Tais-toi quand tu parles, 19

Publié le par Louis Racine

Tais-toi quand tu parles, 19

 

À la tentation de détailler les événements de ma parenthèse ibérique se sont opposés comme un prolongement du dégoût qui en a marqué la fin mais aussi la crainte, si je différais encore le récit de ceux qui l’ont suivie, de ne plus avoir la force d’en affronter le souvenir. J’avais pensé consacrer tout un volume à ce qui finalement n’occupera que deux chapitres à peine, le précédent et celui-ci, où je me contenterai de quelques anecdotes. Vous pouvez le sauter. Vous n’avez jamais eu besoin de ma permission pour prendre ce genre de liberté.

 

 

Merci d’avoir accepté de rester, ne fût-ce que pour voir.

Peut-être voulez-vous en apprendre davantage sur ma vie sentimentale pendant ces six années. Il se trouve que les paragraphes qui suivent lui font la part belle. Pas seulement à cause d’Elena – que dis-je ? grâce à elle, la grâce même. Nous n’avons passé ensemble qu’une petite année, la plus grande petite année de toute ma vie. Mais j’avais à peine mis les pieds en Espagne, les posant de temps en temps à terre, que je suis tombé amoureux d’une nouvelle Carmen. Ça commence à faire beaucoup, comme disait la patronne du bistrot de Brive où Ma Tayl a ressurgi d’un passé enfoui. Bon, notre liaison a duré deux mois au maximum, mais j’avais de la route. Cette Carmen-là était blonde comme les blés, plus blonde encore que la môme Jellinek, elle travaillait dans une conserverie de poissons près de Bilbao et voulait cinq enfants dont au moins deux varones, j’ai bien pris garde de ne lui en faire aucun, ayant réussi à me procurer des capotes dans un bordel d’Irun, ça ne se trouvait pas sous le sabot d’un cheval, mais surtout ses projets de maternité n’avaient pas grand-chose à voir avec sa libido, qui se prêtait moins docilement à l’ajournement, tout en acceptant – du bout des lèvres – les préservatifs.

Ce n’est pas d’anecdotes de cette banalité que je voulais vous gratifier. Déplaçons-nous dans l’espace et dans le temps. Nous sommes maintenant à Vigo, en mai soixante-quinze. Le huit, j’ai eu dix-sept ans pour de vrai.

Je suis hébergé par une famille d’origine portugaise qui compte une abondante marmaille (je n’ai jamais réussi à la dénombrer). J’ai entendu parler d’eux à Saint-Jacques-de-Compostelle, où, conformément à mes calculs, je suis arrivé pile pour Pâques, au terme d’une courte étape, à vélo s’il vous plaît, sur le fameux chemin. Ces catholiques purs et durs ont récemment quitté Mangualde, à la mort de Salazar. Ils se sentent mieux en Espagne franquiste. Le père est ingénieur chez Citroën. En guise de loyer, je donne des cours d’allemand à une des filles, une certaine Dolores. Elle a douze ou treize ans. Elle ne pige rien au principe de la déclinaison. Elle fait pourtant du latin. C’est pareil, je lui dis. C’est dommage, elle me fait. En latin, je ne comprends rien. Je lui annonce qu’avec moi elle comprendra, et que ça l’aidera pour le latin. Elle a l’air d’y croire : Vale, hagámoslo. Tu parles ! Au bout d’une heure, où elle n’a pas cessé de sourire, elle me lâche : En fait, je comprenais un petit peu en latin, mais maintenant plus du tout. On va faire autrement, je lui dis. J’ai inventé plein d’astuces pédagogiques, à base de dessins, de croquis, de schémas, j’ai utilisé toutes sortes d’accessoires, puisant allégrement dans les jouets de la fratrie (éléments d’un jeu de construction, train miniature, poupées) et même dans les bondieuseries familiales, élaboré des saynètes, composé des chansons mnémotechniques, tout ça pendant deux semaines, jusqu’à ce que mon élève me demande s’il était vrai que je comptais partir le surlendemain. Rien de plus vrai, j’ai fait ; c’est notre dernier cours. Bon, elle a dit, aujourd’hui ça va marcher.

