Tais-toi quand tu parles, 6

Publié le par Louis Racine

Tais-toi quand tu parles, 6

 

La première pensée qui m’est venue, ce qui précédait n’étant pas de la pensée, mais un noir désarroi, c’est que comme nous aussi on avait laissé la lumière allumée on avait pu se donner en spectacle durant nos ébats, à un voyeur un peu entreprenant certes, ou pas trop soucieux du respect des conventions, et je me suis demandé si Samuel, bref, j’ai chassé cette image de toutes mes forces, mais ce qui l’a remplacée m’a bien accablé aussi, l’idée de Jeanne prenant plaisir à cette exhibition, y compris devant moi, un comble d’absurdité ce dernier soupçon, comment aurait-elle su, et j’en voulais à ma jalousie autant qu’à cette femme de me rendre stupide à ce point. Malheureux, surtout.

Je suis resté là à les regarder, pourquoi ? pour m’anesthésier peut-être, ce ne serait pas si incongru comme hypothèse puisque de fait je n’éprouvais plus grand-chose, comme un vague étonnement devant cet amant si différent de moi, à l’opposé pourrait-on dire, un quadragénaire velu, chauve et bedonnant, jusqu’à ce qu’un rire de Jeanne me serre le ventre et qu’un rideau de larmes s’abatte entre eux et moi.

Une chance que j’aie retrouvé toute ma faculté de gambader, sauf qu’elle ne pouvait guère me servir en la circonstance. J’ai regagné le départ du sentier. Là, j’ai tâché de remonter une autre pente, beaucoup plus raide.

Je me concentrais sur des détails, pour m’épargner une vision trop générale et trop flippante du tableau. Histoire aussi d’épuiser mes réserves de négativité. Je me suis haï de m’être figuré des fadaises – non seulement Jeanne m’hébergerait mais elle m’aiderait à localiser la planque de Carmen en mettant son téléphone à ma disposition, ou elle m’emmènerait au bureau de poste où elle travaillait et où je passerais tout le temps qu’il me faudrait à éplucher l’annuaire de l’Allier.

Car j’étais persuadé que l’oncle avait profité de l’hospitalisation de son frère pour récupérer son logement et y installer sa fille. Simplement, je ne me rappelais pas le nom du bled où il habitait. Je me disais que de le voir écrit me rafraîchirait la mémoire, et qu’il ne devait pas y avoir des masses de Bourzeix dans le département.

Restait ce problème déjà signalé, que ma cousine, avec la complicité de son père, m’avait fui moi autant que sa marâtre. Nous mettant dans le même sac. Ça me refroidissait quelque peu. Mais aussi ça m’excitait à lui prouver ma débrouillardise et ma ténacité. Aller la surprendre dans sa retraite devenait une ardente obligation. Peut-être même avait-on cherché à me mettre à l’épreuve.

Voilà quelques-unes des idées que je m’étais formées de ces prochains jours. Tout ça désormais puait la candeur. Hors jeu, Norbert !

Le ciel nocturne était splendide, tout éclaboussé d’étoiles, leur bagout assourdi par la lune s’arrondissant, mais pour ce que j’en avais à foutre. Je ne l’ai pas cru d’abord, puis j’ai dû me rendre à l’évidence : je claquais des dents. Ce n’était pas seulement à cause du froid. En contrebas, la fenêtre de la cuisine s’est éclairée. J’ai eu soudain la vision de mon départ, la veille, quand j’avais laissé sur la table ce cœur fait de Mon chéri. Maintenant je ne savais pas où j’allais passer la nuit. J’aurais pu, physiquement, entrer dans la maison, vu que Jeanne ne s’enfermait pas à clé, me blottir dans un coin et filer à l’aube. Mais, moralement, impossible. Même dormir dans la Dauphine, la perspective me donnait la nausée. Et puis j’aurais crevé de froid. Au fait, le chauve, il était venu comment ?

