Tais-toi quand tu parles, 3

Publié le par Louis Racine

Tais-toi quand tu parles, 3

 

La Boissière avait pas mal changé depuis la mort d’Irène, depuis, surtout, l’arrivée de Marie-Jo. Elle y avait apposé sa marque sans que l’oncle bronchât. Pendant son veuvage, il avait laissé le décor se dégrader peu à peu. Nous, les enfants, on s’en rendait compte, mais ça ne nous chagrinait pas vraiment, au contraire c’était la preuve que la maison, comme l’oncle, comme nous, vivait mal la disparition d’une femme adorable, on communiait en somme dans une certaine ferveur et ça nous réconfortait. Marie-Jo vous a rafraîchi tout ça à sa sauce, on en était sur le cul, du jour au lendemain l’inconsolable tournait la page et donnait carte blanche à une pimbêche pour défigurer la maison la plus chaleureuse que j’ai connue. Ma mère triomphait : elle nous l’avait bien dit que l’oncle était un faible. Moi, ça m’impressionnait, parce que quand vous le voyiez c’était le dernier adjectif qui vous serait venu à l’esprit sinon peut-être pour se rapporter à vous. Personnellement, je n’aimais pas Marie-Jo, mais je sentais que Roger lui vouait une solide affection, ce qui semblait échapper à tout le monde, y compris Carmen. J’ai fini par fermer ma gueule, tandis que Marie-Jo faisait de plus en plus clairement la loi à la Boissière.

Ce à quoi elle n’avait pu toucher, c’est le souvenir que nous en avions, et, parmi les objets concrets auxquels ils demeuraient éternellement liés, ceux dont elle ignorait l’existence. L’oncle lui-même eût été incapable de la lui révéler, en particulier s’agissant de nos cachettes.

Les parties de cache-cache à la Boissière ! Ici, vous l’avez compris, on ne fait pas de littérature, ne comptez pas sur moi pour vous tartiner toute une belle page sur nos jeux d’enfants, vous les imaginerez d’autant mieux. La baraque, vous la voyez, non ? Vous l’ai-je décrite ? Alors ?

Je ne vous avais pas parlé du grenier, c’est vrai. Osez dire que vous ne l’aviez pas déjà en tête. Non, vraiment ? Suivez-moi. Mais sachez que ce n’est pas là que va se passer la suite. C’est juste pour vous montrer la bonne volonté dont je suis capable. Vous le décrire, cependant, c’est au-dessus de mes forces. Mais à quoi bon, puisque vous y êtes ?

En plus, de plus, il n’y a là que choses fort attendues, à commencer par cette malle remplie de déguisements, cette autre de vieux magazines, cette troisième de tout un tas de trucs charmants, patinés, travaillés par le temps comme une terre inlassablement labourée. Et qui produit !

Pourquoi le grenier alors ? Peut-être parce que c’est là qu’un jour Carmen et moi échangeâmes le plus chaste des baisers, du bout des lèvres, avant de nous enfuir chacun de notre côté, nantis de ce trésor bien dédoré, diminué, avili le jour que, sous le coup d’une inspiration récente, j’ai décidé de quitter la Boissière sans la quitter. Vu qu’avec mes cannes, n’est-ce pas.

Je n’avais rien lu à l’époque, quelques Mickey-Parade, des Club des Cinq, des Bob Morane, un peu de poésie française ou allemande. C’est plus tard, au cours de mes veillées solitaires à Barcelone, que j’ai rencontré Suzanne Simonin et ce défi à la raison : que faire d’une fille naturelle ? L’enfermer dans un couvent. Mais que faire dans un couvent d’une religieuse qui, n’ayant pas la vocation, n’y a pas sa place, s’il est impossible de la mettre dehors ? Comment l’exclure d’un système qui a pour fonction d’absorber les exclus ?

Ma situation d’alors, certes fort différente, comme le paradoxe auquel j’étais confronté, ne laisse pas de me sembler aujourd’hui s’apparenter à celle de Suzanne, même si la question pour moi était seulement : comment fuir quand on en est empêché ? Physiquement, s’entend, car pour le reste je ne manquais pas d’idées, de moyens ni d’expérience.

La réponse, vous l’avez déjà. Je voulais seulement faire mon intéressant.

Ce qui peut-être vous surprend, c’est ma hardiesse : oser défier Jules sur le terrain de l’escamotage, quel pari ! Et, si vous m’aimez un peu, mon inconséquence : n’étais-je pas plus ou moins sujet à la claustrophobie ?

Ô excellente compagnie ! Sois aimée en retour.

