Bakounine n’est pas rentré, 11

Publié le par Louis Racine

Bakounine n’est pas rentré, 11

 

Comme vous, je suppose, j’attendais beaucoup du récit de Jules. Mais aussi parce que j’avais hâte d’être rassuré quant à ses relations avec Derambure. Pourquoi était-il allé toquer à sa porte à huit heures et quelques du matin, tandis que je déjeunais en tête à tête avec Maurice sans me douter que Paula était en train de fouiller sa chambre ?

La réponse est dans la question, vous en conviendrez bientôt.

La dernière fois qu’on avait vu Jules, enfin ceux d’entre nous qui le connaissaient, c’était lors de cette fameuse soirée magie. Je n’avais pas le souvenir qu’on ait évoqué devant lui le séjour à Étretat, mais la matouze avait pu s’en charger en aparté. Par ailleurs je ne pensais pas qu’il ait jamais rencontré Derambure ni même entendu parler de lui, mais je n’en étais pas non plus tout à fait sûr. Ça faisait qu’en attendant de savoir le fin mot de l’affaire j’hésitais entre trois thèses : Jules était venu pour nous, pour Derambure ou les deux. Mais je n’imaginais pas que la vérité n’entre pas dans ce cadre-là. Et je me félicitais d’avoir recouvré assez de lucidité pour apercevoir autre chose que de simples coïncidences dans toutes ces retrouvailles.

Jules, donc, a pris la parole, et c’était marrant parce que depuis quelques instants on faisait silence en cercle autour de lui, qui ne souriait plus. Ça le changeait du tout au tout. On aurait presque dit son commissaire de frère. Je n’ai pas pu m’en empêcher, j’ai fait « L’heure est grave ». Histoire de me sentir très con l’instant d’après. Il n’a pas relevé.

« Depuis combien de temps connaissez-vous Maurice Derambure ? » il a demandé à Constant.

Ça l’a désarçonné. J’ai eu l’impression que notre copain flippait, mais j’ai attribué ça à l’atmosphère brusquement et mystérieusement devenue très solennelle. Quel acteur, ce Jules, je me disais.

« Je ne l’avais jamais vu », a répondu Constant. Il allait ajouter quelque chose, il s’est ravisé, et puis comme le silence se prolongeait il a fini par lâcher :

« C’est vrai que j’aurais très bien pu le croiser plus tôt, puisqu’il est déjà venu à Étretat. Il était même en concurrence avec mes parents pour acheter cette maison.

– Ils se sont rencontrés ?

– Je ne crois pas. Ça s’est fait par des intermédiaires. Y compris quand il a voulu leur louer. Il nous a appris ça hier, je n’étais pas du tout au courant.

– Vous n’avez donc pu le reconnaître ? »

Nouvelle hésitation de Constant, tous les yeux braqués sur lui. Quant à moi j’étais travaillé par deux agacements, de voir Jules se comporter comme un flic, comme aurait fait son frère en somme, et de me dire que les questions qu’il posait auraient pu être les miennes : j’en reconstituais sans peine la logique, mais du coup il m’apparaissait que j’avais mis longtemps à saisir des évidences.

Et Constant a craqué.

« Je l’ai reconnu, il a dit entre deux sanglots, mais je ne me suis pas méfié. »

On était tous hypergênés de voir notre copain pleurer, ce n’est pas ça qu’on attendait de l’entrée en scène de Jules, dont je trouvais qu’il s’y était pris maladroitement – pour un prestidigitateur, chapeau ! et le lapin avec –, mais toute la honte me semblait devoir retomber sur moi : si Constant s’était laissé approcher par Derambure c’était pour me complaire. Alors j’ai fait un truc dont je ne me serais jamais cru capable, et qui pourtant ne m’a pas demandé un gros effort, je me regardais agir en jugeant mon geste parfaitement naturel, je me suis levé, je suis allé m’asseoir à côté de Constant et je l’ai serré contre moi. Les cousines, nettement moins pimpantes que tout à l’heure, s’étaient mises à imiter le lapin en question quand il se trouve pris dans les phares. Félix a toussé.