Je m’étais dépêché de m’éloigner, sans prendre garde à ce détail. Et, juste à ce moment-là, la porte s’est ouverte et le type est sorti, en embrassant Jeanne du bout des lèvres sur le seuil. Ils ont à peine échangé quelques mots, puis un moteur de mobylette a troué le silence de la nuit, je n’avais pas repéré l’engin, j’ai juste eu le temps de m’accroupir dans un bosquet et le gros veinard est passé devant moi. Honnêtement, j’ai pensé le renverser et lui piquer sa meule, mais étais-je sûr d’avoir le dessus ? Non, hein ?

Ce départ changeait tout.

Si j’ai continué à repousser avec dégoût la tentation de me manifester, du moins dans l’immédiat, je ne voyais plus d’obstacle sérieux à entrer chez Jeanne en catimini. Je suis redescendu et j’ai attendu l’extinction des feux. Ça n’a guère pris qu’une vingtaine de minutes (au pif, je vous rappelle que depuis plus d’une semaine ma montre indiquait toujours la même heure). Il était temps, j’étais frigorifié. Par la porte comme de juste non verrouillée je me suis glissé dans la maison. Aussitôt une douche chaleur m’a enveloppé. Me repérant aux lueurs du feu mourant je me suis allongé sur le tapis devant l’âtre. Dans ma tête s’entrechoquaient toutes sortes de projets absurdes, de scènes à faire à Jeanne, de violences même à lui infliger, de quel droit, bon sang ? Petit con que j’étais. J’écoutais sa respiration, elle ne m’avait pas entendu, elle dormait. Je n’ai pas trop tardé à l’imiter, grâce à Guillaume, qui est venu se blottir contre moi.

L’idée n’était pas que Jeanne me trouve là en se levant. J’avais mieux. Je me suis réveillé de moi-même assez tôt pour exécuter mon plan. Il faut croire que j’étais motivé. Vous allez voir, c’est navrant, mais j’assume. J’ai refait le coup des Mon chéri. Le dessin toutefois n’était pas le même. Le dessein non plus. Pauvre garçon ! J’espère que vous n’approuvez pas ce geste. Que vous êtes plus de mon côté aujourd’hui qu’à ce moment.

Je suis parti dans la nuit, emportant quelques chocolats pour mon petit déj. Il faisait un froid de canard, raison de plus pour marcher d’un bon pas. À cette heure plus que matinale il ne passait pas grand monde sur ces petites routes, cependant j’ai été pris en stop par la première voiture. Elle allait à Brive, ça m’arrangeait.

En chemin, j’ai repensé aux Maillard. Abel et Marguerite, vous situez. Retourner chez eux ? Non, ils avaient assez donné. Pourtant j’aurais bien aimé les revoir, ne serait-ce que pour leur parler plus abondamment de mes origines. Pour faire mon intéressant, soit. Mais leur attitude ne me paraissait pas très éloignée de celle des ces résistants à qui je devais tant. Et ils étaient de la génération de mon oncle. Je n’aurais pas été étonné qu’ils aient eu le même genre d’activités clandestines pendant la guerre.

Je me demandais comment s’appelait leur fils.

Mon chauffeur, lui, était curieux de savoir ce que je faisais dehors à cinq heures du matin. J’ai dit que je travaillais dans un hôtel de Brive, que je prenais mon service à six heures et que ma mobylette avait refusé de démarrer. Quel hôtel ? Il a fait. J’ai nommé celui d’où j’avais été viré, vous vous rappelez ce loufiat et ses admonestations. Il voyait très bien, forcément, un des plus chics de la ville. Je vais vous y conduire, il a fait, j’ai le temps, ce serait bête que vous ayez des ennuis avec votre employeur. J’ai protesté de son humanité, je ne pourrais pas vous dire pourquoi, emporté par le rôle, sans doute, un homme autoritaire, certes, mais foncièrement bon, Ça ne m’étonne pas de Georges, il a fait. Je me suis un peu alarmé, mais après tout quelle importance qu’il le connût, je n’ai pas cherché à en savoir davantage et j’ai accepté sa proposition, bien poliment, j’avais juste peur qu’à notre arrivée on tombe sur le loufiat et qu’il me remette. Et, pour me distraire de mes craintes, je n’ai rien trouvé de mieux que de convoquer dans mon cinéma intérieur les images de mon passé le plus récent, auxquelles sont venues se mêler des odeurs spécifiques, de sorte que bientôt tout l’habitacle de la R16 sentait les draps de Jeanne avec tout ce que ça impliquait, tandis que j’essayais en vain de chasser de mon champ de vision mental la bedaine et le postérieur du gros chauve. Quand enfin j’ai eu l’idée de retourner sa question à mon chauffeur, Et vous, sans indiscrétion, vous faites quoi dans la vie ? on était arrivés, et c’est en se garant près de l’hôtel qu’il m’a révélé qu’il était musicien et qu’il revenait d’un concert à Chaudes-Aigues.

