Ça plus ça plus ça, 18

Publié le par Louis Racine

Ça plus ça plus ça, 18

 

À la grande époque, les petits-déjeuners à la Boissière, c’étaient toujours des festins. Et pas seulement les matins de Noël ou de Pâques. Bon, peut-être qu’en dehors des périodes de vacances, les Bourzeix, comme on les appelait, vivaient plus sobrement. Mais à chacun de mes séjours là-bas, quand la maison était pleine de rires et de chants, j’aurais pleuré de tendresse devant ces montagnes de brioches, ces fontaines de chocolat, ces cascades de café au lait, ces lacs de crème fraîche ou de fromage blanc.

Ce matin-là, ce serait de l’eau du robinet de la salle de bains et quelques chips avec peut-être un bout de saucisse.

J’avais beau m’efforcer de distraire mes pensées de la situation présente, je ne pouvais les empêcher de venir fureter autour de ce qui me tenait lieu de lit et où bien sûr je ne dormais pas. Les ronflements de Carmen m’irritaient plutôt qu’ils ne me berçaient, à Étretat je les avais trouvés charmants mais Étretat était loin maintenant, perdu à jamais, et le souvenir que je gardais de nos galipettes n’était pas plus censé avoir de descendance que cette activité elle-même. Il aurait dû se contenter de luire comme un astre isolé au ciel de ma mémoire. Et je me suis surpris à songer que si nous avions procédé cette fameuse nuit comme nous venions de le faire (avec un certain plaisir, partagé, m’avait-il semblé), je ne serais pas dans la chambre de ma cousine à chercher vainement le sommeil. Mais nous n’y avions pas pensé (la formule eût fait rire Placide, que je n’évoquais pas seulement par analogie).

Ce qui m’avait amené à ce degré d’agitation mentale, c’était par exemple d’avoir évoqué l’affaire Messmer, dont Carmen le matin même avait appris de ma sœur la conclusion mais ignorait certains détails que je me suis empressé de lui fournir. Puis, inévitablement, on a parlé de l’actualité qui nous touchait au plus près.

Comme on pouvait s’y attendre, Carmen n’avait rien dit à ses parents. J’avais donc bien fait de ne pas me montrer.

« Tu te rends compte, si on t’avait vu ?

– Ben on leur aurait dit. Ils auraient compris qu’on était solidaires.

– Raison de plus pour m’en parler avant. Je suis pas prête, Norbert. C’est trop tôt. Faut au moins attendre le deuxième mois. »

C’est comme ça qu’on avait décidé que je repartirais le lendemain comme j’étais venu. Simplement, je conduirais ma cousine au pensionnat. J’avais eu du mal à la convaincre, mais elle avait fini par céder.

À brasser toutes ces pensées, je n’ai pas dormi de la nuit. La question qui me tourmentait le plus, c’était de savoir si je serais un bon père. Il n’était pourtant pas bien gros, celui que Carmen appelait le bébé, âgé de trois semaines seulement, mais la façon dont elle parlait de lui en faisait déjà une personne à part entière. Moi qui n’avais jamais soutenu les adversaires de l’avortement et ne suis toujours pas près de le faire, cette nuit-là je crois que j’aurais pu les comprendre.

Carmen ronflait, je songeais, tâchant d’évaluer le bénéfice de ce voyage en Corrèze. J’étais venu sur un coup de tête, ça pouvait inquiéter ma cousine, mais que je sois capable d’une telle efficacité, lui donner confiance. Et puis maintenant je connaissais le chemin.

Mes ricanements ont à moitié réveillé Carmen. Elle s’est retournée dans son lit.

« Mmm ? Pourquoi tu te marres ?

– C’est rien, je me disais juste que je suis débile. La prochaine fois je passerai par Limoges. »

Déjà elle ronflait de nouveau.

 

 

Je ne voudrais pas avoir l’air de chercher des excuses, mais cette nuit sans sommeil me pesait lourdement sur les paupières, le confort de Caroline m’invitait traîtreusement à m’assoupir et j’ai regretté d’avoir fait le fanfaron. Quitter la Boissière plus tard, ça bien sûr c’était exclu, je ne voulais surtout pas être aperçu des Bourzeix, n’empêche que je rêvais de pouvoir me garer quelque part et piquer un roupillon.

