Bakounine n’est pas rentré, 1

Publié le par Louis Racine

Bakounine n’est pas rentré, 1

 

Les aperçus définitifs sur Étretat, sur son site exceptionnel, sur ses ciels à naufrager le doute, les couplets inspirés, La chorale des galets / quand se retire la vague, toutes ces beautés de carte postale, ce n’est pas ici que vous les trouverez. J’aime mieux aller à l’essentiel, par exemple vous toucher un mot de la Taunus 17M. Une des voitures dans lesquelles je rêvais de monter à l’époque, avec la Panhard 24 (ça, ce n’est toujours pas fait ; la NSU RO 80, oui, grâce à Douvenou et à son père. Si vous ne les connaissez pas, lisez mes Pigeons).

La Taunus 17M – je parle du modèle P3 – m’attirait par ses rondeurs singulières et ses tons délavés. Comme passager, j’ai raffolé de la visibilité qu’offraient ses généreux vitrages. Une voiture pour claustrophobe. Je ne l’étais pas vraiment, mais j’avais plus que des tendances.

Quand Constant a déboulé au volant de sa salle de bains roulante, j’ai senti bondir mon cœur. L’apparition m’a rendu encore plus amoureux de Paula, à qui je devais cette autre bonne fortune. Annette ma petite sœur toute petite et Carmen sa cousine (donc la mienne aussi) ouvraient de tout grands yeux, elles n’étaient pas indifférentes au charme lustré du véhicule et des pneus à flancs blancs. Elles se sont installées à l’arrière avec Paula, qui m’a gentiment laissé la place du mort, en souriant à sa façon. Et nous voilà partis.

Constant voyait bien que je l’enviais et il en était gêné. Il m’a expliqué qu’il avait hérité cette voiture d’un vieil oncle. Ça ne m’a guère consolé ; ce n’était pas le genre de chose qui risquait de m’arriver.

Je me suis félicité de l’emplacement du changement de vitesses, au volant, car ma copine avait fini par me révéler ce que bien des lecteurs ont déjà compris, que Constant avait sur moi des vues persistantes bien que désespérées. Pendant le voyage, je m’efforçais de penser à autre chose, sans pouvoir fumer : Constant détestait l’odeur du tabac froid. Il appréciait en revanche celle du frais, et avait suspendu au rétroviseur intérieur un sachet en mousseline garni d’un mélange pour pipe parfumé au whisky. Je ne suis jamais malade en voiture, mais là j’avoue que si je n’avais pas été installé à l’avant j’aurais eu plus de mal à me contenir. On a donc parlé mécanique un bon moment, tandis qu’à l’arrière les deux cousines chupotaient et que Paula, je ne sais pas comment elle faisait, bouquinait. Elle venait de découvrir Anaïs Nin et y restait plongée des heures. Moi, j’avais emporté les deux livres qu’elle m’avait offerts pour Noël, et bien sûr la caméra super-8, le cadeau maternel, que j’ai décidé d’étrenner sans plus attendre, quand on a eu épuisé avec Constant le sujet bagnoles. Primesautier que j’étais, j’ai filmé le paysage à travers les vitres, réussissant tout juste à garder quelques secondes de pellicule pour l’arrivée à Étretat, sous la pluie malheureusement. Bon, il me restait le second chargeur.

Au passage, Constant nous a montré le château de Fréfossé, un truc incroyable, digne d’un conte de fées, et nous a parlé d’Arsène Lupin, de l’Aiguille prétendument creuse, du souterrain censé relier le château à cette curiosité géologique, Paula évidemment connaissait, les cousines continuaient leur conciliabule, bon, le coup du souterrain m’a évoqué mes vieux Club des Cinq, d’ailleurs on était cinq, et aussi mon père, puis je me suis rappelé que c’était cinq en comptant le chien.

L’idée qui m’est venue quand j’ai découvert les falaises, c’est qu’elles pouvaient tenter les suicidaires. J’en ai fait la réflexion tout haut, et Constant a confirmé, exemples à l’appui. En plus c’était la saison. Les congés, surtout ceux-là, liés aux fêtes, rien de tel. Il n’a pas osé nous prédire un cas avant la fin de notre séjour, mais on sentait avec quelle force il se cramponnait à la rambarde de la décence, le genre d’ustensile sur lequel j’aime jouer à l’équilibriste.