Je suis passé dans le couloir, refermant la porte derrière moi, et, fonçant comme j’ai pu sur mes maigres appuis, j’ai gagné la porte-fenêtre donnant sur le perron arrière. Je l’ai déverrouillée, laissée entrouverte, puis j’ai fait demi-tour, je suis entré dans le petit bureau, j’ai manœuvré l’étagère, dégagé la niche, y ai rangé mes cannes avant de m’y glisser moi-même, tout ça le plus silencieusement possible, un dernier regard par la fenêtre, il était temps, violente décharge d’adrénaline, vite, j’ai remis l’étagère en place. Et j’ai attendu, le cœur battant.

L’oncle ne pouvait m’avoir vu, n’empêche que son arrivée m’avait saisi. Déjà sa voiture franchissait le portail, j’entendais crépiter le gravier.

J’avais grand besoin de reprendre mon souffle. Dans cet environnement ce n’était pas des plus faciles, il fallait d’abord que je me calme, et j’y suis progressivement parvenu, comme quoi la motivation c’est essentiel. Et puis cette niche m’avait toujours paru douillette, le plaisir du jeu l’emportant sur l’angoisse. J’ajoute que je sortais quand je voulais, et que si je manquais d’air il me suffisait de déplacer l’étagère de quelques centimètres.

Enfin, l’immense avantage de cette cachette, c’est que j’étais seul à la connaître, avec Carmen. On l’avait découverte par hasard et gardée secrète, insoupçonnée, insoupçonnable qu’elle était. Qui aurait eu l’idée de déplacer latéralement l’étagère sans savoir qu’elle était montée sur deux rails invisibles ? Les rénovations de Marie-Jo n’y avaient rien changé, car personne n’entrait jamais dans ce bureau que l’oncle, c’était sa tanière, il y faisait sa sieste, éventuellement y écoutait la radio ou y lisait des bouts de romans (qu’il mélangeait ou confondait ensuite ou le plus souvent oubliait). Ça sentait le bois ciré, le tabac pour pipe et la naphtaline, à cause des couvertures qu’il avait rapportées de ses voyages en Amérique du Sud. Mais, s’il connaissait la Pampa comme sa poche, disait-il, il ignorait ce recoin de son domaine.

J’allais devoir y passer un moment, alors je me suis entraîné à respirer lentement et sans bruit, je me suis relaxé, étouffant de temps à autre un petit rire spontané.

Un vrai gamin.

Pourtant, je n’étais pas sûr du succès, loin s’en faut.

Je n’entendais pratiquement plus les autres, si bien que j’ai fini par prendre le risque de passer la tête hors de ma cachette. Ça discutait, mais sans esclandre. La présence de Jules avait des vertus apaisantes qui pouvaient s’exercer même sur Marie-Jo, et le retour de l’oncle avait achevé de calmer le jeu. Je ne sais si Roger était faible, mais il était paisible, et Marie-Jo ne lui faisait jamais de scènes, ou jamais longtemps. Jaloux de sa tranquillité, il lui passait tous ses caprices.

Cette modération du volume sonore semblait en outre indiquer, confirmant l’intuition de Jules, que l’oncle était porteur de nouvelles point trop alarmantes. Je brûlais bien sûr de les connaître, mais on ne peut tout avoir, n’est-ce pas ?

Bon, ces braves gens tardaient à s’inquiéter de moi. Je n’allais quand même pas me manifester, tel un authentique môme. Pour tuer le temps, je me repassais le film de mes dernières actions, histoire aussi de vérifier que je n’avais rien négligé. Je vous accorde que dans le cas contraire, il était trop tard pour rectifier le tir. Mais c’est comme ça que j’ai pris conscience d’une bizarrerie qui tout à l’heure ne m’avait pas frappé comme elle aurait dû.

Vous, évidemment, vous n’y avez pas prêté attention. Il eût fallu que je vous campasse plus précisément le décor, avec pourquoi pas un plan, comme dans certains polars. Et puis quoi encore ? Vous vous en passerez. De toute façon je suis là pour combler vos lacunes. Adoncques, si j’avais pu voir arriver l’oncle, avec l’émotion que l’on sait, c’est qu’il avait fait un détour en rentrant de Brive. C’est bien pour ça d’ailleurs que j’avais été surpris, ne m’étant pas attendu à le voir surgir de ce côté de la maison, comme j’avais fait moi-même quelques jours plus tôt.

Je me doute que vous n’allez pas le croire, mais à ce moment précis j’ai littéralement eu devant les yeux un tableau complet, c’était autre chose que le plan que je vous ai refusé, et d’abord c’était en couleurs, et animé. Mais ça restait un tableau. Le cinéma ne sait plus faire ça, figurer une histoire en une seule image mouvante, comme au temps des frères Lumière. La bédé le peut, la bonne, ou les gravures d’élocution des écoles d’autrefois, mais sans ce chatoiement dynamique. Ce qui se rapproche le plus de ce dont je vous parle, c’est le rêve.