Elle a tout pigé en cinq minutes.

J’étais ravi, évidemment. Un peu étonné aussi.

« Je ne voulais pas que ça aille trop vite. »

Quoique flatté, je l’ai grondée, pas seulement pour la forme. Du coup, je n’avais pu m’occuper de sa prononciation, qui était déplorable.

Ne t’inquiète pas, elle a fait, il nous reste une demi-heure.

Vous pensez si ça pouvait suffire. Ce n’est pas faute de lui avoir détaillé notre appareil phonatoire, en commençant par les poumons et en finissant par les lèvres. Bon, on a bien rigolé.

À part ça ses parents étaient de vrais fachos dans l’âme. Je leur suis reconnaissant d’avoir enrichi à leur manière ma science de l’homme. Et de m’avoir permis de connaître Dolores, dont je gage qu’elle n’a pas trop mal vécu la transition démocratique. Mieux que son père les conséquences du choc pétrolier.

Pourquoi cette histoire ? En préambule à celle-ci.

Nous sommes maintenant dans une grande ville de la péninsule. Il y a là un séminaire où je suis logé gratuitement, selon des modalités qui me rappellent une pratique en vigueur à H4. Je vous avais promis de vous reparler de ces internes qui, certaines nuits, pour pouvoir découcher sans que leur lit parût trop vacant, le proposaient à quelque nécessiteux. Dans ce séminaire, un joyeux luron me laisse le sien toute la semaine. Le dimanche, je me rabats sur un bouge du quartier étudiant. Non, je ne vous dirai pas la ville, ni même le pays.

C’est aux abords du quartier en question que je repère une petite annonce ainsi formulée (je traduis) : Collégien fâché avec la langue française cherche professeur qui la lui fera aimer. Comment résister ? J’appelle au numéro indiqué. Venez ce soir à sept heures, me dit une voix de femme. J’y vais. Grand appartement bourgeois, plein de belles choses, extrêmement vide de gens, sauf une soubrette en tenue qui dès mon entrée disparaît, me désignant un couloir. Je m’y engage. De loin me parvient une musique. Je m’avance, assez vite le trajet se révèle plus long, moins rectiligne que prévu, j’accélère le pas, le son de la musique s’amplifie peu à peu, enfin, après plusieurs détours, j’atteins un petit salon, où m’attendent un gamin maussade et une dame qui doit être sa mère, assise dans un fauteuil près duquel il se morfond debout. Nous nous présentons, échangeons quelques mots, puis la dame renvoie l’enfant (Va dîner, mon chéri) et me désigne une chaise.

« Alors, Norbert, comment comptez-vous faire aimer le français à Carlos ? »

Je lui réponds que seule la pratique permettra de juger de l’efficacité de ma méthode, si j’en ai une.

« Ah bon ? Vous n’en avez pas ?

– Ça va dépendre des problèmes de votre fils.

– Comment comptez-vous les cerner ?

– Eh bien... Je vais le tester. »

Elle lève les yeux au ciel, tandis que je me raidis sur ma chaise.

« Et voilà, ça recommence. Mais il ne va pas aimer ça du tout ! »

Je ne sais plus où me mettre. La musique s’arrête. C’était un disque. Il continue de tourner pour rien.

« Écoutez, Norbert, vous étiez mon dernier espoir. Tant de candidats se sont succédé ici sans jamais réussir à me convaincre ! C’est fini, je renonce.

– Tant de candidats ? Mais vous ne leur avez pas laissé leur chance !

– Croyez-vous ? »

Pour la première fois, elle me sourit. Détournant les yeux, je remarque, derrière elle, une porte entrebâillée sur ce qui semble une chambre, dans les tons roses.

Un déclic. Le plateau du tourne-disque s’est immobilisé.

 

 

Le séminariste m’en a voulu. Il a dû se trouver un nouveau sous-locataire. Mais, comme je lui ai dit, nous n’étions pas liés par contrat. Un contrat moral, il a fait.