Je me demandais quand même si le plus embêté n’était pas Jules. Sa maladresse, il en souffrait le premier, il ne savait plus quoi faire pour se rattraper. Tout ça me prouvait une chose : il y avait dans cette affaire des enjeux qui m’échappaient. Je cherchais du regard celui de Paula, mais de ma nouvelle place c’était plus acrobatique et elle, elle parlait à voix basse avec Félix. Jules s’est levé à son tour et s’est approché de nous, de Constant surtout, il avait remis son sourire, il a posé une main sur l’épaule de mon copain, il a à peine eu besoin de se baisser pour le regarder bien en face, et il lui a carrément demandé pardon, visiblement ému.

« C’est moi qui suis désolé, a dit Constant, de vous infliger ce spectacle alors que si vous cherchez à comprendre c’est pour nous aider.

– Oui, a renchéri Paula, nous sommes à bout de nerfs, mais ce que vous faites pour nous mérite un immense merci. »

Elle a enchaîné, pour nous autres, et sans tenir compte des démonstrations de modestie de Jules :

« Il est venu de Paris spécialement pour surveiller Derambure. Il est arrivé ce matin, il a vu Maurice attablé dans la salle à manger, Norbert n’était pas encore là... »

On s’était donc loupés de peu !

« ... il est monté à sa chambre... Au fait, comment avez-vous su laquelle ?

– En consultant le registre. Discrètement. »

Soulagé, je retrouvais mon magicien.

« Là, a repris Paula, la mine réjouie, il pensait être tranquille pour mener ses investigations...

– Une seconde, j’ai fait, comment comptiez-vous entrer ?

– Voyons, Norbert, moi aussi j’ai un passe. »

Et, tandis que je soupesais ce « moi aussi », il a fait signe à Paula de continuer.

« Mais il a entendu du bruit dans la chambre.

– J’ai d’abord cru que je m’étais trompé, que j’avais mal déchiffré le registre. En tout cas je n’ai pas pensé à une femme de ménage, en général elles travaillent la porte ouverte. Alors j’ai frappé. Surprise !

– Des deux côtés, a dit Paula ; ce fut un grand moment. Et toi, Norbert, donc, pendant ce temps-là tu étais avec Maurice ?

– Je m’étais levé tôt, je suis sorti me balader, comme Jules j’ai vu Derambure de la rue, je me suis imposé à sa table, mais je suis resté que cinq minutes. Il m’a vite gonflé. »

J’ai raconté le coup du matricule, on a échangé comme ça nos informations, par exemple Jules ne savait pas que Derambure avait publié un bouquin, pour le reste il était incollable, sauf malheureusement concernant le coffret, je vous dirai plus tard ce qu’il nous a appris sur le personnage, rien ne presse en fait à ce sujet, s’il y a urgence c’est plutôt pour fermer la maison, je vous livre cependant ce fait primordial : Maurice avait plié bagage et quitté Étretat. Jules l’avait épié jusqu’à son départ, sans jamais se découvrir. Et sans que l’autre remarque la disparition de...

J’adorerais pouvoir vous décrire l’expression de Jules reprenant son manteau, puis tirant d’une de ses poches et agitant le passe de Maurice.

« J’ai le même », il a fait.

Il nous l’a montré. C’était à s’y méprendre. Deux frères jumeaux.

Bon, si ce détail vous donne à réfléchir, ou si vous vous scandalisez de ce que notre ami ait laissé filer notre ennemi, un menteur, un voleur, un incendiaire peut-être, dites-vous que j’y reviendrai. Pour l’instant nous avons à faire. Jules nous a proposé son aide, mais il valait mieux laisser Constant procéder aux dernières opérations tandis qu’on attendait dehors. En revanche Félix a grandement apprécié la perspective de rentrer en voiture.

Jules avait encore deux places. Les passagers de la Baignoire ont préféré le rester.

Pourquoi ?

J’ai beau me prétendre imaginatif et détester les préjugés, je ne m’étais jamais figuré Jules en chauffeur. Mais devinez quelle guinde il avait.