« Quel instrument ?

– Piano. Si vous n’étiez pas du matin, vous le sauriez. Je joue tous les jeudis chez Georges. Ce soir, par exemple.

– Ah oui, du jazz. »

J’y étais allé à l’intuition.

« Oui, et de la bossa-nova. »

Et, devant mon air stupide :

« De la musique brésilienne. »

Alors, instantanément, me sont montés aux oreilles, en même temps qu’à mes yeux des larmes, les accents de Géraldine et de sa guitare et je me suis mis à fredonner la chanson d’Orfeu Negro qu’elle m’avait fait découvrir un matin dans sa chambre. Mon chauffeur a repris à l’unisson, on a communié comme ça quelques secondes, puis je me suis arrêté.

« Vous connaissez ça ? » il a fait. « C’est génial, non ?

– Orfeu Negro.

– Vous l’avez vu ? »

Nouvel air interloqué. Il m’a secouru.

« Je parle du film.

– Ah ? Il y a un film ? »

J’étais vraiment paumé. Il m’a instruit.

« Mais vous avez une très belle voix. Vous chantez ? »

On ne m’avait jamais dit ça. Machinalement, j’ai répondu :

« Sous la douche.

– Donc juste avant de vous mettre en tenue. »

C’était sympa. Autrement qu’une vanne du genre : Ça ne doit pas être souvent, ou Ça doit faire longtemps. Pas plus pourtant que la veille, à l’hosto. Mais de fait, le parfum que j’imposais à mon chauffeur ce n’était pas celui des draps de Jeanne.

« Franchement, vous avez quelque chose. Vous jouez d’un instrument ? 

– J’aimerais apprendre la guitare. Sinon, je connais des pianistes, et un producteur.

– Sur Brive ?

– Non, sur Londres, et sur Munich. Mes pianistes à moi font plutôt dans le classique. »

Et je lui ai balancé les noms d’Alicia Hewlett et de Marc Hovhannisyan, que je me rappelais phonétiquement. Il n’en revenait pas.

« Des pointures, il a fait. La Hewlett est inapprochable à tous les sens du terme, et Marc est la coqueluche des studios. Vous avez bien de la chance. Et votre producteur bavarois, c’est qui ?

– Axel... j’ai oublié son nom. Je l’ai rencontré à Paris. »

Il ne se sentait plus.

« Je vois très bien. On voudrait tous signer chez lui. Bon, ne traînez pas, vous allez être en retard. Vous finissez à quelle heure ? Je ne vous propose pas de rester m’écouter, mais ça vous dirait qu’on prenne un verre ce soir une demi-heure avant que j’attaque ?

– J’ai peur que mon patron m’y autorise pas.

– Je sais, le personnel n’est pas censé se mélanger avec la clientèle. Mais je ne suis pas un client, vous aurez vos habits de ville, et puis je parlerai à Georges. Vous vous appelez comment ?

– Norbert.

– Moi c’est Jean. Alors ?

– Alors d’accord.

– Dix-huit heures au bar ? Je vous invite, bien sûr. »

Je l’ai remercié et je me suis dirigé vers l’entrée de l’hôtel. Là, j’ai compris mon erreur. Vu l’heure, la porte serait fermée. Si Jean attendait de me la voir franchir pour décamper, je serais obligé de sonner devant lui, et il trouverait peut-être ça bizarre. À tout hasard, je lui ai fait au revoir de la main, et ça a marché, il est parti. Je l’ai suivi des yeux puis je me suis retourné vers la porte et, à travers la vitre, j’ai vu le loufiat de l’autre jour qui me toisait d’un air sévère.