C’est que, si je n’ai pas reçu l’agrément de la mère pour réconcilier son gamin avec le français (jusqu’où étaient-ils brouillés ? je l’ignore encore), j’ai dormi tous les soirs dans la chambre rose, pendant près de trois semaines. Après quoi j’ai changé de ville.

 

 

Puisque nous en sommes à parler de ma vie sexuelle durant mon exil, et de petites annonces, le moment est venu de vous raconter ce qui fut pendant longtemps ma dernière partie de go. Vous vous rappelez comme je m’étais fait ratatiner par Paméla François. À l’heure qu’il est, elle me doit toujours une revanche, et ça risque d’être encore vrai quand vous lirez ces lignes. Néanmoins j’avais à cœur d’oublier ma défaite, donc de rejouer. Or ça ne se fait pas tout seul, même si je n’ai pas mon pareil pour m’en inventer un. Rien ne vaut un partenaire de chair et d’os. J’espérais le trouver à Porto, où j’avais projeté de passer la fin du printemps soixante-quinze. Après deux semaines de recherches infructueuses, fatigué d’interroger la population des bars et des librairies et de courir le risque de passer pour un monomaniaque, je me suis résolu à faire paraître une annonce dans le Jornal de Notícias. Dès le surlendemain, j’avais reçu deux réponses, l’une mentionnant un numéro de téléphone, l’autre une adresse.

Ne séjournant que depuis peu dans le pays, je n’étais pas très sûr de mon portugais téléphonique. J’ai privilégié le contact direct et me suis présenté le matin même à l’adresse indiquée. C’était dans une des rues étroites et fortement pentues qui descendent vers le Douro en aval du pont Louis Ier, non loin d’un bar à fado. Arrivé devant la porte étroite elle aussi de l’étroit immeuble, j’ai eu un mouvement de recul, tant le lieu paraissait sordide, puis, rassemblant mon courage, je me suis enfoncé dans un étroit couloir que prolongeait une étroite montée d’escalier, éclairée par une lumière des plus chiches. Allons ! ne faiblissons pas. En haut des marches, je me heurte à une autre porte, sur laquelle était punaisé un bout de carton avec, écrit au stylo à bille, le nom que je cherchais : Paciência. Pas d’erreur. Sauf que je sentais venir une belle crise de claustrophobie. J’ai battu en retraite.

Restait le numéro de téléphone. On décroche, je m’accroche à mon peu de portugais. Assez vite je comprends que mon interlocuteur, un jeune homme, habite Lisbonne. C’est que le Jornal, bien qu’imprimé à Porto, est lu dans tout le pays. Nous bavardons un court moment, dans la limite de mes compétences linguistiques et de mes finances, vu le prix de la communication. Le joueur semble avoir un bon niveau, et me dit manquer de partenaires. Je lui explique comme je peux que je n’envisage pas pour autant de me déplacer, et je prends congé de lui poliment. Au moment où je vais raccrocher, je l’entends me redire un truc auquel il a l’air de tenir, un truc que je n’ai pas pigé tout à l’heure, sans oser l’avouer. Stupéfaction : c’est le nom de Paciência qu’il prononce. Vous êtes bien à Porto ? Vous avez un super joueur, là-bas.

J’ai donc affronté ma claustrophobie.

Et j’ai rencontré un vrai champion. D’une discrétion, d’une modestie égales à son talent. L’adversaire idéal. Nous avons joué pratiquement chaque jour pendant un mois. Il m’a battu plus souvent qu’il ne s’est laissé battre, bon perdant comme bon gagnant, et chaque partie m’a appris quelque chose. Il se prénommait Rodolfo. Il n’avait guère plus de vint-cinq ans. Il avait découvert le go pendant ses études à Lisbonne et beaucoup lu sur le sujet. Il était prof de maths. Je lui ai parlé de mon Lisboète. Son nom ne lui disait rien. Il paraissait sincèrement gêné de se savoir si célèbre. Il vivait seul dans une sorte de taudis, mais dès que nous commencions à jouer nous oubliions le décor. Ou plutôt il se transfigurait. Chaleur de la grisaille, délices d’un soda éventé servi dans un verre terni. Nous nous sentions mieux dans ce cocon poussiéreux que quand nous nous transportions avec notre goban à la terrasse de quelque café de la place Ribeira. Rodolfo avait tendance à fuir la foule. Mais il s’intéressait à beaucoup de choses, pas seulement au go. Et, en causant avec lui, je me suis vite amélioré en portugais.