Une Austin Mini. Il a bien vu que ça nous donnait envie de rigoler. Loin de s’en formaliser, il s’est marré avec nous.

Un truc que je n’ai pas oublié de faire, c’est de téléphoner à ma mère. Un dimanche où on n’était pas là, elle avait pu s’autoriser une grasse matinée, ou au contraire se lever plus tôt vu qu’elle devait se taper seule le ménage. Bon, il était dix heures, je ne risquais rien, j’ai appelé. Pas de réponse. Elle était sortie, peut-être, ou dans son bain. J’ai ressayé un quart d’heure plus tard, toujours rien. Tant pis, j’avais les clés.

On a donc été prêts dans les temps, comme je vous l’annonçais. Mais je ne vous ai pas dit qu’on était partis sans encombre.

Jules, qui était allé chercher sa limousine, venait juste de la garer derrière la Taunus, dont le moteur tournait et où les cousines avaient pris place, quand on a vu déboucher de la ruelle et foncer droit sur nous un petit groupe de gendarmes accompagnés de la serveuse énergique de l’hôtel, vous savez, la catcheuse. « C’est lui », elle a fait en me montrant du doigt.

« L’heure est grave », a ricané Félix.

Vous peut-être, mais moi, je n’ai pas compris tout de suite. Preuve que je ne me sentais pas coupable. C’était pourtant mal, ce que j’avais fait. Voler cinq croissants rassis pour les offrir à mes proches.

Soit dit en passant, Derambure n’était pour rien dans l’aiguillage des forces de l’ordre. Il n’avait d’ailleurs pas tellement intérêt à jouer avec nous aux gendarmes et aux voleurs.

Déjà que je ne pensais pas conserver un bon souvenir d’Étretat, j’ai senti comme une brutale surenchère. J’étais partagé entre l’ingénuité – franchement, pour cinq croissants, que je paierais, bien sûr, on n’allait pas nous chier une pendule, à propos l’heure tournait – et la certitude d’avoir en face de moi un mur infranchissable, pire, d’être pris au piège. Pour ne rien arranger, Félix s’était mis à déclamer Les effarés, poème que je n’ai jamais su dire sans pleurer, sauf que les larmes coulaient sur d’autres joues, celles de ma sœur, ce qui a achevé de m’exaspérer. Constant a cru pouvoir plaider la détresse morale et apitoyer l’ennemi en montrant sa belle villa incendiée, il a même parlé de ses excellentes relations avec le capitaine des pompiers, lequel était encore passé au petit matin prendre des nouvelles, malheureusement il y avait dans la troupe quelques-uns des gendarmes qui, eux, nous avaient surpris en pleine rigolade nocturne, on a toutefois entraperçu comme une lueur d’espoir quand Jules – quel sacrifice de sa part ! – a fait valoir son étroite parenté avec le commissaire Laforgue, mais il a surtout contribué à accroître l’incompréhension entre la gendarmerie et la police, la province et Paris, les athlètes et les nabots.

Abrégeons. Constant a pu partir, avec Félix, qui serait bien resté, quitte à rentrer en car et en train, mais qui n’aurait pas voulu laisser notre copain tout seul, les filles ont préféré m'attendre, par affection pour moi et pour d’autres raisons, Paula je n’insiste pas, Annette et Carmen parce qu’il valait mieux arriver groupés, si possible après avoir réussi à prévenir la matouze, Jules nous ramènerait ; les passagères seraient juste plus serrées qu’à l’aller.

Je vous épargne les aspects les plus pénibles de mon poissage, interrogatoire, confrontation avec les témoins etc. J’ai vraiment cru que j’allais me retrouver en prison. Ma seule consolation a été de pouvoir indiquer aux gendarmes l’adresse de Maurice à Clichy. Et je me félicitais d’être majeur. Vous vous rendez compte, s’ils avaient appelé ma mère ? Eux, ils étaient fichus de la joindre. Ce n’est pas souvent que j’ai éprouvé de la gratitude pour Giscard.