Bon, j’ai quand même réussi à mener Carmen à bon port, elle n’avait qu’un très léger retard, dû au fait que je m’étais paumé dans Brive, forcément, une ville que vous ne connaissez pas, je l’ai déposée devant son bahut au moment où tout le monde arrivait, je pouvais difficilement l’abandonner plus tôt avec sa valise, on a été la cible de centaines de regards appuyés, je ne suis pas sûr que ça ait ravi ma cousine, j’ai même eu l’impression qu’elle tirait la gueule, je me serais contenté qu’on se dise au revoir en se faisant la bise mais elle a préféré garder ses distances, un petit signe de la main et tchao, bon, c’est la vie, demi-tour Caroline, on rentre à Paris, plus rien à faire ici, j’étais brusquement à bout de forces et d’une tristesse infinie, je n’avais pas les moyens de me payer l’hôtel et ne voyais guère d’endroits tranquilles où me planquer avec mon paquebot, un parking souterrain vous n’y pensez pas, la seule perspective qui m’ait redonné un semblant de bonne humeur c’est celle de prendre un petit déjeuner digne de ce nom, Brive devait regorger d’établissements idoines.

Là encore, il ne s’agit pas de minimiser mes torts, j’essaie seulement de comprendre, et la fatigue me semble un élément à ne pas négliger pour expliquer sinon justifier certaines erreurs d’appréciation chez un sujet d’habitude plus réfléchi.

Le jugement quelque peu altéré, donc, et enhardi peut-être par l’expérience d’Étretat, j’ai opté pour un hôtel assez chic, voire le plus sélect de la ville. Pas de portier, il ne faut quand même pas rêver, mais ça tombait à pic, ne me dites pas le contraire, une place libre se creusait en face de l’entrée, de l’autre côté de la rue. Je me suis garé, mon créneau m’a paru crédible, pour un premier surtout et vu l’engin, je débordais juste assez sur le trottoir et sur la chaussée pour suggérer une désinvolture assez ordinaire chez les maîtres, j’ai traversé et suis entré sans rien demander à personne, puis, au pas nonchalant de mes cannes, j’ai tracé vers le restaurant, où une bonne odeur de café et de croissants perçait çà et là parmi les divers parfums industriels imprégnant moquettes et rideaux et les senteurs corporelles de la clientèle et du personnel plus ou moins complètement éliminées ou camouflées par les savons et les cosmétiques. J’ai repéré une table libre et m’y suis assis, tendant ostensiblement ma jambe pour inspirer le respect et la prudence, je n’allais pas me planter dans le plâtre un fanion rouge.

Un loufiat est venu me demander le numéro de ma chambre. J’en ai déduit que le petit déjeuner était réservé aux clients de l’hôtel, ce qui m’a paru normal. J’ai donc fait confiance au hasard, et il ne m’a pas soufflé n’importe quoi mais un truc dont il avait hâte de se débarrasser.

À peine articulée, la réponse m’est apparue inepte. Le loufiat m’a fait répéter, j’avais le choix entre rectification et confirmation, j’ai préféré m’enferrer.

« Nous n’avons pas de chambre soixante-neuf, monsieur. »

L’hôtel ne comptant que trois ou quatre étages, c’était prévisible.

« Quatre-vingt-seize, alors ? Les numéros ont dû tourner, comme dans La Grande Vadrouille, vous savez. C’est d’ailleurs un vieux gag, bien antérieur au film. Déjà, dans...

– Monsieur, le petit-déjeuner est réservé à nos clients. Je vais vous demander de partir. »

Je me suis tourné vers les fenêtres donnant sur la rue.

« Vous voyez la Mercedes garée là-bas ? C’est la mienne (j’ai agité mes clés). J’arrive de Nice, j’ai roulé toute la nuit, j’ai besoin de repos. Je vais prendre une chambre chez vous, une chambre avec petit-déjeuner, on va juste inverser l’ordre. Si ça vous pose à vous personnellement le moindre problème, changez de métier. Si vos scrupules sont purement professionnels, appelez votre patron, qui sera très content que vous le dérangiez pour si peu. Si c’est le pourliche qui vous soucie (j’ai agité ma liasse de biftons)... »

Il était interloqué, je croyais avoir gagné la partie, mais c’est qu’il n’avait jamais rencontré un tel culot. Il s’est ressaisi.

