Bakounine n’est pas rentré, 16

Publié le par Louis Racine

Bakounine n’est pas rentré, 16

 

Un cri, puis le silence.

Rien que pour ça, j’en ai voulu à mort à Derambure. Toute la haine dont je refusais de me croire capable, que du moins j’aurais voulu dominer, je l’ai éprouvée à son égard. N’obtenant aucune réponse, n’entendant plus rien venant de l’entrée, je m’y étais précipité, pour trouver ma sœur pétrifiée au téléphone, le regard vide, le visage exsangue, ma petite sœur devenue une pauvre chose grise, laide et morte, doucement je l’avais fait asseoir, lui avais pris le combiné des mains.

« Qui est là ?

– Ah ! le frère maintenant.

– Qu’est-ce que vous avez dit à ma sœur ?

– Vous lui demanderez, à la petite peste si impressionnable. Je doute qu’elle ose vous le répéter, mais vous pouvez toujours essayer.

– Pourquoi vous nous harcelez ? Foutez-nous la paix, on vous a rien fait !

– Non, bien sûr. Nous sommes donc quittes. Au revoir ! »

Il a raccroché. J’étais empli de dégoût contre ce qui m’apparaissait comme la lâcheté même – sans pouvoir me sentir exempt de ce défaut. Et en proie au désespoir devant un mal définitif. Derambure avait raison : je n’ai jamais pu savoir ce qu’il avait dit à Annette, jamais ; elle a fini par me supplier de ne plus lui en parler. Il a créé entre nous une barrière infranchissable. Tout ce que je pouvais espérer c’était qu’un jour ma sœur trouve à qui se confier. Mais ce jour était loin. La matouze m’a dit s’être heurtée au même mur et avoir maintes fois essayé de le briser, en vain.

On a rejoint les autres. Je regrettais que Jules soit parti, mais je pouvais compter sur le dynamisme de Paula.

« Il se venge », elle a dit. « Nous, on va plutôt regarder vers l’avenir. On n’a pas pensé à la décoration. Je propose des guirlandes. Encore plus belles que celles du sapin. »

Et voilà que cette fille qui n’avait vraiment rien d’une monitrice de colo nous a montré comment faire des bandes de papier, les plier et les découper. Carmen était au coloriage. Au début, j’avoue, on s’est forcés, comme Paula d’ailleurs, mais assez vite une vraie frénésie nous a pris, et si Annette n’a sûrement pas oublié l’inoubliable elle avait l’air de bien s’amuser. Avec une petite vingtaine de feuilles prélevées sur le stock maternel on a confectionné assez de guirlandes pour décorer l’entrée et le salon, et quand on a entendu la clé tourner dans la serrure j’avais le cœur qui battait fort.

Comme vous êtes des âmes sensibles, je vous épargnerai le moment des retrouvailles. La matouze avait été informée par les flics de notre retour, elle était déjà bien émoustillée, mais elle ne s’attendait pas à un tel accueil.

Sachez seulement que personne n’a pu garder les yeux secs.

Une des plus belles soirées de ma vie. Pour ma mère aussi, probable. Pour Annette, je n’en jurerais pas.

