Sauve, 17

Publié le par Louis Racine

Sauve, 17

Par ordre chronologique :

Dans une rue près de l’Hôtel de ville, je remarque une armurerie, entre une librairie, une galerie de peinture et un disquaire. Cherchez l’erreur ! Comme j’ai finalement décidé de m’armer, j’en profite. Une visite n’engage à rien. Et là, je constate que la porte a été forcée.

Raison de plus pour emporter un bon pistolet.

Ou pas.

Je ne m’attendais pas du tout à ça, mais désormais je ne suis plus sûre d’avoir tellement envie de rencontrer un de mes semblables. Si je tombe sur un trouillard à la gâchette facile ?

Jamais été si peu rassurée que depuis que je me balade avec un flingue !!!

Je suis devenue très circonspecte, et forcément je crois surprendre des mouvements, entrevoir des silhouettes, mais jusqu’à présent rien, ce ne sont que des illusions, comme, j’en suis de plus en plus convaincue, cette voiture près du pont de Tancarville.

Je tends l’oreille, aussi. Mais le silence est toujours aussi épais, bien que très bruyant ! Les goélands, les mouettes, le vent, la mer, et près du port de plaisance les élingues claquant sur les mâts, tout ça fait un fameux boucan. Mais l’absence de bruits humains le noie comme dans un puits.

Pourtant je suis sûre qu’il y a du monde ici.

Alors j’appelle, je me signale, je klaxonne, mais ce n’est plus comme avant, c’est triste à dire mais j’ai peur.

Reprenons le fil : je sors de l’armurerie, et là je vois que le disquaire aussi a été visité, et la librairie. Bon, ces rescapés ne sont pas des barbares. À moins qu’ils n’aient emporté que des bouquins sur les armes et des chants militaires. Si ça se trouve ce sont des gens comme moi.

Je poursuis ma balade, et je passe devant une papeterie, visitée elle aussi. Ils n’ont pas réussi à soulever le volet métallique ni à en écarter les lattes, ils sont passés par l’immeuble.

Ça m’intrigue, ça : qui, dans une situation pareille, a pu vouloir cambrioler une papeterie ?

Je ne suis pas au bout de mes surprises. À la gare, je prends à gauche vers un quartier qui a l’air d’avoir été plus animé. Je remarque un grand bâtiment, genre cinéma. C’est une piscine, en fait. La porte a été forcée. J’entre, j’écoute. Pas un bruit. J’appelle. Personne. Je pousse la porte des vestiaires, j’appelle à nouveau, ma voix résonne dans les douches et au-delà, elle va tourner au-dessus des bassins, l’écho m’en revient bredouille. Je continue quand même. Et, au bord du moyen bain, je trouve un flacon de shampoing-douche pour homme. Les douches ne fonctionnant plus, on a bel et bien considéré la piscine comme une baignoire !

Qui ça, on ? Au moins un mec, donc.

Je garde le meilleur pour la fin.

Je quitte la piscine, je repars, et un peu plus loin sur le même boulevard je vois un magasin de musique dont la grille a été à moitié soulevée. Jy vais. Je suis incapable de dire si quelque chose a été volé. J’ai plutôt le sentiment que non. Et je commence à avoir moins peur. On ne peut pas parler de pillage. Les gens qui se sont introduits ici n’ont pu avoir que des motivations honorables, comme l’envie de jouer sur un bon piano.

Avant de regagner ce qui sera ma résidence, je monte à Notre-Dame-des-Flots, charmante chapelle qui domine Sainte-Adresse et Le Havre. Elle est fermée. N’importe, je prie quand même. D’ici, la vue porte loin. Je rêve un moment. Je repère aux jumelles l’endroit où j’ai passé la nuit précédente. Puis je m’apprête à redescendre, quand je remarque quelque chose dans l’herbe. C’est une boîte de médicaments. J’ai le cœur qui bat la chamade, car je connais bien ces comprimés. Du Nozévet, j’en ai donné à Titus autrefois. Mais cela fait des années qu’il n’est plus malade en voiture.

C’est comme pour le lecteur de CD. Impossible que cette boîte soit là depuis longtemps. Elle est intacte. On a juste lu la notice avant de la replier (moins soigneusement que je l’aurais fait).

J’en avais les larmes aux yeux.

JE NE SUIS PAS SEULE.

La fin de l’après-midi a été consacrée à mon installation. Puis pique-nique sur la falaise, au-dessus de la ville complètement obscure, sous la lune intermittente. Allumé un grand feu. Il devait se voir de loin, comme celui de mon rêve. Je l’ai entretenu jusque vers une heure, puis je l’ai éteint. J’ai attendu un peu, guettant la moindre lueur dans la ville à mes pieds. En vain. Je suis allée me coucher. La nuit prochaine, peut-être ?

Ce matin, je m’occupe de l’approvisionnement. Ensuite, je reprends mes recherches. Je compte notamment explorer les hauteurs. Il fait de nouveau très beau et je ne me suis jamais sentie aussi en forme depuis les Cévennes.

 

Samedi 10 juin 2006

Déçue.

Bien logée, rien à redire. Je me suis fait une chambre de rêve, avec sur ma table de chevet les photos de Fabien et de Clémence et aussi la lettre de Jacques que je conserve toujours, bref, mon Nice havrais me relie à mon havre niçois, je ressens comme un profond soulagement, une espèce de tranquillité malgré un soupçon d’appréhension qui peut-être ne doit jamais me quitter...

mais je suis déçue.

Il pleut, peut-être que ça joue.

Je me félicite d’autant plus d’être allée chercher ce lecteur de CD qui lit aussi les cassettes, et qui m’a permis de passer la soirée en compagnie de mes enfants. Un mois que je n’ose lire ces enregistrements de quand ils avaient lui onze ans et elle sept. Bon, ça n’a pas été si facile, j’ai pleuré, mais cela m’a fait du bien, je crois.

La déception, c’était de n’avoir rencontré personne, malgré mes efforts.

Vexée, aussi. Parce que je n’y comprends rien. Ce matin j’ai l’esprit clair, plus que le temps, et j’ai plus que le temps ! Je vais faire le point.

Mais avant, une chose à noter absolument.

 

(À suivre.)

Publié dans Sauve

Commenter cet article