Bref, il était plus de midi quand ils m’ont relâché. Et là, Jules, grand seigneur, nous a régalés d’un de ces déjeuners ! Il ne manque peut-être pas de restaurants corrects à Étretat, mais il avait compris qu’on en avait notre claque de ce bled, en plus la gendarmerie était loin vers l’intérieur des terres, plutôt que de retourner dans le centre ville ou au pied des falaises où les Parisiens avaient afflué au cours de la matinée, qu’est-ce que ça devait être à la belle saison, il nous a emmenés dans une auberge qu’il connaissait à Bréauté et où je ne vous dirai pas ce qu’on a mangé parce que je ne voudrais pas vous rendre jaloux. Vous vous laisserez bien attendrir cependant par l’image de ma petite sœur, toute petite certes mais quand même, disparaissant derrière son dessert et obligée de s’agenouiller sur sa chaise pour mieux opérer. Jules, lui, avait prudemment choisi des crêpes flambées au calva.

Pendant tout le repas il nous a charmés par ses récits, rien à voir avec nos récentes aventures, il était question de magie, de trucages, les filles auraient bien aimé qu’il nous révèle un ou deux tours mais ça, impossible, moi qui avais été son partenaire j’avais tenu ma langue et à un clin d’œil j’ai compris que le tournage du film serait l’occasion de m’initier à de nouveaux secrets – à la condition expresse et contractuelle que je les garde pour moi. Il nous a quand même dit à mots couverts qu’un prestidigitateur ne risquait pas de se faire verbaliser après avoir soufflé dans le ballon, à moins qu’il ne soit assez bourré pour foirer sa manip ; ça tombait bien : d’autres ballons aidant, il avait une sacrée descente pour un buveur de thé. Généreux avec ça ; sur ces matières-là aussi, liquides et délectables, Paula et moi on s’est laissé dorloter comme il faut.

Après ça la Mini nous a paru bien exiguë, même à moi qui étais monté devant. Ça n’a pas empêché la totalité du deuxième rang de roupiller dès les premières minutes, y compris Paula qui avait grand besoin de récupérer. Profitons de leur sommeil : vous allez enfin savoir pourquoi notre ami s’était précipité à Étretat un dimanche matin, et vous ne regretterez pas d’avoir attendu, mon récit sera d’autant plus complet, grâce aux informations recueillies pendant le voyage : de toute première fraîcheur.

Derambure était une vieille connaissance des frères Laforgue, lesquels avaient de lui la même opinion : seule exception à leur mésentente. Il leur avait pourri la vie à l’un et à l’autre, ayant réussi à se faire embaucher dans la police, aux RG, où il avait sévi deux ans avant d’être écarté pour faute professionnelle. En réalité, il était dingue et il avait fallu l’interner. Jules nous avait dit ça le matin même à Étretat, maintenant il précisait : cas de paranoïa aiguë. Ça m’a beaucoup intéressé, moi qui entendais les copains d’H4 se traiter à tout bout de champ de paranos ; c’était leur mot, leur blague, un signe de ralliement. Je me suis demandé s’ils connaissaient la définition exacte ou l’existence même de cette affection. Concernant Derambure, le diagnostic ne faisait aucun doute. Le mal venait de loin, Jules pouvait confirmer l’histoire de sa relation tragique avec un jeune Allemand, ça n’expliquait peut-être pas tout mais ça avait sûrement joué. Ils s’étaient connus pendant des vacances outre-Rhin, tous les deux ados, ç’avait été le coup de foudre, ils s’étaient revus, puis la guerre les avait séparés et Günther avait été interné et supplicié par les nazis pour homosexualité. Maurice en avait fait une grave dépression, dont il n’était jamais vraiment sorti. Il en avait gardé comme une fêlure définitive. Et définitoire, aurait dit Rémi.

Il avait exercé divers métiers, puis, en proie à la manie de la surveillance, avait trouvé son graal : les RG. Là, il s’était vite distingué par un zèle excessif (« indiscret », selon certain rapport ; entendez : manquant de discernement) ; il faut dire qu’il s’était intéressé de très près à certaines personnalités du monde politique mais aussi au frère honteux du commissaire... Bref, on l’avait vite mis sur la touche.