Et la dernière partie ? vous demandez-vous. Et le sexe ? Un peu de patience. Ce n’est pas là que ça s’est passé. Rodolfo m’a certes fait des avances parfaitement claires, mais il a très bien admis que je ne sois pas intéressé. Et, au lendemain d’une soirée d’adieu mémorable où nous étions allés nous saouler de fado et de vin dans le cabaret voisin, nous nous sommes quittés bons amis.

Je partais pour les vendanges, dans l’Estremadura. Ensuite de quoi je suis descendu à Lisbonne.

Une des premières choses que j’ai faites en arrivant, c’est de rappeler Rafael, non sans craindre, après Rodolfo et tous les progrès accomplis grâce à lui, d’avoir du mal à trouver partenaire à ma hauteur.

Rafael était étudiant en informatique et habitait un appartement à Intendente, en colocation avec des gens de son âge. Il avait moyennement réussi à les convertir au go. Il se réjouissait de rencontrer quelqu’un qui était capable de battre Paciência. Il m’a invité chez lui. Enfin, chez eux.

Là, je suis accueilli par un type en fauteuil roulant. Il me tend une main difforme : Salut, Norbert !

 

 

Encore un auprès de qui j’ai pris pas mal de leçons.

Question go, j’étais à peine meilleur que lui, mais je voyais le moment où il allait me dépasser. Et il l’a fait. Il avait des capacités de synthèse qui en auraient remontré aux petits génies de classes prépa que j’avais connus à Paris. Comme c’était à moi de poser ses pierres, je me sentais coopérer plus concrètement à ma propre formation, je ressentais plus physiquement le défi à mon intelligence de chacun de ses coups.

Vivre en colocation lui simplifiait la vie, mais elle restait compliquée. Si son fauteuil entrait tout juste dans l’ascenseur, les deux marches à descendre pour atteindre le hall de l’immeuble étaient un obstacle infranchissable sans l’aide des copains. Il sortait donc peu. Et, dehors, le moindre de ses déplacements demandait réflexion. Quelle idée, disait-il, d’habiter Lisbonne quand on est comme moi ! Une ville pleine d’escaliers ! En revanche, il avait conçu et s’était fait faire un outil spécial pour taper sur un clavier. Il le maniait avec la bouche. Il étudiait une pince à bouche pour le go.

Il était handicapé de naissance. Ses parents avaient fait de leur mieux pour qu’il reçoive une éducation digne de lui, en le coupant le moins possible de la société. Heureusement, ils n’avaient pas de problèmes d’argent. Ils avaient pu lui payer des études. De son côté, il était brillant. C’est lui qui m’a initié à l’informatique, avec des aperçus visionnaires. Il m’a révélé l’intuition de Paul Otlet, en m’assurant qu’elle avait commencé à se réaliser. Tu verras qu’avant l’an deux mille, me disait-il, sur toute la surface de la planète, les hommes ne communiqueront plus que par écrans interposés. Le pouvoir politique appartiendra à ceux qui seront capables de contrôler cette circulation de l’information, de l’opinion et surtout de n’importe quoi.

Il serait faux de dire qu’il m’a dégoûté du go. Ce n’est pas si simple. De fait, ma dernière partie avant longtemps, c’est contre lui que je l’ai disputée, et il m’a battu avec à peu près le même écart de points qu’autrefois Paméla, face à qui toutefois j’avais perdu mes moyens (donc le bénéfice de mes pierres de... handicap). J’avoue avoir souvent rêvé, ces deux-là, de les voir s’affronter. Avec le recul, il était meilleur qu’elle, du moins au niveau qu’elle avait quand j’avais cessé de la voir. Elle avait très bien pu progresser depuis. Je n’ai pas eu l’occasion de le vérifier.

Nous en arrivons au point crucial.

