Bakounine n’est pas rentré, 25

Publié le par Louis Racine

Bakounine n’est pas rentré, 25

 

C’était le moment d’obliquer vers le Boul’Mich’.

« Qu’est-ce que t’en penses de cette histoire de cagoule ? » j’ai fait.

Moi, comme vous savez, j’avais toute une thèse sur le sujet, et je l’avais encore relue mentalement pendant que ma copine faisait ses devoirs. Mais une fois de plus elle m’a sidéré par sa perspicacité.

Non sans me remercier du regard, elle s’est lancée. Je vais tâcher de reproduire mot pour mot son discours, il en vaut la peine. Si vous lui trouvez des faiblesses, elles ne pourront être que de mon fait.

« J’en pense que ce type qu’on a arrêté n’est sûrement pas l’assassin. Au pire, un complice, qui a fait diversion pour permettre à l’autre d’attendre quelque part dans l’immeuble que la voie soit libre. J’aimerais bien d’ailleurs aller me rendre compte sur place. Et j’aimerais bien aussi voir la tête du suspect. Quant à cette cagoule, justement, elle me semble avoir eu une double fonction : protéger l’assassin contre d’éventuels témoins – je ne parle pas de la victime, qui ne serait plus en état de témoigner, mais par exemple des occupants de l’immeuble d’en face, ou des passants –, et favoriser les méprises comme celle dont il a bénéficié. »

J’espère que vous appréciez ce mélange de concision et de clarté.

« J’en pense d’autre part que la victime soit connaissait l’assassin, soit avait une autre raison de lui ouvrir sa porte. J’imagine qu’il lui a fait croire qu’il s’était produit dans la rue quelque chose dont elle était responsable, du genre un truc tombé de son balcon. Maintenant, je ne sais rien d’autre que ce que tu m’as raconté. J’ai quand même l’impression que ce meurtre constituait une fin en soi. On peut donc supposer une vengeance, un contrat ou encore un acte gratuit, mais alors un acte gratuit soigneusement préparé, ce qui me paraît en quelque sorte contradictoire. »

J’ai salué son topo comme il le méritait, puis on a décidé de consulter les frères Laforgue. Je devais justement voir le commissaire le lendemain, vous devinez où. J’attendais beaucoup de cette rencontre, car depuis notre bref échange téléphonique du Premier de l’an je n’avais pas réussi à le joindre.

Sur le chemin du retour, Paula s’est suspendue à mon bras. Ça ne lui ressemblait pas de se laisser traîner. J’ai senti chez elle comme du découragement. Je me suis arrêté.

« T’es fatiguée ?

– Non.

– T’as peur ?

– Non. Je sens juste qu’on s’attaque à forte partie. J’étais en train de me dire... On n’a rien pour le week-end du 14 ?

– Le 14, c’est pas un week-end, c’est mardi prochain.

– Je parle du 14 décembre. Regarde : depuis le 7, ça fait un meurtre chaque week-end. Sauf le 14. Il faudrait retourner consulter les archives. Tu aurais le temps, toi ? »

J’ai dit que je me débrouillerais.

C’est en arrivant chez elle que l’idée m’est venue.

« T’avais pas un plan de Paris ? »

On l’a étalé sur le lit, et avec de petites boulettes de PQ on a marqué les lieux des différents meurtres.

Là, on a eu un choc.

Les boulettes correspondant à quatre des meurtres étaient alignées : le libraire de la rue de Vaugirard, la bonne femme du Boul’Mich’, Isabelle Messmer et la pharmacienne de l’avenue de la République. Si on repartait de là vers la rue de Dunkerque, on passait par chez Géraldine. Les deux segments formaient un angle d’environ soixante-quinze degrés.

Le premier moment de stupeur passé, on a commencé à critiquer notre œuvre. L’alignement n’était quand même pas parfait. Paula s’est montrée encore plus sévère :

« On est trop influencés par Marc et Félix. »

Et elle m’a parlé du roman qu’ils étaient en train d’écrire, ce cadavre exquis auquel elle avait participé au tout début et qui était devenu un vrai travail d’écriture auquel ils consacraient de longues séances au Villars, baladant leur personnage en divers coins du monde. Or Félix venait de s’apercevoir, un jour qu’il s’amusait à marquer sur un planisphère les endroits où ils l’avaient envoyé, que l’ensemble de ces points formait un certain dessin. Ce qu’il représentait ? J’en ai déjà trop dit.