« Nous sommes une maison sérieuse, monsieur. Sérieuse, respectable, honnête. Votre argent ne vous donne pas tous les droits. Surtout pas celui de mépriser ceux qui n’ont pas eu votre chance. Et puis vous me paraissez bien jeune pour vivre dans le luxe. Je pourrais être votre père, j’en ai l’âge, mais je ne le voudrais pas. Quand j’ai commencé à travailler, j’avais quatorze ans. Excusez-moi un instant. »

Il est allé accueillir un client, régler divers détails de mise en scène, puis il est revenu, non sans marquer un temps d’arrêt pour contempler Caroline.

« Belle voiture. Ça coûte une fortune. Une automatique, en plus. Des années de mon salaire. Cinq ? Dix ? Sans parler de l’entretien. Et la consommation, hein ? avec l’essence qui augmente. Vous verrez qu’avant la fin de la décennie on la paiera dix francs le litre. Vous, ça ne vous fait ni chaud ni froid. À moi non plus d’ailleurs, je n’ai pas de voiture ; je marche. Vous me direz, j’ai de l’entraînement. Depuis l’âge de quatorze ans... Excusez-moi. »

Il est revenu avec un café.

« Je vous l’offre. Ce n’est pas souvent que j’ai l’occasion de déballer ce que j’ai sur le cœur. Je ne cherche pas à vous faire honte. J’allais dire : pas de danger. Mais je ne sais pas pourquoi, j’ai un doute. Il y a de la douceur en vous. De l’humanité. Peut-être je me trompe. »

Depuis quelques secondes j’avais les larmes aux yeux, sans pouvoir m’expliquer pourquoi. Ou plutôt si. Je pensais à Jérôme. Et aussi au serveur de cette brasserie près de la gare de l’Est qui m’avait été si secourable. Mais ce qui aurait dû m’attendrir m’a au contraire durci. Je n’ai pas voulu de cette bonté. D’où me venait un orgueil aussi mal placé, je n’aurais su le dire, mais c’est ainsi. J’ai saisi mes cannes et me suis levé d’un mouvement brusque.

« Non, merci », j’ai dit. « Qu’est-ce que vous croyez ? M’avoir offert ce café vous empêchera pas de vous prosterner un jour aux pieds de votre patron. Révoltez-vous ! Foutez le bordel ! Foutons-le ensemble, si vous voulez. On est du même côté. Mais, de grâce ! ôtez-vous de l’idée que vous pouvez faire la leçon aux richards. Écrasez-vous et crevez dans votre coin, ou brûlez leurs idoles, que vous adorez plus qu’ils ne les adorent eux-mêmes ! Libérez-vous ! »

Et, me dirigeant vers la sortie, j’ai balayé d’une de mes cannes tout ce qui se trouvait sur mon passage, notamment quelques petits-déjeuners sur leurs nappes bien propres et bien tendues. J’ai su plus tard qu’il y avait dans l’assistance un ami d’Yves Robert. D’où certaines ressemblances avec la scène du faux aveugle au restaurant dans Un éléphant, ça trompe énormément, qui est sorti l’année d’après.

Toujours brandissant ma canne, j’ai traversé la rue, me suis installé au volant de Caroline et question démarrage en trombe, le mien n’avait rien à envier à celui de Steve Warson dans Le Grand Défi, après sa première rencontre avec Michel Vaillant. C’est vous dire à quel sommet d’intelligence je me hissais.

Sauf que ce connard d’Américain a deux sous-fifres avec lui. Moi, j’étais tout seul.

J’ai roulé un moment dans la ville puis je me suis arrêté, les yeux noyés de larmes. Il fallait vraiment que je dorme. Mais, si possible, loin de tous et de tout.

Je promenais le regard autour de moi quand soudain j’ai aperçu un panneau indicateur avec le nom de Figeac.

Pas possible ?