Que vous me croyiez ou non, j’ai bénéficié durant quelques secondes d’un parfait synopsis, qui s’est ensuite peu à peu veiné, taché d’ombre avant de se décomposer, de se disloquer, mais j’en suis resté durablement ébloui et instruit. Si j’avais eu de ma situation une vision aussi lumineuse, j’aurais trouvé ça très chouette. Là, ça ne concernait que Carmen.

Vous aimez jouer ? Alors je vous laisse deviner ; vous avez tous les éléments, sans blague. Vous n’aimez pas, ou vous avez peur de vous planter ? Quelle importance ? De toute façon vous saurez bientôt. C’est l’affaire d’un chapitre ou deux.

Ça devenait longuet, leur indifférence à mon égard. Ma récente illumination m’avait ouvert de nouveaux horizons et pouvait m’aider à patienter, mais je l’avais mauvaise de constater comme on se souciait peu de moi. Comme, peut-être, on mettait mon absence à profit pour comploter plus à loisir.  Et si j’avais fait un malaise ? Si j’étais tombé, me fracassant le reste des dents sur le bord de la cuvette ? Ça vous amuse ? Vous êtes de leur côté ?

Enfin ! ce doux bruit de porte, de voix, celle de la matouze investissant le couloir :

« Norbert ! Qu’est-ce que tu fabriques ? »

Et le courant d’air ? Quand va-t-elle le remarquer ?

« Mais il est sorti ! En laissant la porte ouverte, avec ce froid ! »

Ah quand même.

Les autres n’ont pas tardé à rappliquer, la grosse voix de baryton-basse de l’oncle complétant la chorale.

Tendez l’oreille, car ils ne sont pas tout près. Moi, je l’ai fine, je vais hausser pour vous le son au maximum, mais vous pouvez me faire confiance pour transmettre.

La matouze : « Où il a pu aller ? »

Marie-Jo : « Je chauffe pas le jardin. »

L’oncle : « En tout cas je l’ai pas vu. Faut dire que je venais de Brive. »

Menteur !

Jules : « Il ne doit pas être loin. »

Appels de la matouze, decrescendo. Elle est descendue dans le jardin.

L’oncle : « Sauf s’il a fait du stop. La petite route derrière est assez passante. »

Bruit de voiture qui passe.

La matouze (revenant) : « Il aurait escaladé le mur, avec ses cannes ? »

L’oncle : « Quelles cannes ? »

Tout ce temps à bavarder et on ne lui avait pas révélé ce détail.

Jules : « Malheureusement nous ne trouverons pas d’empreintes sur le gravier, ni sur ce sol durci. »

La matouze : « Pourquoi chercher des empreintes ? »

Jules : « Pour avoir la preuve qu’il a quitté la propriété. »

Marie-Jo (se rengorgeant à ce mot, j’imagine) : « Sinon quoi ? »

Jules : « Il se cache quelque part. »

La matouze : « Dehors ? »

Jules : « Vous n’avez pas de dépendances ? Un appentis, un hangar ? »

J’aurais juré qu’il avait chargé sa question de sous-entendus à mon adresse. Mais c’était peut-être ma paranoïa. Quand j’avais évoqué devant lui l’incendie qui m’avait coûté mon manteau, je n’en avais pas précisé les circonstances. Il était subtil, mais à ce point, c’eût été exagéré.

L’oncle : « Il y a l’atelier. »

Très mauvaise cachette. Je ne l’aurais pas choisie. L’oncle y est seul allé voir, tandis que les autres, repliés au chaud, se concertaient, trop bas maintenant pour je puisse les entendre, j’ai mes limites.

« Personne ! » a crié l’oncle sur le chemin du retour.

Le contraire nous eût étonnés.

La conversation a retrouvé un volume plus audible. L’oncle soutenait que j’étais parti par la route.

La matouze : « Mais alors il faut le rattraper. Allez, en voiture ! Et on prend les deux, comme ça on a plus de chances. Qu’est-ce qui ne va pas, Jules ?

– Rien ne va. Je ne comprends pas ce qui a pu passer par la tête de ce garçon. »

Marie-Jo : « Je sais, moi. Il est allé la retrouver ! Je parie que c’est lui qui l’a faite enlever. »

Entre la liaison inopportune et la faute d’accord, il n’y avait pas à hésiter. J’ai regretté la délicatesse de mon oreille.

La matouze : « N’importe quoi ! Comment il aurait pu ?

– Oh ! c’est un roublard ! Et d’un culot ! Il a de qui tenir. »

Jules, intervenant à propos : « Eh bien ! partons à sa recherche, et nous les retrouverons tous les deux. »

La matouze : « Vous pensez donc comme Roger ? Qu’il a fait du stop ? Il avait bon espoir ! Mais il est sûrement pas resté près de la maison à attendre. Il a dû s’avancer un peu. »

Marie-Jo : « Dans quelle direction ? »

Jules : « Moi, à sa place, j’aurais gagné le petit bois là-bas, pour échapper à nos regards. »

L’oncle : « D’accord, je vais regarder de ce côté. »

Il a retraversé la maison, sans doute pour prendre ses clés de voiture.