J’ai protesté : j’ignorais ce détail. J’ai dû aussi manifester quelque aigreur jalouse, ça a vite tourné à la bagarre, on s’est hâtés de replier la carte, de déplier les draps et la suite ne vous regarde pas.

 

 

On est d’accord, si j’allais à l’enterrement d’Isabelle c’était par nécessité. Pour honorer la mémoire de ma copine il y avait mieux à faire que de se prêter à ce curieux exercice, entasser un quart de la population du lycée dans une église avant de l’attacher au cul d’un corbillard comme une longue queue noire finissant en chasse-mouches, puis la répartir tant bien que mal autour d’un trou, les pieds entre les tombes ou dans la boue. La seule personne du bahut dont la compagnie m’aurait aidé à surmonter cette épreuve, en dehors d’Isabelle, c’était Géraldine, mais justement elle n’était pas là, je vous donnerai bientôt de ses nouvelles, elles sont mitigées, enfin, si ça peut vous rassurer, côté visage, ça va, bref, je n’allais pas à une partie de rigolade. En même temps, puisque d’honorer une mémoire il s’agissait, je m’étais gentiment remonté la pendule pour ne rien perdre de ce que la cérémonie pourrait laisser transparaître concernant le mobile du meurtre voire l’identité de l’assassin – tout en bravant les regards et les chuchotements de mes ennemis, car malgré invraisemblances et impossibilités de toutes sortes beaucoup de gens persistaient à me croire plus ou moins impliqué dans cette affaire, à commencer par Douvenou, un bon copain pourtant. J’avais maintes fois cherché à le joindre ces derniers temps, sans succès, mais c’est lui qui m’avait accueilli le jour de la rentrée, les yeux presque aussi clairs que leurs cernes géants. Le ski, bien sûr. Plus personne au bahut n’ignorait le meurtre d’Isabelle, entre les associations de parents d’élèves et le bouche à oreille la nouvelle avait pénétré dans le moindre recoin, lui-même l’avait apprise au cours du week-end, pourquoi il ne m’avait pas téléphoné ? il n’avait pas voulu m’importuner, pensant que j’étais forcément au courant vu mes relations avec la victime. Cette dernière précision m’avait accablé. Si Douvenou, mon allié, soupçonnait quoi que ce soit de particulier à ce sujet, qu’est-ce que ce serait chez les gros cons ? D’autant plus que l’affaire Rondeau continuait de hanter les esprits sans que mon innocence ait été officiellement publiée : elle n’avait pu être établie qu’au début des vacances, et je ne m’étais pas soucié de ma réhabilitation. Je ne sais d’ailleurs comment j’eusse procédé.

Dès mon arrivée à l’église, j’ai compris que j’étais une des vedettes du jour, avec la défunte, ses proches et le commissaire Laforgue, plus quelques policiers en civil disséminés dans l’assistance et qui se repéraient instantanément à leur tristesse toute professionnelle. Le commissaire a eu un geste sympa en fendant la foule pour venir me serrer la main avant de retourner auprès de madame Messmer, cependant ça m’a moins aidé que ça n’a renforcé la curiosité de l’assistance.

D’être ainsi la cible des regards ne favorisait pas mes propres observations. Moi qui m’étais fait un devoir et une joie de coincer une ordure, je me suis senti pris au piège, et ça n’a pas manqué : au bout de dix minutes j’ai dû quitter l’église, entre deux murs de murmures auxquels il n’était évidemment pas question de répondre. Tout ce que je pouvais espérer, c’est qu’on mette ma sortie sur le compte du chagrin plutôt que de la culpabilité, mais c’était encore accréditer l’étroitesse de mes liens avec Isabelle. Une fois dehors, et plus tard dans le cortège ou au cimetière, j’ai mieux maîtrisé mon angoisse, l’oppression était moins violente. Pour ce qui est d’espionner quiconque, en revanche, il m’a bien fallu renoncer.

