Sauve, 24

Publié le par Louis Racine

Sauve, 24

 

Lundi 19 juin 2006

Si ça se trouve, Louis est un gros beauf, qui se balade avec un chien d’attaque. Un pitbull malade en voiture, ça me ferait rire, mais je n’ai aucune envie de le rencontrer, ni son maître ! Pauvre Titus, pauvre Alice, ce ne serait vraiment pas de chance !

Je manque d’éléments. La taille du tee-shirt ne veut pas dire grand-chose, surtout pour un article publicitaire. L (comme Louis !), donc de corpulence moyenne en fait. Ça peut aller de la bonne pâte un peu boudinée au petit nerveux qui flotte dans sa misère. Son âge ? Encore plus difficile à déterminer. Un jeune ? Un vieux ? Forcément la question se pose de savoir si je serais tentée de coucher avec lui. Je croyais que le sexe ne me manquait pas du tout, mais c’est une idée que je me suis mise dans la tête volontairement dès les premiers jours de la disparition, pour pouvoir supporter cette abstinence forcée. Je vois bien à certains de mes rêves que ça me travaille. Je tiens ça à distance, après tout si ça peut s’arranger pendant mon sommeil... Mais non, ça ne s’arrange pas. J’en viens même parfois à envisager le recours à des substituts.

Quel style !

Autre erreur, ou plutôt autre arrangement avec la vérité : avoir cru que mon ex-mari m’avait dégoûtée de la chose. C’est de lui qu’il m’avait dégoûtée ! Et c’est ce que j’ai mis le plus de temps à admettre, parce que je l’aimais (ou croyais l’aimer) et que je ne voulais pas mêler le sexe à tout ça. J’étais bien sotte !

Pour en revenir à Louis, je ne serais pas trop exigeante quant à son physique. Pas seulement à cause des circonstances. Je n’ai jamais compris (sans jamais réussir non plus à leur faire comprendre) ces femmes qui rêvaient d’un Apollon. Qu’elles rêvent, d’accord. Je ne prétendais pas leur interdire ! Mais qu’elles ne se rendent pas compte qu’elles entretenaient leur frustration, tout en se préparant de beaux ridicules, alors qu’elles avaient auprès d’elle un homme adorable qu’elles ne savaient simplement pas adorer, ça me rendait folle.

En écrivant ce dernier mot, j’éprouve la même impression qu’hier, le sentiment de toucher du doigt quelque chose d’important dans ma vie, quelque chose qui n’a pas de rapport direct avec le sujet, et qui pourtant pourrait tout expliquer. C’est agaçant cette partie de cache-cache ! J’espère que ça me reviendra. Peut-être en me relisant.

Je le précise au passage, si Douiri m’a dégoûtée de lui, c’est bien sûr par son comportement, pas par son physique.

J’ai fait un portrait de Louis, je le regarde de temps en temps, pas trop souvent. Je suis en pleine contradiction !

Je chante comme une casserole, mais en dessin je me débrouille.

Bon, ça ne me revient pas. Plus tard.

 

Arrêtée au milieu d’une côte. Depuis ce matin la voiture peinait dans les montées, là c’est comme si le moteur s’était étouffé. Et il refuse de redémarrer. JE SUIS EN PANNE, MERDE ! Pour tout arranger, l’orage qui couvait vient d’éclater. En quelques secondes, la chaussée s’est transformée en rivière. Il fait sombre comme en pleine nuit (vive la lampe frontale !), une nuit sillonnée d’éclairs aveuglants et déchirée de coups de tonnerre assourdissants. Je sais bien que la voiture me protège (la fameuse cage de Faraday), mais je ne suis pas complètement rassurée. En tout cas ce n’est pas ça qui va régler mon problème de moteur. Dommage ! Ce serait magique : un bon coup de jus, et hop !

Il y a une camionnette immobilisée plus bas dans la pente. Une solution, non ? Et comme ça plus besoin de remorque. J’hésite à cause du gabarit. Je ne dois pas faire la difficile, et puis on pourra toujours changer plus tard, mais à condition de ne pas prendre plus petit, ou alors il faudra trouver une nouvelle remorque. À moins que cette camionnette n’ait un crochet d’attelage ? Je n’y ai pas fait attention, c’est pourtant une chose que je regarde systématiquement depuis que je songe à changer de véhicule. Mais pas sur les camionnettes...

La nuit tombe, la vraie. J’ai de quoi dîner, il ne fait pas trop froid, autant dormir sur place. Un petit tour avec Titus, et au lit !

 

Pas eu le courage de gravir la côte jusque au sommet, ni même de descendre jusqu’à la camionnette, avec la montée au retour. C’est beaucoup plus loin que je le croyais, et la pluie persiste, elle ! On verra ça demain. Rien ne presse.

 

Mardi 20 juin 2006

Mal dormi. Rêvé du grand cerf, qui me proposait de m’emmener sur son dos (Titus n’était pas là). Hélas ! des chasseurs survenaient dans un énorme 4 × 4 (avec eux, parmi leurs chiens, Titus, le traître !) et il détalait. J’ai cru être réveillée par de vrais aboiements, mais ils appartenaient à mon rêve, autour de moi tout était calme, comme maintenant. Je n’ai pas réussi à me rendormir. Le jour va se lever. Il ne pleut plus, mais le ciel est couvert, c’est une matinée tristoune qui s’annonce, et j’éprouve une grande fatigue rien qu’à l’idée du transbordement (le moteur ne veut toujours rien entendre, ou plutôt continue à se taire ; un sourd-muet, quoi), moi qui d’habitude aime bien ce genre de challenge, m’organiser, m’adapter (depuis quelques semaines, je suis servie !!!).

J’ai eu largement le loisir d’imaginer d’autres possibilités, comme celle de voyager à pied. Des soucis en moins, certes, mais beaucoup de difficultés en plus ! Pas à dire, le progrès avait du bon !

 

Mercredi 21 juin 2006

Je suis donc allée chercher la camionnette avec Titus. Comme je m’y attendais, elle était pleine ! Rien que des appareils hi-fi, des ordinateurs et des téléphones portables dans des cartons sommairement étiquetés, peut-être des contrefaçons, de la contrebande. Pas eu envie de m’occuper du déchargement tout de suite. Je n’étais plus très sûre de garder la camionnette. Ça ne m’empêchait pas de l’utiliser. Le démarrage en côte a été laborieux, mais apparemment l’embrayage n’avait pas trop souffert, peu à peu j’ai pris de la vitesse, j’ai rejoint la voiture et j’ai continué, histoire de jeter un œil sur l’autre versant, où il pouvait y avoir d’autres véhicules intéressants. Je ne sais pas pourquoi, mais pendant la montée j’avais le cœur qui battait fort, comme si je m’attendais à avoir un choc. Une drôle d’intuition, difficile à expliquer, impossible à raisonner.

Enfin j’ai atteint le sommet, j’ai ralenti, et j’ai vu.

 

(À suivre.)

 

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