Jules avait oublié Derambure et sa folie, et voilà qu’il découvre que nous l’avons pour voisin d’immeuble ! Comment ça s’était fait ? Le plus bêtement du monde. Samedi matin, la veille, donc, on part pour Étretat. Jules n’est pas au courant, il appelle à la maison pour me parler boulot. Il tombe sur ma mère, qui lui file le numéro de la villa. Il la trouve un peu stressée, il attribue ça à son inquiétude concernant le voyage, il cherche à la rassurer, et elle, fière comme elle est, elle justifie son trouble par la visite de la blonde bouleversée. Elle lui donne les détails, dont le nom du voisin. Estomaqué, Jules se le fait décrire, mine de rien. Conclusion, c’est bien lui ! À son tour d’être inquiet. Il réussit à le cacher à la matouze, mais il se fait un sang d’encre. Ce Derambure est capable de tout. Et s’il était parti pour Étretat ? Hypothèse hautement improbable, qu’il ne parvient pourtant pas à éliminer. Il essaie de me joindre, ça ne répond pas. On devait être sur la route, ou à la plage. Il ressaie plus tard, toujours pas de réponse. D’après mes calculs, c’était pendant l’incendie ou juste après. En d’autres circonstances, il ne se serait pas alarmé. L’idée lui vient d’appeler les différents hôtels de la ville en demandant s’ils n’ont pas un Derambure comme client. Notez cette extraordinaire intuition ! Bingo ! Dans le premier, on lui répond qu’en effet monsieur Derambure, un habitué, a réservé pour deux nuits. Vous imaginez Jules !

Malgré tout ce qui les oppose, il finit par contacter son frère, le met au courant, lui demande son aide. Il est certain de l’intéresser à notre sort, sachant l’affection qu’il nous porte. Le problème, c’est qu’on ne comprend pas ce que Derambure a derrière la tête. Surtout, le commissaire est complètement accaparé par une autre affaire, qui lui donne beaucoup de fil à retordre. Le temps galope, la villa Morgane ne répond toujours pas, Jules décide de téléphoner aux gendarmes. On lui parle de l’incendie. Horrifié, il appelle les pompiers, on lui passe le capitaine, avec lequel il s’entretient longuement. À cette heure-là tout danger est écarté, mais la villa reste injoignable, la liaison ne sera sans doute pas rétablie avant le lendemain. Rassuré sur l’essentiel, Jules s’apprête à passer malgré tout une des pires nuits de sa vie. Pas question d’appeler la matouze, de l’affoler davantage. Tout ce qu’il peut faire, c’est chercher le lien entre Derambure et la villa. Nouvelle intuition, il essaie du côté de l’histoire personnelle de Maurice. Il réveille un copain historien et havrais, qui lui parle de la villa Morgane pendant la guerre. Muni de cette donnée cardinale, il s’accorde quelques heures de repos et, sans même attendre l’aube, prend la route. La suite, vous la connaissez.

Les ronflements des filles se mêlaient à celui du moteur, le tout pouvait évoquer une cabine de projection, et je me repassais le film.

Quand j’avais eu la matouze au téléphone, elle n’avait pas jugé utile de me dire que Jules avait appelé. Il suffisait qu’elle lui ait donné le numéro de la villa. Lui de son côté n’avait pas commenté celui – bidon – de la fille. J’étais curieux d’avoir son avis à ce sujet. Mais une autre question me brûlait les lèvres, si vous me passez ce jeu de mots.

« Cher Jules, j’ose à peine vous demander...

– Quoi donc ?

– C’est Derambure qui a mis le feu, non ?

– Non, Norbert, je crois sincèrement à un accident. Mais dans le cas contraire nous n’aurions eu aucune preuve contre lui, donc aucune raison de le retenir, si c’est le sens de votre question.

– Nous ne pouvons pas non plus être sûrs à cent pour cent de l’accident.

– J’ai confiance en monsieur Vingt-Sept-Ans.

– Vous l’appelez comme ça ?

– Vous avez un autre surnom à me proposer ? »

Notre fou-rire a bien duré cinq minutes. C’était nerveux.

 

(À suivre.)

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