Enfin Douvenou a fait l’effort de se rapprocher de moi et ne m’a plus lâché, sans que je cesse de lui en vouloir de ses hésitations. Depuis une demi-heure la seule pensée ou plutôt la seule image qui m’aidait à tenir, à figurer dignement aux funérailles d’Isabelle, c’était celle des cuisses au blond duvet de Sophie.

Je n’ai donc rien vu à cet enterrement. Ce n’est pas faute d’avoir cherché à repérer l’assassin. Hélas ! les sales gueules abondaient. Je me suis concentré sur la proche famille, où elles semblaient une marque de fabrique, à se demander comment Isabelle avait pu naître de tels spécimens. Au moins, l’assassinat de sa fille pouvait justifier chez madame Messmer cette expression de morgue et de dégoût qu’on sentait imprimée depuis longtemps sur ses traits, un peu comme pour ces montres en panne qui donnent l’heure exacte de temps en temps. Quant au père, il n’y en avait pas. Il y avait mieux, si j’ose dire : un beau-père. Bravo, Paula, bien deviné ! Aussi peu avenant que le reste de la famille, le regard dur, mais ça ne suffisait pas à faire de lui un suspect. Surtout, je n’aurais su dire ce qu’éprouvaient ces gens. Ils ne faisaient même pas semblant d’avoir de la peine. J’étais réduit au rôle de spectateur mal placé, à qui il faut tout raconter après, avec Douvenou dans les pattes j’avais perdu mon peu de liberté de mouvements, on s’est quand même entendus pour épier les faits et gestes de Graindorge, auquel on n’aurait pas été surpris de voir témoigner de la distance sinon de l’hostilité, mais pas du tout, la foule se pressait autour de lui comme des touristes autour de leur guide, il rayonnait avec juste ce qu’il faut de modestie, tel un maître nageur sur un bord de piscine.

Je n’ai rien fait à cet enterrement. Je m’étais promis de prononcer un discours, ne fût-ce que quelques mots, mais j’ai manqué les trois quarts de la cérémonie à l’église, où Klostermann paraît-il a ému l’assistance aux larmes en récitant Erlkönig, et au cimetière j’ai à peine pu jeter une poignée de terre sur le cercueil. Je pensais causer un peu avec le commissaire, lui parler de l’incendie d’Étretat, du meurtre du Boul’Mich’, peut-être même le sonder sur le beau-père d’Isabelle ; j’ai seulement su lui glisser un Je vous appelle demain ? qui lui a fait froncer les sourcils. Comme vous voudrez, mon garçon. Le bonjour à votre maman.

Je n’ai rien appris à cet enterrement, j’y ai seulement vérifié qu’Isabelle avait un beau-père. L’inhumation terminée, il a remercié toute l’assistance, beaucoup plus nombreuse que prévue, ça n’avait pas l’air de lui faire spécialement plaisir, il a précisé que le vin d’honneur était réservé aux personnes qui avaient reçu une invitation nominative – , tout en saluant d’un vaste geste du bras, avec un sourire tellement déplacé qu’on avait envie de croire à une illusion d’optique, le départ d’un grand beau mec bien fringué que la rumeur disait être le président du club (entendez : d’arts martiaux).

Paula avait raison : on s’attaquait à forte partie. Trop forte peut-être pour nous, pour moi en tout cas, pour la petite nature que j’étais. Jusqu’au dernier moment j’avais guetté un signe du destin, le bonnet de laine de Blanche Prével flottant sur l’océan des têtes, un pan du manteau de Jules disparaissant derrière une stèle, Maurice fuyant comme un pet en laissant son rictus flotter dans l’air parmi des vestiges olfactifs. Mais rien. Plus morne que jamais, debout sur le trottoir, je m’apprêtais à dire au revoir à Douvenou. Manifestement il n’avait pas l’intention de prendre le métro ni le bus. Or il habitait trop loin pour rentrer à pied. Il a fait le mystérieux. En taxi alors ? Non. Bon, il n’avait pas l’âge de conduire, il n’avait jamais redoublé, lui.