La matouze : « Et vous, Jules ? Vous ne bougez pas ?

– Si, je vais commencer à sillonner les petites routes des alentours.

Marie-Jo : « Et moi je vais appeler les gendarmes.

– Surtout pas ! » a crié Jules, ce qui ne lui ressemblait guère. « Il est trop tôt.

– Qu’en savez-vous ?

– Écoutez, mon frère est commissaire de police. Je vous promets de l’appeler si nos recherches ne donnent rien. Il prendra toutes les mesures nécessaires. »

Je n’en revenais pas que Jules se réfère – et s’en rapporte ! – à son frère. Mais je n’étais pas au bout de mes étonnements.

Déjà la voiture de l’oncle franchissait le portail et, longeant le mur de la propriété, reprenait le chemin par lequel il était arrivé. Jusqu’où comptait-il aller comme ça ? Et Jules ? Avait-il réellement l’intention de chevaucher Bucéphale par toutes les routes du canton ? Je guettais le doux chant de la Panhard, mais rien, plus un bruit, ou ils étaient tous sortis et se tenaient de l’autre côté de la baraque, ou pour une raison qui m’échappait ils avaient soudain décidé de garder le silence.

Avais-je moi-même manqué de discrétion ?

Mon attente s’est prolongée quelques minutes, puis les voix du trio restant me sont de nouveau parvenues. Ils avaient fait le tour par l’extérieur et passaient sous la fenêtre du bureau avant de rentrer par l’arrière. Jules justifiait son peu de hâte à se lancer à ma poursuite :

« Soit il est à pied, et nous ne sommes pas à cinq minutes, soit il a trouvé une voiture, et il est trop tard. »

Ils s’étaient arrêtés devant la porte du bureau.

« Dites-moi, chère madame (à Marie-Jo ! quel comédien !), votre vaste et splendide demeure doit receler quantité de cachettes. Comme vous le disiez, vous ne chauffez pas le jardin. C’est donc Norbert qui a laissé cette porte ouverte. Mais cela ne signifie pas qu’il soit sorti.

– Des cachettes ? Oh ! certainement. Toutefois...

– Vous-même ne jouez pas à cache-cache, et Carmen était déjà un peu grande pour cela quand... »

C’est surtout que l’avènement de l’ère Marie-Jo avait marqué la fin des ris et des jeux à la Boissière.

Sans finir sa phrase, il a enchaîné :

« Me permettriez-vous, maintenant que nous avons pu admirer le parc, de visiter la maison ? Oh ! juste un rapide coup d’œil. (Avec l’air que nous imaginons :) J’ai une certaine science et surtout une certaine pratique de la dissimulation.

– Si vous y tenez... »

Oh putain !

« Commençons peut-être par cette pièce. »

C’est lui qui avait dit ça. Quant à la pièce, devinez.

« Je n’y entre jamais. C’est un peu le jardin secret de Gégé. »

Gégé ! Je me suis retenu de hurler, pas de donner de la tête contre le fond de ma niche, non sans un léger bruit, qu’heureusement la matouze a couvert de son ricanement. Gégé !

Ça y est, ils sont dans le bureau. J’imagine Jules pivotant au milieu, un vague sourire aux lèvres.

« Belle retraite de cénobite !

– Pardon ? Ah ! le revoilà. »

Sans doute elle avait aperçu la voiture de l’oncle, qu’on a bientôt entendue. Jules a mis un malin plaisir à traînailler.

« C’est un mur porteur, cela, n’est-ce pas ? Qu’y a-t-il derrière ?

– Une chambre d’amis. »

Des amis ! Comme s’ils en avaient encore. Ce n’est pas ce qui m’émouvait le plus. Mon cœur battait si fort qu’il devait s’entendre à des lieues à la ronde, toute la maison lui faisant une caisse de résonance. Mais mon trouble n’avait pas atteint son paroxysme, apparemment, car soudain la voix de Jules a retenti tout près de mon oreille.

« Une belle maison, aux murs bien épais. »

J’aurais parié qu’il était en train d’examiner l’étagère, et qu’il s’apprêtait à la déplacer, quand l’oncle est entré.

« Monsieur Laforgue a souhaité visiter », a expliqué Marie-Jo, notablement moins sûre d’elle. « Alors ?

– Rien. Pour moi, il est loin.

– Vous venez ? » elle a fait, chassant de la voix les intrus.

« Je vous suis », a dit l’oncle.

Resté seul un bref instant, il a jeté quelque chose dans un tiroir. Puis il est sorti à son tour, refermant doucement la porte derrière lui.

 

(À suivre.)

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