La matouze avait été mise au courant de l’essentiel, on lui a tout relaté en détail, y compris la perte de la caméra (qu’elle a mieux digérée que prévu, parce qu’elle comptait sur l’assurance, Seulement, les enfants, il va falloir se dépêcher de faire la déclaration), et la partie d’assassin (Ils sont complètement cinglés, elle commentait, ou Les sales gamins ! ou encore Ah ! on peut vous faire confiance, tout ça sur un ton d’affectueuse colère), parce que sans s’être concertés on avait décidé de jouer la franchise, les circonstances nous avaient en quelque sorte poussés dans le camp de la vérité, sur deux chapitres seulement on est restés muets, celui de l’assassinat d’Isabelle Messmer, du reste une totale inconnue pour ma mère, et celui de l’organisation du couchage à la villa Morgane, indépendamment bien sûr de notre coup de chaud à Carmen et moi, chacun de ceux qui étaient au courant avait ses raisons de rester discret à ce sujet, de considérer cette affaire comme anecdotique et révolue, je pense plutôt à ma relation avec Paula, mais à certaines remarques qu’avait faites la matouze j’avais compris qu’elle s’y était résignée à défaut de l’approuver, d’ailleurs elle ne semblait pas spécialement hostile à ma copine, mais ça nous amène au problème que j’avais entrevu sans prendre la peine d’y réfléchir pour de bon et qui n’attendrait plus longtemps de trouver une solution, à savoir comment nous arranger pour la nuit. Si ma mère avait pu fermer les yeux sur ce qui se passait hors de sa vue, elle n’était sûrement pas prête à me laisser partager le canapé avec Paula. Laquelle, le dîner terminé, a diplomatiquement fait mine de vouloir nous quitter. Pas question, a bondi la maîtresse de maison, vous dormirez ici. C’est dire si la fibre hospitalière était solidement ancrée en elle. On s’est donc répartis comme suit : Carmen et Paula dans le lit d’Annette, ma sœur avec ma mère dans celui d’icelle et moi dans le canapé. À onze heures et demie, tout le monde était au pieu, la matouze se levait tôt et j’avais décidé de la devancer pour faire le café, comme chaque fois que j’avais cette occasion de prouver mon amour filial.

Allongé dans la pénombre, avec le vague éclairage de la rue filtrant autour des rideaux, je sentais que je mettrais du temps à trouver le sommeil. En tendant l’oreille, je percevais le ronflement de ma mère, et, plus lointain, celui de Carmen. Paula dormait-elle ? Comment s’étaient-elles installées ? Tête-bêche, comme à Étretat ? Outre l’injustice flagrante qu’il y avait à me laisser ce grand lit pour moi tout seul, j’avais un autre motif d’embarras, c’était cette cohabitation entre Paula et ma cousine. Ni l’une ni l’autre n’avait paru s’en formaliser. Je n’en revenais pas d’un tel héroïsme, chez elles comme chez chacune des quatre. D’une telle abnégation.

Et soudain l’évidence m’a frappé à m’étourdir.

Tout ça, c’était par amour pour moi.

J’en ai pleuré. Tendres larmes, un peu amères aussi quand je me suis pris à penser que nous les mecs, en comparaison, on n’était que d’infâmes égoïstes. Heureusement qu’il y avait Jules pour racheter un peu le lot. Son frère aussi, quoique j’eusse plus de mal à le considérer comme totalement désintéressé. Bon, mais qui étais-je pour montrer du doigt l’ambiguïté de tel ou tel ?

Je repensais aussi à mon rêve. Allais-je entendre toquer au carreau ? Voir Jules, en suspension dans les airs, me faire signe de lui ouvrir ? Je ne dormais vraiment pas du tout. J’ai fini par me lever, par allumer une cigarette (une Peter, piquée à la matouze, comme d’habitude), et je me demandais quoi faire de ma nuit, quand j’ai aperçu le bouquin de Derambure posé sur la table. Jules l’avait jugé très intéressant. Or il parlait rarement pour ne rien dire. Ça méritait un coup d’œil.

Je n’avais pas dépassé la deuxième page de ce livre, à chaque fois il m’était tombé des mains en me plongeant du moins dans une profonde léthargie, sauf que là j’étais bien réveillé. Et de fait les premières lignes sont passées toutes seules, elles ne m’avaient laissé aucun souvenir sinon d’un magma inintelligible alors que maintenant je les comprenais sans problème. Mieux, ce qui m’avait un peu rebuté les autres fois, l’écriture en vers réguliers plus ou moins rimés, me transportait comme un voilier dont j’aurais été le seul passager sans avoir pour autant à me soucier de la manœuvre, j’étais embarqué, convaincu désormais de la pertinence du titre, et j’ai lu comme ça tout un chapitre avant de me rendre compte de ce que j’avais réellement sous les yeux.

Oh putain !

Ce bouquin était une réécriture de l’Odyssée.

J’ai regardé la table des matières et j’ai vu qu’il était divisé en vingt-quatre sections, en le feuilletant j’ai repéré des noms inspirés de noms grecs, bref, j’étais consterné. Certes, Derambure n’arriverait jamais à dégrader son modèle, à me le faire moins aimer, n’empêche qu’il avait osé s’y attaquer, avec même un certain talent, et, jalousie ou non, ça me faisait chier. Je n’étais pas prêt non plus à changer d’avis sur l’imitateur, au contraire, j’avais un nouveau grief contre lui, c’était de ne pas s’être consacré plus exclusivement à cet innocent passe-temps. Innocent ? Soyons honnête, ce qui me dérangeait le plus, c’était une nouvelle forme d’intrusion dans mon intimité. Presque un viol.