« Si tu veux, il a dit en finissant d’ajuster ses gants et son écharpe, je t’emmène. »

Et, d’un geste théâtral, il m’a montré sa meule, garée à quelques mètres de là.

« Oh putain ! Un 104 !

– C’est mon Noël. J’ai une selle biplace. »

Il m’a déposé au bas de la rue Soufflot. Il avait le bout du nez tout rouge sous son bronzage, les oreilles je ne sais pas, elles étaient cachées par son épaisse chevelure et par son écharpe. Moi, je ne sentais plus les miennes. Comme j’étais en avance, j’ai décidé de faire une petite station dans un autre troquet du quartier, histoire de vérifier mon apparence et de me rendre présentable pour mon cours au Malebranche. Je suis donc entré dans le premier à droite en montant, un endroit où je n’avais jamais mis les pieds, trop sélect à mon goût, mais enfin je me disais qu’ils devaient avoir des toilettes confortables, je vous rappelle que je cherchais une loge de secours.

Pour continuer dans l’inhabituel, j’ai commandé un rhum. Je l’ai siroté au comptoir, perdu dans mes pensées. Blanche Prével s’y était invitée de façon assez compréhensible. Dommage que son évocation fût presque toujours liée à son métier. Son cas s’était encore aggravé avec l’agression de sa nièce. Comment ? Exact, les nouvelles de Géraldine. Les voici.

Le visage, donc, ça allait. En fait, tout allait plutôt bien, à part que ma copine resterait probablement traumatisée à vie par cette histoire. Et sourde d’une oreille. Le coup reçu lui avait fait éclater le tympan. On avait évité de justesse les séquelles neurologiques.

Naturellement j’ai dévié sur la vieille demoiselle Caulataille, qui avait été notre voisine pendant plus d’un an sans que je puisse vous dire à quoi elle ressemblait. Ça tombe bien, les portraits, ce n’est pas mon truc.

L’euphorie du trajet en mob avait laissé place à un gros coup de cafard. Dans mon esprit les cuisses de Sophie avaient pris l’apparence de deux jambonneaux ridicules.

Fallait-il un second rhum pour passer le cap ? En promenant mes yeux dans la salle à la recherche du serveur, j’ai croisé, l’espace d’un éclair, un regard connu.

Elle s’était aussitôt tournée vers ses copines, mais c’était trop tard.

Assises à une table qui occupait un angle de la salle, trois filles faisaient semblant de m’ignorer. Je n’en connaissais qu’une, mais quelle une !

Clémentine, la copine de Rémi. Clémentine, que j’étais censé initier au go et qui en échange m’avait invité à passer une semaine à Pâques dans son chalet de Megève.

Mon rythme cardiaque s’est accéléré, une onde de chaleur m’a envahi de la pointe des orteils à la racine des cheveux, où elle s’accompagnait de picotements désagréables.

J’étais sûr que Clémentine m’avait vu. Donc elle me snobait. En d’autres circonstances, j’aurais pu me sentir complice, tacitement convié à jouer le jeu, à respecter sa tranquillité, mais il ne s’agissait pas de ça, je comprenais qu’elle entendait mettre un fossé entre nous. Et je croyais savoir pourquoi.

Je voulais quand même en avoir le cœur net. Comme prévu, je suis allé aux toilettes, en passant tout près de leur table. Et je n’ai pas été déçu. Clémentine a carrément fait mine de chercher quelque chose dans son sac posé par terre. Je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un bref ricanement dont je ne savais pas bien ce qu’il exprimait, et je me suis enfermé deux ou trois minutes dans les chiottes, bien aménagées en effet, sauf que je m’en foutais maintenant, la glace au-dessus du lavabo m’a renvoyé une image que j’ai eu du mal à reconnaître, de nouveau j’ai ricané, ben tiens ! si je n’étais pas moi-même ! – vous parlez si j’y croyais à cette explication, ça n’était même pas drôle, j’avais juste l’air paumé, on aurait dit que je venais de pleurer longuement alors que pas du tout, au cimetière j’avais gardé les yeux secs, peut-être que le voyage en 104 m’avait tiré quelques larmes à cause de la fraîcheur et du vent, mais rien de plus, et ce n’était pas là, dans ce réduit à l’atmosphère saturée de fragrances prétendument florales, que j’allais me mettre à chialer, si nul que je me trouvasse, Pardon, Isabelle, j’ai dit au miroir, ça ne m’a pas soulagé, je suffoquais, j’ai jailli de ma boîte, le sarcasme aux lèvres, prêt à mordre les demoiselles de belles railleries, et j’ai vu qu’elles étaient parties.