Comme personne ne nous attendait, on avait filé droit à la plage, histoire de rafraîchir nos arpions libérés. On a avancé de front vers le flot, serrés les uns contre les autres, Constant au milieu, Paula entre lui et moi, les cousines de l’autre côté, on riait très fort sans pouvoir déloger de nos oreilles le fracas du vent, les filles, prudentes et organisées, s’étaient protégé la tête de leur bonnet ou de leur capuche, nous les héros on se laissait coiffer par une horde de génies bourrés, le bonheur. En plus de ça je m’étais pris en pleine poitrine un gros sac d’embruns, heureusement que ma mère n’était pas là, elle aurait exigé devant tout le monde que je ferme mon manteau si elle ne s’était pas déjà évanouie, bref, sur le chemin de la maison on rêvait d’un bon feu, moi le premier, et d’un thé bien chaud, et j’ai eu une pensée pour Jules, dont c’était la boisson préférée.

La maison ! les descriptions, vous l’avez compris, ce n’est pas mon fort, de toutes façons j’en soupçonne parmi vous de les sauter. Sachez seulement qu’on n’a pas été déçus. On en est même restés un moment bouche bée. Je me suis penché vers Annette. Ça va pas trop te manquer la Boissière ? je lui ai fait. Elle en pleurait, le froid, l’émotion. Constant essayait de paraître naturel, tout en maniant son énorme trousseau de clés, un vrai appareil de musculation. Paula souriait énigmatiquement, on aurait dit qu’elle nous mettait en scène, enfin la porte s’est ouverte, la large porte, qui a basculé dans le noir en nous projetant au visage un savant cocktail de relents qui avaient tous en commun d’évoquer la mort, à commencer par celle d’un animal pourrissant dans un coin. Mais, s’il existait réellement, nous ne l’avons jamais trouvé. Je regrettais le sachet de tabac de la Taunus, tandis que Constant plissait le nez, comme surpris par un problème sans précédent.

Qu’est-ce que ça sent ? a demandé Carmen. C’est rien, j’ai dit, c’est le renfermé, en plus on est au bord de la mer, doit y avoir pas mal d’humidité. Constant me regardait avec douceur, croyant avoir gagné des points grâce au cachet du manoir familial et les avoir conservés malgré les remugles d’icelui.

L’intérieur aussi pouvait les lui faire perdre, avec ses housses blafardes, son atmosphère de sépulcre ou de morgue. Nous, ça nous a plutôt paru cocasse, surtout quand en soulevant les coins de quelques linceuls on a vu quelles laideurs ils protégeaient. Constant s’est hâté de condamner les goûts de ses parents, j’ai charitablement dévié sur la question couchage.

Ce n’était pas la place qui manquait, mais mieux valait limiter notre occupation. On s’est répartis dans trois chambres, les cousines au-dessus du salon, Paula et moi sous les toits et Constant au rez-de-chaussée dans le bureau, trois pièces où l’on pouvait faire du feu. On s’en occuperait plus tard, pour l’instant on aérait, on ventilait, on déballait, super excités, rigolant pour un rien, Paula avait apporté un single malt qu’elle avait hâte de me faire taster, on a bu en jouissant de la vue sur la falaise sud et sur la fameuse aiguille, puis on est redescendus avec la bouteille pour en faire profiter les autres, à la différence de Constant ravi de cette occasion de s’encanailler les cousines n’ont pas du tout aimé, Bon, j’ai dit, on va devoir la finir à trois, Ah non a fait Paula faut en garder pour Félix. J’étais doublement vexé, de voir ma plaisanterie tomber à plat et d’avoir oublié cet invité.

Félix était un des deux fayots à lunettes que Paula, inexplicablement, avait jugés fréquentables – outre Constant – parmi ses condisciples de Duruy. Rien que de penser à ces binoclards me donnait la nausée, et j’avais l’intuition que Constant partageait mon dégoût mais avait voulu faire plaisir à Paula. Ils étaient très liés ces deux-là. Et puis il était difficile de refuser quelque chose à notre amie. On attendait donc Félix, qui débarquerait l’après-midi du car de Fécamp.