Vous vous étonnez peut-être que j’aie tardé à piger le principe. Ce serait bien aimable à vous. Et de fait, je vous dois une précision : Derambure avait bouleversé la construction du récit ; ses chapitres correspondaient aux chants, mais dans un ordre tout différent de l’original, et qui paraissait aléatoire : ainsi, entre le premier et le deuxième, on passait du chant V au chant XIV.

J’ai lu encore un peu, puis j’ai décidé que ça suffisait comme ça. J’étais dans un tel état de tension nerveuse que, si j’étais entré en contact avec la moindre aspérité, que dis-je, si elle m’eût seulement effleuré, j’aurais éclaté en faisant sauter tout l’immeuble avec ses habitants. Je ne tenais plus en place. Il fallait que je bouge. Que je sorte. Rien à craindre côté Maurice, les flics veillaient. Qu’il soit rentré ou non, peu importait. Je ferais le tour du quartier, peut-être que je trouverais un bar ouvert.

C’était hautement improbable, vous avez raison, c’est pour vous représenter mon degré d’excitation. Je savais très bien que ça ne tenait pas debout, mais je n’écoutais que mon mauvais sens, et quand je me suis retrouvé sur le trottoir, alors même que j’étais tenté de rebrousser chemin, de remonter vite fait me mettre au chaud dans notre cuisine, me faire un bon grog, tiens, en tapant dans le rhum maternel, j’ai tracé droit vers le plus incertain des buts, comme mû par quelque routine ou par la nécessité, comme quelqu’un qui n’a pas besoin de se demander où il va, il y va, c’est tout, au passage j’ai cherché à repérer les flics en planque, pas sûr qu’il fussent encore là, il eût mieux valu pourtant si Maurice était rentré (ce que je n’avais pas réussi ni cherché à déterminer), sinon cette protection dont nous étions censés bénéficier, c’eût été pur pipeau – en même temps, on ne pouvait pas les obliger à se geler toute la nuit dans leur voiture, au risque par surcroît de se faire repérer, c’est alors que j’ai pensé à lever les yeux vers les fenêtres de l’immeuble inoccupé, je n’ai rien remarqué de particulier, encore heureux, mais j’aurais mis ma main à couper que s’ils étaient postés quelque part c’était là, un peu mieux abrités du froid, et difficilement soupçonnables surtout s’ils avaient choisi une fenêtre en surplomb de celles de Derambure, j’ai eu presque envie d’aller leur rendre une petite visite, décidément cet immeuble fantôme en aurait accueilli des espions ! Ainsi méditais-je, arpentant le trottoir à grandes enjambées, la clope au bec (je venais de m’en rallumer une, agréable compagnie), j’étais presque bien dans ma peau, j’avais l’impression de récupérer progressivement mes facultés intellectuelles pas mal éprouvées ces derniers temps par toutes sortes de péripéties, je goûtais cette promenade solitaire propice à la réflexion, je me déchargeais peu à peu de mon énergie négative en me rechargeant positivement, et à un moment j’ai senti que ça y était, que j’avais retrouvé toute ma subtilité, aussi léger que la fumée de ma cigarette, un génie de l’air, j’étais revenu en bas de notre immeuble, ayant accompli ma révolution, j’ai grimpé sans effort l’escalier jusqu’à notre porte, qui s’est ouverte devant moi comme par enchantement, ma mère se tenait derrière, elle ne rigolait pas, elle n’a pas voulu croire que je venais seulement de déboutonner mon manteau, j’ai reçu un de ces savons ! À voix basse, mais l’éloquence n’y perdait rien !

Bon, ça s’est réglé dans la cuisine, et comme je l’espérais et même le prévoyais mais un tombereau bien bombé de minutes plus tard, assorties de force bouffées de Peter et gorgées de grog, on s’est tombés dans les bras, je ne dirai pas que ma mère s’est recouchée ni ne se lèverait en pleine forme, mais elle s’est vite rendormie et moi qui avais pour mission de la réveiller quatre petites heures plus tard je peux vous garantir qu’elle écrasait.