 

 

L’allemand est une langue exigeante, qui supporte mal l’ébriété. Le second rhum m’avait paru s’imposer, je l’ai regretté dès mon arrivée au Malebranche. Le patron a eu un mouvement de recul qui m’a rappelé le mien le soir où aux 4S j’avais retrouvé Rémi bourré, tiens, justement, Rémi, comment avais-je pu manquer à ce point de réalisme, bref, bref, ça n’allait pas être facile, Je te propose pas un coup à boire ? a fait le patron, l’air sévère, on verra ça tout à l’heure peut-être, Sophie ! il a crié dans l’escalier, ton professeur arrive ! et il s’est effacé pour me laisser passer. Je sentais qu’il me regardait gravir les marches étroites et raides, j’ai fait de mon mieux, tout en me reprochant de n’avoir pas pensé à réclamer un grand verre d’eau.

Sophie m’attendait debout près de la table qui devait nous servir de bureau, et dont j’ai aussitôt décidé qu’elle nous séparerait, car je ne me voyais pas m’asseoir à côté de mon élève, l’autre fois ç’avait été un supplice. Bonjour ! j’ai lancé, aussi amène et détendu que possible, en me retenant de m’informer si elle avait l’intention de porter une jupe plus courte de cinq centimètres à chaque nouvelle séance et si elle avait pour cela l’accord de ses parents, elle a avancé les lèvres et le haut du corps pour un échange de bises mais j’ai feint de ne pas remarquer cette amorce et me suis brutalement affalé sur la chaise la plus proche en l’invitant à prendre place en face de moi. Elle s’est exécutée avec une petite moue charmante. Pendant qu’elle extrayait livres et cahiers de son cartable, j’ai discrètement flairé mon haleine dans ma paume, oh putain !

J’étais d’autant plus débile de n’avoir pas mieux préservé mon acuité mentale que j’avais une mission plus importante, plus délicate et plus urgente encore à remplir que d’éclaircir pour mon élève les arcanes de la déclinaison allemande. C’était de l’interroger sur le crime du Boul’Mich.

Comment amener le sujet ?

Sujet, objet, bon, je suis passé par les verbes intransitifs. Tomber, par exemple : pas de complément d’objet. Certes, il y avait le titre du film avec Woody Allen, Tombe les filles et tais-toi, mais l’emploi transitif était une exception. (Je me disais : Qu’est-ce que t’es allé chercher ce titre, t’es incorrigible.)

– Et Les doigts dans la tête, tu connais ?

J’en suis resté bouche bée.

Ce film était sorti le jour de mon anniversaire, et on était allés le voir en bande avec quelques internes d’H4. Bien qu’il m’ait profondément marqué, je l’avais aussitôt occulté. Ou rangé avec soin dans un pli de ma mémoire, pour plus tard. Ça m’a fait drôle que Sophie me sorte ça à ce moment-là. Et tout ce que j’ai trouvé de plus malin à répondre, c’est : T’es pas un peu jeune ?

Oh putain !

Mieux valait revenir aux verbes intransitifs. Tomber, donc. Comme on tombe d’un balcon.

Elle a éclaté en sanglots.

« Je t’ai vexée, excuse-moi, c’est pas ce que je voulais dire, t’as tout à fait l’âge de voir ce genre de film.

– Désolée, elle a fait, il m’est arrivé un truc horrible. »

Elle a raconté. Bon, rien de nouveau.

« En plus ils ont arrêté un pauvre monsieur, mais c’est pas lui !

– Comment tu le sais ?

– Parce que je l’ai vu, le vrai ! »

 

(À suivre.)

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