Il y avait parmi les colocataires de Rafael une jeune femme dont tout le monde était amoureux, à commencer par lui, et qui m’a fait l’honneur de sortir avec moi. En écrivant ce verbe, je ressens encore tout le scandale de la situation. Évidemment, malgré ses dénégations, il m’en a voulu. Et moi je lui en voulais de m’être supérieur malgré son handicap, et de m’amener à le plaindre et à me considérer comme un salaud. Alors j’ai rompu. Avec Morela aussi, mais plus tard. Sa situation à la colocation étant devenue intenable, elle a déménagé. Je me suis installé avec elle. Nous étions petitement logés, vu son salaire de laborantine et mes maigres revenus, mais ce n’est pas pour ça que nous nous sommes séparés au bout de deux mois. Nous n’avions jamais réussi à retrouver le charme des premiers moments, de nos rendez-vous semi-clandestins dans sa chambre à quelques mètres de celle où Rafael élaborait ses programmes et bûchait ses examens. C’est à ce jour la fille la plus inventive que j’aie connue en matière de sexe, et celle qui donnait le plus le sentiment et l’envie de s’abandonner à l’instant. Jusqu’à ce que nous vivions en couple.

Après mon départ, j’ai continué quelque temps à participer au loyer, par amitié. Mais nous n’avons plus couché ensemble. Ni elle ni moi n’aurions supporté l’idée que je l’entretienne. Puis j’ai quitté Lisbonne pour visiter le sud du pays.

Aux dernières nouvelles, elle a émigré en Italie, où elle a épousé un ingénieur chimiste. Je crois qu’elle a des enfants.

 

 

Cette parenthèse n’a donc pas été pauvre en expériences érotiques. Entre Morela et Elena, j’ai eu plusieurs aventures, principalement en Espagne, où je suis retourné après la mort de Franco. Trois, rien qu’à Madrid. Il est vrai que j’y ai séjourné plus de deux ans. J’y suis arrivé le jour de la sortie de Cría cuervos, fin janvier soixante-seize, un an exactement après avoir quitté la France. L’affiche m’a plu, j’ai vu le film le soir même. Je m’en suis difficilement remis. Ce qui m’a aidé, c’est d’avoir rencontré Isabel. Elle était en larmes à l’issue de la séance, elle était allée seule au cinéma, elle a vu que j’avais pleuré moi aussi, nous avions tous deux besoin de réconfort, nous nous le sommes mutuellement prodigué. Pendant un mois nous avons arpenté la ville, presque chaque soir, emmitouflés dans nos manteaux (elle protégée par un bonnet et des moufles), à bavarder des heures sans jamais oser nous toucher, je ne sais même pas si on se faisait la bise quand on se retrouvait devant un café (on n’y entrait jamais) ou qu’on se séparait en bas de chez elle. Un soir, nous avons craqué, échangé un baiser, je garde le souvenir de son petit nez rose et froid, de ses lèvres un peu gercées, du contact de nos enveloppes. C’est la dernière fois que je l’ai vue. Elle a tout fait ensuite pour m’éviter, et je n’ai pas insisté.

Avec Gisela ou Concepción (jamais en même temps, toutefois), les choses sont allées plus loin. Mais le grand amour, je l’ai vécu à Barcelone, avec Elena. Je devrais plutôt dire l’harmonie sur tous les plans, y compris dans notre vision de l’avenir. Car il a toujours été entendu entre nous que notre union durerait ce qu’elle pourrait, sans doute pas très longtemps, et ça nous allait. Elena est rentrée à Lund juste comme elle commençait à se rendre compte que je n’avais plus rien à lui apporter. La réciproque n’était sûrement pas vraie mais j’ai fait comme si. J’ai quand même eu du mal à me réhabituer à la solitude. J’ai exploré le pays, vers le nord, poussant jusqu’à Besalú, puis je suis rentré à Barcelone. Là, on m’a volé mon vélo. C’est peut-être ça qui a achevé de me déprimer. Un matin de mars, j’ai à peine dit au revoir aux copains qui m’hébergeaient, et je me suis taillé. Je leur laissais ma guitare en souvenir. Montée droitier. C’était le premier jour du printemps.

 

(À suivre.)

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