Oh putain !

Heureusement la R16 avait disparu. J’ai adressé au cerbère une mimique chaplinesque et je me suis carapaté dans l’autre direction.

Vous êtes pires que ma mère, vous qui me demandez ce que j’avais fait de mes cannes. Je ne vais pas déroger à la sincérité pour si peu. Je les avais abandonnées dans le train. Les cannes de chez Zerbib. Pour lesquelles la matouze avait payé une caution. Un mauvais fils, pensez-vous. Admettons, mais j’avais bel et bien l’intention d’appeler les objets trouvés de la gare d’Austerlitz. Merci d’en prendre acte. 

Restait à m’occuper avant l’ouverture de la poste. À moins de trouver un bistrot d’où je pourrais téléphoner. Je ne pourrais sans doute pas y consulter l’annuaire qui m’intéressait, mais je tenterais ma chance du côté des renseignements.

J’ai parié sur les abords de la gare, et ça faisait une trotte, mais du coup les six heures étaient largement sonnées quand j’ai repéré le rade idoine. D’avoir recouvré tout mon allant, j’avais un moral d’enfer et une faim de loup, en passant devant une boulangerie j’avais humé de bien délicieuses senteurs et je me réjouissais déjà du petit déj’ que j’allais me taper, c’est quand même pratique d’avoir un peu d’oseille sur soi.

Je me suis installé dans un angle douillet de la vaste salle, j’ai pris le continental, puis un second, et j’ai demandé à téléphoner.

Bon, le taxiphone était comme d’habitude au sous-sol, près des toilettes, et, si l’ambiance olfactive ne risquait plus de me couper l’appétit, je devais moi-même veiller à ne le couper à quiconque. Cramponné au récepteur, j’ai eu vite obtenu le numéro parisien, mais il ne répondait pas, j’en ai déduit qu’aux objets trouvés ils avaient trouvé le sommeil et qu’ils le gardaient jalousement, alors j’ai commencé ma traque des Bourzeix de l’Allier.

J’ai rappelé les renseignements, appel gratuit, de sorte que j’ai récupéré mon jeton. Le contraire m’aurait fait mal vu que de renseignements on n’a guère pu me fournir. Bien qu’aimable comme tout je me suis fait sèchement rembarrer : on n’avait pas idée de ne pas connaître la commune de résidence d’un abonné, Vous voudriez peut-être que je connaisse son numéro de téléphone, j’ai dit, la plaisanterie est tombée à plat, j’ai enchaîné en émettant l’hypothèse qu’il existât un fichier général ou tout au moins départemental que l’on daignât consulter pour moi à défaut de pouvoir m’y donner accès, Il faut faire une demande, on m’a répondu, D’accord, j’ai dit, je la fais, Ne quittez pas, on m’a dit, je n’ai pas quitté, ce n’était pas de gaîté de cœur, j’avais beau commencer à m’habituer à l’odeur des lieux les deux petits déjeuners, qui s’étaient concertés pour tenter une sortie par le haut, semblaient sur le point de lancer l’offensive et il n’aurait pas fallu qu’un client vienne me barrer le chemin de la délivrance, enfin on m’a passé quelqu’un qui a enregistré mes desiderata et m’a demandé à quel numéro on pouvait me rappeler, Ça va prendre combien de temps ? j’ai fait, Ça dépend de l’encombrement du service, le numéro en question était effectivement inscrit sur l’appareil mais je n’y tenais plus, j’ai préféré annuler, j’avais à peine raccroché que je me soulageais dans un récipient approprié, après quoi ça allait nettement mieux, j’ai même failli me reprocher mon manque de self-control mais non, il y a des limites, ces chiottes insultaient par trop à la patience humaine, le moindre bureau de poste comblerait mes vœux dans un cadre plus accueillant.

Je suis remonté en chancelant et j’ai regagné ma place, histoire d’attendre au chaud. Ma table avait été débarrassée mais restait libre, ce n’est pas que je ne me fusse résigné à en prendre une autre, néanmoins ces derniers temps j’avais eu mon compte de contrariétés, alors bon.