Ce que j’ai failli oublier aussi, heureusement Paula pensait à tout, c’est d’appeler ma mère pour la rassurer. On a rebranché le téléphone et j’ai préparé une petite blague, mais ça ne répondait pas. J’ai réessayé, des fois que je me fusse gouré, en vain.

À part ça on n’avait rien à briffer, l’inspection des placards nous avait juste révélé quelques conserves peu appétissantes, on était autorisés par les parents de Constant à nous servir à condition de remplacer ce qu’on prendrait, mais ces nourritures-là, non merci, on est donc ressortis faire des courses, il était encore tôt, on avait bien roulé.

Nos emplettes terminées, on s’est un peu baladés dans Étretat, un peu seulement à cause de la bruine, et on s’est réfugiés dans un troquet. Ce n’est pas le peu de whisky qu’on avait sifflé qui allait nous dissuader Paula et moi de prendre l’apéro, d’autant moins que Constant, qui avait manifestement décidé de se faire bien voir, nous invitait. Il s’est contenté d’un café, les cousines ont commandé des chocolats, moi j’ai dit « Un guignolet » et Paula idem, le patron nous a confié qu’il n’en servait pas souvent, et on n’a pas trouvé ça très bon, mais on aurait bu n’importe quoi d’alcoolisé. Je lorgnais sur le flipper, un vieux Gottlieb. On verrait ça plus tard ; je notais toujours.

La conversation s’est vite orientée sur la maison, Constant nous a raconté. Ses parents l’avaient acquise quelques années plus tôt pour un prix dérisoire, ils avaient compris trop tard pourquoi, elle demandait énormément d’entretien, était difficile à chauffer, du coup ils n’y venaient jamais l’hiver, ils avaient songé à la louer mais personne n’en voulait, un jour prochain ils la revendraient, quelle déception pour eux, Étretat ça représentait tellement, c’est là qu’ils s’étaient rencontrés, une charmante histoire, son futur père avait retenu sa future mère au bord du vide et ç’avait été le coup de foudre. Paula a froncé les sourcils et franchement ça la rendait irrésistible, Quel cliché, elle a fait, comme par hasard c’est le mec qui sauve la nana. On est partis dans une discussion un peu âpre, à la limite de l’engueulade, mais quand même on n’était pas là pour ça, j’ai replongé le nez dans mon verre et j’ai éprouvé soudain une sensation bizarre. Je l’ai attribuée au parfum du guignolet, puis je me suis ravisé. J’avais eu l’odorat pas mal sollicité avec le voyage, l’arrivée à Étretat, la plage, la maison, mais ce que je sentais là je le connaissais, donc je le reconnaissais, une odeur très particulière, unique, qu’est-ce que c’était ? Sans quitter le débat, je me concentrais sur cette question, et brusquement j’ai sursauté.

« Maurice Derambure ! » j’ai crié.

Tout le monde s’est tu.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? » a fait Paula.

Ils étaient étonnés, mais je l’ai été bien plus encore. Car j’ai senti une main se poser sur mon épaule, tandis qu’une voix familière disait :

« Norbert ! Quelle bonne surprise ! »

 

 

Je n’ai pas eu besoin de me retourner, je voyais distinctement mon Maurice – notre voisin d’immeuble à Clichy – dans la glace au-dessus de la tête de Paula.

« Si je m’attendais », il a continué.

« Et moi donc ! Vous m’avez suivi ou quoi ? »

On a fait les présentations. Derambure s’est réjoui de voir Annette totalement rétablie, rapport au jour où elle s’était terrée chez nous pour échapper à un assassin. Elle et moi on avait oublié, ça remontait à une semaine au moins, mais ce type avait de la mémoire, ce qui ne me le rendait pas plus sympathique ni moins écœurant le parfum qui avait suffi à me signaler sa présence. Je suis désolé, j’ai enchaîné, je n’ai toujours pas lu votre bouquin. C’est lui cette fois qui avait oublié, enfin il a fait semblant, Ah oui, il a dit, aucune importance, rien ne presse. Il nous a expliqué qu’il avait des amis à Étretat, nous a demandé où on logeait, a eu l’air de situer et d’admirer la maison des parents de Constant, Villa Morgane, vraiment ? nous a souhaité un bon séjour et a fichu le camp.