Ce qu’on s’était dit ? Je ne m’en souviens pas. Des banalités, j’imagine. Mais l’important n’était pas là. Je nous avais sentis dans une proximité nouvelle. Cette nuit-là, je peux l’affirmer aujourd’hui, marque une étape décisive dans l’histoire de notre relation. Je ne l’ai pas compris tout de suite, mais je crois l’avoir senti intuitivement : ma mère était sur le point de me révéler quelque chose de capital à mon sujet. J’ajouterai que son intuition à elle lui avait fait entrevoir – inconsciemment, sinon elle ne se serait pas gênée pour m’en parler – un certain pan de mon avenir, celui sans doute dont je suis le moins fier. Mais n’anticipons pas. Pour l’instant, j’ai regagné mon lit et, les mains croisées derrière la nuque, j’attends le sommeil, avec confiance désormais. Je rêvasse, je gamberge, j’échafaude des théories autour de la mort d’Isabelle, je me figure son assassin armé d’une hallebarde chinoise, il a une tête de dragon, je lui en fais compliment, il ricane : C’est ma femme le dragon, qu’en dites-vous mademoiselle ? Il s’est tourné vers Alassane, lequel joue au flipper avec Rémi, je me demande à qui il s’adressait, quand je remarque une toute petite femme assise au bord de la machine, les jambes dans le vide, elle aussi a une tête de dragon, un masque, plutôt, elle le retire, et je reconnais Géraldine Parmentier. Je reçois comme un coup en plein cœur. Géraldine ! – je crie, j’implore – je suis désolé, j’ai complètement oublié de te rappeler, toi je suppose que tu n’as pas eu le temps, ma pauvre ! Je la prends dans mes bras, elle n’est pas si petite en fait, elle me regarde avec tristesse en me tendant quelque chose, un bout de carton, Tiens, elle dit, tu as perdu ça. Je regarde, c’est la carte de visite de sa tante, avec l’empreinte que j’y ai laissée, sauf que l’encre est rouge et gluante, on dirait du sang, mais en plus épais, un peu comme de la gouache, je déchiffre cependant le prénom et le nom, ils ne me disent rien, mais le numéro de téléphone se termine par 23 78, et je me réveille.

Il me faut de longues secondes pour me convaincre que j’ai rêvé. Et que, si j’ai effectivement oublié de rappeler Géraldine dans la soirée, en revanche cette histoire de numéro n’a aucun sens. Celui de Blanche Prével est tout différent, à ce qu’il me semble.

À ce qu’il me semble seulement.

Tant que n’aurai pas vérifié, je ne penserai plus qu’à ça. Me voilà donc à la recherche de sa carte de visite, et c’est bien ce que je craignais, je ne parviens pas à me rappeler où je l’ai rangée.

Je pourrais, je devrais laisser tomber. Tout invite à la sérénité (sur ce point-là, du moins). Je me lèverai tôt, comme prévu (raison de plus pour me rendormir vite fait), j’appellerai Géraldine avant qu’elle parte bosser, je lui demanderai pardon pour mon étourderie, non sans plaider les circonstances atténuantes, le retour de la matouze, tout ça, elle me redonnera les coordonnées de sa tante, et voilà ! Mais non : ça m’obsède. Sournoise, venimeuse, tellement absurde pourtant ! une idée se fraie un chemin dans mon esprit : cette carte, je l’ai perdue, et du coup Blanche Prével est en danger.

Oui, c’est complètement con, je vous avais prévenus.

Mais vous verrez que malgré tout il y avait dans ce délire, très indirectement je vous l’accorde, quelque chose de vrai. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pu me rendormir qu’en me promettant de mener ma propre enquête sur l’assassinat d’Isabelle. Avec l’aide de Paula, toujours de bon conseil. Et de Jules : on était sur la même longueur d’onde, non ?