Naturellement on est venu s’enquérir de ma commande. Pas de problème côté ronds, vous avez compris que j’étais plein aux as, et par ailleurs je n’avais pas envisagé d’autre option que de rester là, mais je ne sais pas pourquoi, le principe peut-être, ou ce sentiment d’exclusion que je me trimballais depuis un moment, ou tout simplement mon impatience invétérée, j’ai fait au serveur :

« Vous les nettoyez jamais, vos chiottes ? C’est pour que le contraste profite au reste de l’établissement ? Rachète l’odeur du plat du jour ? Rognons, je parie. Ou tripes. »

Le propos vaguement hostile et le fil-en-aiguille ont fait que l’instant d’après j’étais sur le trottoir. Sans avoir toutefois subi d’autres violences que verbales, encore heureux.

Allez ! en route. Je suis repassé devant la boulangerie, mais comment vous dire, plus aucun intérêt, j’ai tracé, j’avais en tête un troquet qui tout à l’heure m’avait paru près d’ouvrir, eh bien je ne m’étais pas trompé, je suis entré en me frottant les mains, d’un coup j’avais retrouvé toute ma bonne humeur, j’ai commandé un petit café et un rhum et c’est m’asseyant dans un coin de la salle déserte que je me suis pris une belle écharde dans l’âme, vous savez comme je peux être étourdi, mais là c’était le pompon.

J’avais tout simplement négligé la réaction de mes proches ou plutôt les affres où les plongerait, où les avait d’ores et déjà plongés ma nouvelle disparition. Pauvre Annette ! Elle avait guetté son frère en vain jusqu’à l’arrivée de la Panhard, si du moins la matouze et Jules étaient parvenus à bon port (à ce sujet j’étais capable de toutes les angoisses). J’entendais d’ici les hurlements de la mère et les pleurs de la sœur, et jusqu’aux douces paroles de Jules impuissant à les apaiser et peut-être à se rassurer lui-même, j’imaginais la matouze suspendue au téléphone, Jules remontant la piste, débarquant en pleine nuit à la gare, l’incompréhension et l’affolement pour peu qu’on ait trouvé les cannes dans le train, et pendant ce temps à la Boissière l’oncle désormais persuadé que j’avais pigé le truc des clés et que tôt ou tard je débusquerais ma cousine, ça c’était le moins flippant de l’histoire.

J’ai sifflé mon rhum d’un trait, j’avais besoin de m’étourdir – ou de me réveiller de ce cauchemar. La chaleur m’est montée aux joues, les larmes aux paupières, et vous savez à qui j’ai pensé, qui résumait toute ma honte, tous mes remords, dont aujourd’hui encore je ne peux évoquer le souvenir sans un immense chagrin ? Celle qu’à mes yeux j’avais le plus cruellement, bêtement, lâchement trahie ?

Oh Paula !

Le pire, c’est que cet élan je ne l’ai pas eu, au contraire. J’ai coupé court. Résolu à tout envoyer balader, et tout le monde, sauf Carmen et notre môme, enfin on verrait.

« On peut vous aider, jeune homme ? »

Près de moi se tenait le patron. Un type qu’en temps ordinaire j’aurais jugé ordinaire. Le type même du patron du bistrot, fine moustache, âge indéterminable, santé funambulesque, à cette époque je ne connaissais pas Pink Flamingos ni son réalisateur, mais si vous voyez John Waters vous voyez le gars. Notez que John Waters est tout sauf quelqu’un d’ordinaire, mais ce n’est pas ce qui pouvait me faire changer d’avis, c’est une bienveillance dans le ton aussi patente qu’inattendue. Elle n’a toutefois pas suffi à me fléchir.

« Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai besoin d’aide ?

– Vous n’avez pas touché à votre café et vous avez bu votre rhum cul sec.

– Contentez-vous de m’indiquer le bureau de poste le plus proche.

– Vous n’êtes pas très diplomate, pour un diplomate. »

 

(À suivre.)

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