« C’est qui cette vieille pédale ? » a demandé Constant, avec plus d’affection que de mépris.

« Je vous l’ai dit, un voisin.

– Il t’a à la bonne.

– Jaloux ! »

Paula est intervenue :

« Il écrit, je parie. Ce livre dont tu parlais, son bouquin, c’est de lui. »

Ses yeux brillaient. J’ai rendu hommage à sa perspicacité.

« Je n’ose pas dire ton flair », j’ai ajouté.

Mais, à ma grande surprise, j’étais le seul avec Carmen à être incommodé par le parfum du zigue. Délaissant ce mystère, on a fini nos consommations et on est sortis. La pluie n’avait pas cessé, une petite pluie agaçante qui paraissait nous harceler à l’horizontale. Quand on est arrivés au manoir j’ai vu la plaque avec le nom du lieu : Villa Morgane, en effet.

Nos aérations étaient loin d’avoir eu raison de ses sortilèges olfactifs. Constant s’est résigné à reconnaître le phénomène, nous assurant qu’un bon feu en viendrait vite à bout. On est allés chercher du bois à la cave, où claustrophobie ou non je n’étais pas pleinement rassuré de me trouver seul avec notre hôte, mais il n’a eu aucun geste ni aucun propos déplacé, il a juste crié en voyant une araignée. J’ai décidé de me détendre, ce séjour s’annonçait des plus agréables, on allait commencer par se régaler avec nos provisions et on irait faire un tour sur les falaises. Ah ! c’est vrai, il fallait accueillir Félix. On n’était pas obligés d’être tous là. D’être en tas, j’ai dit en savourant mon muscadet devant la cheminée, mais ça n’a fait rire personne. J’ai même eu l’impression de gâter l’ambiance. Quelque chose me travaillait, c’était certain.

Ce qui n’a rien arrangé, j’ai rappelé la matouze, toujours pas de réponse.

J’avais beau trouver ça très gamin, je ne pouvais m’empêcher de me dire que de n’avoir pas prévu ce malheur-là en augmentait la probabilité. On s’était tous focalisés sur les dangers du voyage, ma mère la première. Qu’il lui arrive quelque chose en notre absence, ça ne m’était pas venu à l’idée, et maintenant je m’en voulais. Très gamin, je vous ai dit.

Je m’en suis remis à la maturité de Paula, pourtant plus jeune que moi. Ne t’en fais pas pour elle, elle a dit, elle vit sa vie. Et tout d’un coup, cette simple formule a déployé devant mon imagination un vaste tableau où l’on voyait la matouze se payer du bon temps avec le commissaire Laforgue, tellement occupée de son bonheur qu’elle ne pensait plus à nous, non, soyons juste, goûtant enfin une forme de sérénité à base de confiance. Et Paula a enfoncé le clou : Fiche-lui la paix, à ta mère. Je me suis retrouvé comme un con, même ma sœur d’ordinaire si émotive ne paraissait pas accessible à l’inquiétude. J’ai dissous au muscadet la boule que j’avais dans la gorge et on a attaqué nos feuilletés du pêcheur.

Là-dessus le soleil est apparu et avec lui les touristes, des Parisiens pour la plupart. Les falaises éclatant maintenant de toute leur blancheur m’ont bien réchauffé l’âme et j’ai proposé à Paula une première excursion sur les hauteurs, comme ça, vite fait, en attendant Félix. Je savais qu’elle voulait être à sa descente du car, en tant que sa seule copine dans la bande pour le moment. Mais, sans trop nous en dire, elle nous avait promis une bonne surprise s’agissant d’un garçon qui gagnait à être connu. Constant et moi on avait échangé un regard complice, connivence que je m’étais aussitôt juré de ne pas cultiver à l’excès. Bref, on verrait bien.

