Sauf, 51

Publié le par Louis Racine

Sauf, 51

 

21 août, 5 heures du matin

La lune est levée. Vénus brille à l’est, plus pour longtemps. Il fait assez froid. J’ai pratiquement fini les exercices. J’aurais dû me coucher. Maintenant je vais passer la matinée à dormir, je n’aime pas ça. Je ne pourrai pas m’empêcher de me barricader, alors que cette nuit je n’en ai pas senti le besoin.

J’ai beau chercher, je ne me rappelle pas avoir eu peur la nuit depuis mon installation au Mas*. Sûrement pas à Pech-Merle, en tout cas. Je vais essayer Orlhonac.

Fais gaffe, Anékhou, je suis en train de devenir loup.

Mais non, je me retiens, je me retiens.

De toute façon la pleine lune est encore loin.

Enfin, mieux vaut mettre le PCR en lieu sûr.

* Si lon excepte lépisode Raoul. (22 août.)

 

12h45, l’heure du jeu des mille euros

non, pas pendant les grandes vacances, c’est vrai

autrefois oui, quand on jouait en francs

chez mes grands-parents maternels

ma grand-mère que j’adorais

mon grand-père qui avait conduit des trains

assez loin vers lest

qui avait vu du pays

qui connaissait beaucoup de réponses

ah ! c’était la grande époque

Monsieur Muscle à la radio 

mille francs trente glorieuses et moi toujours premier

 

23 heures

Le cimetière d’Orlhonac, où j’ai décidé de passer la nuit. Il fait un peu frais. Cris de chouettes. Ciel dégagé, constellé, rétréci par les pentes voisines. Gaillac rouge à portée de main. Le gaillac, une invention du gars Noé ? G.I.G.N. J’écris à la lueur d’un feu que je laisserai doucement mourir. Une pensée pour Bérénice, sans raison. Titube et Sérénissime. Non, pas du tout sereine la fille ; altesse oui. Je me rappelle mon réveil après mon suicide manqué. Les jours de lenteur à l’hôpital, les lectures : Charlie Chan, S.A.S., les gitanes dans le couloir, leur goût atroce de caoutchouc en compagnie de ce pauvre pauvre type à peine plus âgé que moi, sympathisant du GUD, c’est lui qui me passait les polars, Bérénice tu ne sauras jamais que je pense à toi en ce moment, mon altesse

son ivresse nébulosissime S. M.

eh eh

reusemin que les infins sont couchés

tout ça sur un cahier clairefontaine

eskilè en papier couché ? c’est quoi le papier couché ?

allez viens baballe on va jouer

 

(À suivre.)

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