel.

Fier de lui – presque inquiet même de son propre calme, après les récents flottements de sa raison –, il tourna les yeux vers Jaime. Il était certain de pouvoir gagner du temps.

– Dis-leur, toi.

Le Mexicain fronça les sourcils.

– Dire quoi ?

– Pour Corine.

– Te fous pas de notre gueule, dit Fromager.

Au même moment, Ulysse reçut un violent coup de crosse dans le dos. Il tomba à genoux. C’était loupé. Il s’en voulut de son outrecuidance. Comment aurait-il pu triompher des Urubus ?

À travers un voile, il distinguait, sur le fond noir du ciel, le disque de la lune, animé de son mouvement de va-et-vient, comme le balancier d’une gigantesque pendule, tandis que les coups pleuvaient à un tout autre rythme.

– Il a son compte, dit une voix.

Le ciel s’était encore assombri, barré par un long nuage, derrière lequel la lune disparut tout à fait.

 

Demain : Le jour du PDG

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