 

 

Au petit-déjeuner, je parle du premier, en tête à tête avec la matouze, j’ai tâché de paraître frais et dispos, mais on ne la lui faisait pas. Elle de son côté ne cherchait nullement à déguiser sa fatigue, sa lassitude, même. Chacun de ses gestes signifiait J’en ai marre, au point que j’ai fini par croire qu’elle me comptait parmi les fardeaux de son existence. Mais non, elle a fait, t’es juste un vrai gamin, et j’ai hâte que tu grandisses.

C’était positif.

Et elle avait mille fois raison : autant rester sur la bonne impression de la nuit, celle d’avoir encore des trucs à se dire et un bon bout de vie à partager. Du reste, depuis un moment que le sucre avait fondu et s’était bien mélangé à son café à bonne température elle tournait sa cuillère dans son bol, signe qu’elle méditait quelque annonce. Elle a été à deux doigts de la faire, mais on a frappé à la porte et les filles sont entrées. Elle les a engueulées (À votre âge on a besoin de repos, c’est les vacances en plus !), elles ont répondu qu’elles avaient très bien dormi, que sa présence chaleureuse et rassurante n’y était pas pour rien, et qu’elles avaient un programme chargé, surtout les cousines. La protection de la police mise en place, plus rien ne les empêchait de sortir. Elles avaient donc décidé de jouer les touristes, profitant de la douceur exceptionnelle de ce début d’hiver. N’allez pas imaginer que la banlieusarde comptait faire découvrir la capitale à la provinciale ; elle ne la connaissait pas mieux qu’elle. J’ai proposé mes services. Elles ont refusé avec beaucoup de courtoisie et de mauvaise foi. Bon, elles avaient le droit de vouloir rester entre elles. Et moi j’avais d’autres activités en perspective.

Pendant que la matouze se préparait, j’ai donc pris un second petit-dej avec le trio, et j’ai bien failli oublier à nouveau d’appeler Géraldine. C’est Carmen qui m’a sauvé. Comme je les félicitais ma sœur et elle pour leur esprit d’initiative et leur soif de culture (essayant toutefois de ne pas trop avoir l’air du grand frère omnichiant), et m’apprêtais à leur détailler les charmes comparés de l’autobus et du métro, les agréments de l’un et les avantages de l’autre, j’ai eu une sorte de flash au spectacle de Carmen assise juste en face de moi, autrement dit à la place de la matouze. Quel sans-gêne ! je me suis dit. Je ne pouvais pourtant pas lui reprocher de s’être installée où elle avait trouvé une chaise libre. Mais quelque chose me troublait là-dedans, je n’aurais pas su dire quoi. Je me suis levé, j’ai marché vers la porte, marmonnant un truc du genre Excusez-moi, j’ai à faire, et en voyant le téléphone dans l’entrée j’ai remercié mentalement ma cousine pour son aide involontaire.

J’allais composer le numéro, quand j’ai été assailli par un nouveau soupçon, aussi soudain qu’inédit. Il y avait peut-être un coup de fil encore plus urgent à donner. Mais j’ai estimé que j’avais assez tardé comme ça. Je risquais de louper ma copine. Le commissaire attendrait.

Une voix d’homme a répondu. Ni aimable ni grincheuse, une voix surtout mal assurée. J’ai demandé à parler à Géraldine, si elle n’était pas déjà partie. Tout ça assorti de belles formules de politesse. La seule chose, je ne me suis pas présenté. Aussi ai-je été surpris d’entendre une autre voix – d’homme, elle aussi, mais plus familière –, articuler :

« C’est vous, Norbert ? »

J’ai cru défaillir, puis j’ai tenté de comprendre. Étourdi comme je l’étais, et mal réveillé, et perturbé, j’avais dû faire le numéro du commissariat. J’aurais pourtant juré...

« Vous êtes bien Norbert ?

– Oui, je me suis emmêlé les pinceaux. Mais ça tombe bien, j’ai quelque chose à vous dire.

– Concernant Géraldine Parmentier ?

– Vous la connaissez ?

– Depuis peu. Je suis chez elle, c’est son père qui vous a répondu, j’avais pris l’écouteur. Vous ne vous êtes pas trompé de numéro. Et votre amie est effectivement déjà partie. Mais en ambulance.

– Elle est malade ?

– Disons mal en point. Elle vient d’échapper à une tentative de meurtre. »

 

(À suivre.)

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