Comme mon employeur occasionnel !

J’ai consulté l’atlas offert par Douvenou, et j’ai vu que c’était une ville du Lot, à une centaine de bornes au sud.

Qu’auriez-vous fait à ma place ? À supposer que vous ayez été assez bête pour en arriver là ?

Non, franchement, une telle invitation, ça ne se dédaigne pas. Il faut savoir écouter ce que vous souffle votre destin. Comme destination.

En même temps, cette histoire de remplacement avait failli mal tourner. Mais pourquoi me mettre en garde si je n’avais pas l’intention de continuer à m’éloigner de Paris ?

Ou alors je l’avais ? Plus ou moins consciemment ?

Ça avait failli mal tourner, n’empêche que c’est ce qui m’avait payé le voyage.

D’un autre côté, j’avais juste assez pour rentrer. Le moment était d’ailleurs venu de refaire de l’essence. Après, je n’aurais plus un sou. L’idée de rendre Caroline avec le plein ne tenait pas debout.

Justement : autant poursuivre sur ma lancée, en restant ouvert aux propositions.

Oui, voilà. Figeac devait avoir quelque chose d’intéressant pour moi. Quelque chose qui m’attendait. J’avais rendez-vous là-bas avec une opportunité, un boulot peut-être. Au pire, je ferais un peu de tourisme. La première urgence étant de dormir. Je trouverais bien en chemin un endroit approprié.

Le voyant de la jauge s’est allumé. En parlant de première urgence... Bon, j’ai carrément demandé à un passant s’il y avait une station-service sur la route de Figeac. Non seulement il y en a une, il a fait, mais vous paierez votre essence moins cher.

Ce n’est pas une approbation du sort, ça ?

 

 

À la sortie de Brive, j’ai pris un stoppeur. Sa pancarte « Figeac » se voyait de loin, et avant même de savoir à qui j’avais affaire j’avais décidé de m’arrêter. Après tout, ça pouvait faire partie du plan. J’ai d’autant moins regretté ma complaisance que le gars était très sympa, un jeune en apprentissage, il devait être à Figeac à dix heures, une histoire de stage, mais il avait raté son train. Vous y serez, j’ai fait. Il avait l’air super content et je l’étais aussi. Il ne mouftait pas plus que ça, intimidé, ne prenant que peu à peu ses aises. Pour l’y aider, j’avais posé mes cannes sur la banquette arrière.

Je n’ai pas tardé à trouver la station-service. J’avais déjà bien ralenti, je préparais une arrivée en douceur, c’est en voyant la voiture des gendarmes garée près de la sortie que j’ai hésité, une fraction de seconde, pas plus, mais ça fait que j’ai dû freiner plus brutalement que prévu, au risque d’attirer l’attention. Cela dit, Caroline n’était pas la discrétion même, le pompiste s’est pointé en manifestant un empressement caricatural et en ouvrant des yeux à la Picsou pendant que les gendarmes au contraire descendaient de leur véhicule avec une lenteur suspecte et une fausse nonchalance, oh putain !

J’ai baissé ma vitre et demandé pour cent francs de super, jouant moi aussi le détachement, non sans guetter du coin de l’œil les mouvements des pandores. Ils étaient trois, et venaient bel et bien de notre côté. J’ai décidé de croiser leur regard et de leur dédier un bref sourire, le moins compromettant, le plus naturel possible. Eux semblaient s’appliquer à ne pas marquer la moindre expression. J’ai tâché de me rassurer. Pourquoi auraient-ils voulu voir mon permis ? À cause de cet arrêt un peu sec ? Allons ! je me faisais des idées. Cependant, à mesure qu’ils approchaient, le risque grandissait qu’ils aperçoivent mes cannes, or un règlement tatillon interdisait peut-être de conduire dans mon état, même une automatique. Bon, avec un peu de chance ils penseraient que ces accessoires appartenaient à mon passager.