On se sentait si en sécurité dans le village et sur la plage que j’ai cru pouvoir laisser les cousines libres d’aller et venir à leur guise. La seule restriction que je leur ai imposée en tant que grand frère responsable, c’est qu’elles ne s’aventurent pas seules sur les falaises ni dans les grottes dont elles sont creusées. Nous les explorerions avec elles, en tenant scrupuleusement compte des heures des marées. Par ailleurs c’est moi qui détenais la maigre cagnotte que ma mère nous avait allouée et Annette n’y avait pas directement accès. Carmen cependant disposait de fonds plus imposants, dont elle était fort désireuse de faire profiter sa cousine.

De toute façon, cet après-midi-là, elles préféraient rester à la villa. Bonne idée, comme ça elles entretiendraient le feu. C’est donc l’esprit dégagé que j’ai accompagné Paula et Constant dans l’ascension de la falaise sud, dite falaise d’aval. De là-haut, la vue était magnifique, évidemment, et comme je n’étais pas du tout sujet au vertige je me suis amusé à effrayer mes copains jusqu’à ce qu’un Parisien de passage en fasse une crise de nerfs. On a bien rigolé. Puis Constant nous a montré des ouvertures au pied de la falaise d’amont et nous a parlé de galeries qu’il pouvait être excitant de visiter, surtout la nuit. Cette perspective-là m’enchantait moins, et ç’a été leur tour de me taquiner. Pour changer de sujet, j’ai cherché la villa dans la mosaïque des toits et des colombages. J’ai eu tôt fait de la repérer, légèrement en hauteur, avec ses chiens assis, dont celui de notre piaule à Paula et à moi, et la tache vert piscine de la 17M garée devant. Un peu au-dessus, à mi-pente, une maison bien plus grande encore et visiblement abandonnée, avec ses fenêtres ou closes ou béantes et sa toiture en partie enfoncée, a attiré mon attention. Constant nous a renseignés. C’était un hôtel désaffecté. Les yeux de Paula étincelaient. Génial ! elle s’est exclamée. Un endroit idéal pour jouer à l’assassin !

On a approuvé avec enthousiasme. Je n’avais pourtant qu’une vague idée de ce qu’était ce jeu. Mais je m’en promettais de grandes joies. Constant était aux anges.

Tous les trois on s’est mis à discuter modalités, règles, contraintes, on s’est comme ça laissés aller à une douce rêverie, le temps s’était arrêté, et puis un gros jouet est entré dans notre champ de vision, tout en bas sur la place au milieu du village.

« Le car ! » a crié Constant.

Le car de Fécamp ! Déjà il s’arrêtait et des voyageurs en descendaient. On a dévalé le sentier puis les escaliers, bousculant les promeneurs éberlués, riant de leur surprise, de leur colère, de notre folie, moi notamment de la mienne, qui me précipitait au-devant d’un Félix, le cœur battant à tout rompre on a déboulé sur la place juste comme l’abdomen du gros insecte disparaissait au coin d’une rue, Félix était là tout seul au milieu à nous attendre, la clope au bec, avec debout près de lui un cartable et une guitare dans son étui rigide.

On s’est salués, tandis que je faisais mine d’inspecter les alentours. Quand enfin j’ai dû justifier mon manège, j’ai fait :

« Il est pas avec toi, l’autre, là ?...

– Qui ça ?

– Tu sais bien, ton frère siamois...

– Marc ? »

J’ai eu droit à un regard mi-fâché mi-consterné de Paula, Félix a dit un truc apparemment très drôle que je n’ai pas entendu ni osé me faire répéter, ça commençait bien, Bon, on y va ? a lancé Constant et on s’est mis en marche, moi traînant les pieds à l’arrière-garde. Mais j’ai vu le premier les flammes qui s’échappaient de la fenêtre de notre chambre.

 

(À suivre.)

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Lector Simplex 28/09/2017 14:06

On voit que c'est une oeuvre de jeunesse, l'auteur joue encore aux petites voitures.

Julia 23/09/2017 13:52

Je prends ! Je suis prise !