Ça plus ça plus ça, épilogue

Publié le par Louis Racine

Ça plus ça plus ça, épilogue

 

Ça plus ça plus ça, et tout ça pour ça ?

La colère a-t-elle été bonne conseillère ? Ce que je sais, c’est qu’elle m’a ragaillardi.

Ils allaient voir, tous, si je n’avais pas mon mot à dire !

Jusqu’alors, ç’avait été Cause toujours !

Pourquoi pas Tais-toi quand tu parles ?

Ils allaient m’entendre !

Et il y en aurait pour un moment.

J’étais remonté à bloc !

J’avais la pêche, et pas seulement par la magie des drogues officinales.

D’abord, j’avais eu des nouvelles de Samuel, et elles étaient rassurantes. Suite au choc de l’accident, il avait fait un malaise vagal. Rien de grave. Aucune fracture, juste une belle ecchymose à la hanche. Je m’étais renseigné aussi sur l’état de l’ambulancier (le beau-frère du taxi, d’accord ?) : stationnaire. Pour un as du volant, évidemment, c'était moyen, il devait ronger son frein, mais enfin c’était mieux que d’y rester.

Ensuite, dans diverses salles d’attente de l’hosto, j’avais eu tout le loisir de parcourir la presse locale et de comparer avec celle que je connaissais les versions que donnaient les deux feuilles concurrentes des deux faits divers qui me touchaient de plus près, le carambolage de la station-service et l’incendie du hangar. S’agissant du premier, les trois articles présentaient de nettes différences narratives et stylistiques, bien que reprenant les mêmes éléments, à peu de chose près ; cependant le paragraphe concernant les causes de l’accident, et où l’on retrouvait le chauffard en fuite et la puissante voiture abandonnée, était rigoureusement identique dans les trois torchons. Sur l’incendie, en revanche, chacun y allait de son propre commentaire. Autant ce que j’avais lu le matin m’était favorable, autant les deux autres moutures insistaient sur mon geste initial, l’un parlant de maladresse et l’autre n’hésitant pas à me traiter de pyromane par imprudence.

Eh bien ! ça m’a mis de bonne humeur. Dans un des canards les deux articles se touchaient, l’histoire du hangar et la fin de l’autre (qui faisait chaque fois la une), et cette proximité même semblait exclure tout rapprochement. Je me suis marré.

Après quoi j’ai lu qu’on était le jour anniversaire de la décapitation de Louis XVI et j’avoue, ça ne m’a pas porté à la mélancolie. Un bon analgésique, et c’est le fou rire assuré.

Un dernier truc. Je me baladais dans les couloirs quand j’ai failli me casser la gueule, parce que je perdais mon pantalon. Forcément, j’avais laissé ma ceinture chez Félix, avec mon cartable (vous vous rappelez le harnachement que je m’étais bricolé), et il n’y en avait pas avec les fringues prêtées par Marguerite Maillard. Au début ça allait à peu près, mais petit à petit l’étoffe s’était détendue, bref, j’ai regretté mon imprévoyance avant de la regretter beauoup plus encore. J’ai envie de vous laisser deviner pourquoi, même si vous disposez de très peu d’indices. Disons que le bien que j’avais à récupérer était d’une valeur considérable. Je tenais là (en perspective) une ressource d’autant plus providentielle que je n’y pensais plus — parce que, probablement, je navais jamais compté y recourir, sinon en cas de coup dur.

Et ce qui nous arrive, nest-ce pas un coup dur ?

Bon, on verrait. En tout cas il ne sagissait pas dabandonner une telle richesse à Félix.

Pour toutes ces raisons, j’avais abordé ce coup de fil à ma mère avec un mélange de crainte et de légèreté. Dans une euphorie inquiète.

La matouze avait cru non sans délectation m’attrister en me parlant de Paula. Ce que j’avais retenu de ses insanités, le diamant que j’avais extrait de cette gangue, c’était que malgré les circonstances Paula n’avait pas complètement coupé les ponts.

Oh Paula ! La seule personne au monde à qui j’aurais pu me confier entièrement, et qui me connaissait mieux encore que ma mère, à moins que connaître quelqu’un ce soit se moquer de ce qu’il éprouve pour le manipuler à son aise.

Merci maman ! Grâce à toi je savais que Paula m’aimait encore. Malgré tout.

Et ça, c’était irremplaçable.

Par ailleurs, sur un tout autre plan, la matouze m’avait redonné des raisons d’espérer. Elle semblait ne rien savoir de mon équipée sauvage avec Caroline, sinon vous pensez bien qu’elle m’en eût rebattu les oreilles. Jointe à une intuition que j’avais eue, au comportement des gendarmes, aux propos d’Émile et à l’aveuglement plus ou moins volontaire des journaleux, l’ignorance maternelle renforçait en moi le sentiment que ma situation au regard de la justice n’était pas aussi grave que je l’avais craint. J’ai même élaboré un scénario qui me paraissait plausible, et il s’est révélé exact.

Nous verrons cela en temps utile. Pour l’heure je dois me concentrer sur la grande scène qui s’annonce et qui aura pour théâtre la Boissière. Je fais confiance à la matouze pour organiser la logistique, mais apparemment elle sous-estime mon ardeur révolutionnaire, ou elle me croit affaibli par les circonstances, elle ne va pas être déçue du voyage ! J’ai près de vingt-quatre heures pour me préparer. C’est suffisant, à condition de ne pas perdre une minute. Vous comprendrez donc que je me retire dans ma loge. À bientôt.

 

 

 

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