Toujours aussi impassibles, ils se sont séparés. L’un s’est posté à quelques mètres devant la voiture en nous tournant à moitié le dos, un autre, symétriquement, derrière, le troisième non loin de ma portière, symétriquement aux pompes. À supposer que le deuxième n’ait pas vu les cannes, le troisième les avait sous les yeux. Ils ont attendu la fin de la transaction, j’ai laissé un bon pourboire au pompiste, geste d’une superstition désespérée, il m’a remercié avec un grand sourire en me tendant mes clés, je les avais à peine reprises que le pandore le plus proche l’a remplacé dans le cadre et, portant la main à son képi, m’a prié de démarrer et d’aller me garer derrière leur véhicule. À vitesse réduite, il a précisé.

« Qu’est-ce qu’ils me veulent ? » j’ai dit à l’adresse de mon passager. Ça en faisait au moins un à qui donner le change.

Malgré ma bonne volonté, le moteur a rugi, réveillant en moi de folles pulsions. J’ai été tenté d’écraser l’accélérateur et de planter là les pandores, mais cela supposait que j’en renverse un, auquel cas les autres n’hésiteraient pas à faire usage de leurs armes. J’ai délaissé ce film en accéléré pour obéir bien gentiment.

J’avançais donc à vitesse réduite, escorté par les gendarmes à pied, quand deux pensées totalement hétérogènes se sont télescopées dans mon esprit. À propos de Brive, d’abord : de quelle conséquence serait ma rencontre avec les pandores de cette ville ? Et j’ai failli éclater de rire en m’avisant que Brive-la-Gaillarde et Brive pouvaient ne faire qu’une. Du coup la chanson de Brassens m’est revenue tout entière et ça m’a redonné le sourire. Question anarchisme, il se posait là le petit père ! Sûrement que ce soudain regain de bonne humeur m’a rendu plus audacieux. Car il en fallait de l’audace pour... enfin, vous allez voir. D’autres diront de l’inconscience. Mais je vous jure, pour moi c’était seulement une espèce de jeu. En tout cas un truc que je sentais bien, et qui s’est imposé à moi avec une évidence imparable.

Ma deuxième pensée étant que moi aussi, j’étais armé.

J’ai tiré de ma poche le pistolet d’alarme piqué à Sonia et en ai enfoncé le canon sous la mâchoire de mon passager médusé en criant aux pandores :

« Écartez-vous ! J’ai un otage ! »

Tandis qu’ils suspendaient impuissants leur mouvement vers leur flingue, d’un habile coup de volant j’avais contourné leur bagnole et je fonçais vers la sortie, dans un hurlement de pneus digne de la meilleure série B. Ou de Steve Warson.

Je me suis engagé sur la route juste comme arrivait un camion. J’accélérais assez pour lui passer devant. S’il a freiné, c’est par pur réflexe ; il lui suffisait de ralentir. Son coup de klaxon furieux n’a pas complètement couvert le bruit de l’accident. J’ai bien vu dans le rétro que la voiture qui le suivait lui était rentrée dedans. Et peut-être d’autres aussi. Cette manie qu’ont les gens de se coller.

J’ai rangé mon pseudo-flingue dans ma poche et remonté ma vitre. Mon voisin était terrorisé. Le coup de l’accident avait sans doute plus fait pour ma crédibilité que ce simulacre. J’ai tâché de le rassurer. Je suis pas un gangster, j’ai dit. Je vous ferai aucun mal. En revanche il va falloir que je vous abandonne. Je vais vous déposer un peu plus loin.

Il ne disait rien. Je me suis demandé s’il n’avait pas... Le siège en cuir, merde ! Mais non, il savait se tenir. Je lui ai offert une Dunhill qu’il a acceptée d’une main tremblante. Gardez le paquet, j’ai fait. Fumer m’a bien détendu. On arrivait à un village tout en longueur. On l’a traversé fissa et j’ai laissé mon type à la sortie. Il était tellement soulagé qu’il m’a remercié.

« De rien. La seule chose que je vous demanderai c’est, si l’occasion s’en présente, de témoigner que je suis pas méchant. C’est quoi votre prénom ? »

La question l’a déconcerté. Il a paru réfléchir.

« Norbert.

– Bonne chance, Norbert. »

 

(À suivre.)

Accès direct aux épisodes :

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

16

17

18

19

20

21

22

23

24

25

26

Épilogue

 

Publié dans Ça plus ça plus ça

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article