Tous les pigeons s’appellent Norbert, 16

Publié le par Louis Racine

Tous les pigeons s’appellent Norbert, 16

 

Vous l’aurez noté, j’ai l’esprit vif, et un certain talent pour élaborer des stratégies complexes. Mais aussi je suis le roi des étourdis et un gaffeur de première. Je vous laisse déterminer lequel de mes traits de caractère le coup de la pochette pourrait illustrer.

Ce qui est sûr, c’est que je me suis traité de tous les noms. Ça valait mieux que d’insulter le conducteur, qui évidemment n’a pas voulu me laisser descendre avant le prochain arrêt.

À quoi bon rester dans le bus ? La question ne se posait pas. Je me la suis posée pourtant. La fuite en avant, j’en étais capable. Je n’irais pas au bahut, ça non, mais je me dérouterais vers la montagne Sainte-Geneviève, je noierais aux Pipos mon dépit, ou à Sèvres-Babylone je prendrais la direction Porte d’Auteuil, je cueillerais Paula au saut du lit, peut-être qu’elle me laisserait flemmarder dans sa chambre pendant qu’elle irait en cours – si elle tenait à y aller –, dans tous les cas ça me faisait deux changements, mais quelle journée je me préparais si je n’essayais pas de rectifier le tir ! Sentiment d’échec assuré ; ce n’est pas ça qui allait m’aider à réussir quoi que ce soit d’autre ou me donner l’audace de me pointer chez Blanche Prével, qu’elle non plus vous n’avez pas oubliée.

Je suis donc retourné sur mes pas.

J’ai eu tout juste le temps de me planquer derrière une voiture en voyant sortir ma mère ! Une bonne décharge d’adrénaline, mais ça m’a redonné confiance, même si je devais surtout au hasard de n’avoir pas payé plus cher cette étourderie de plus, de trop.

Je me suis coulé derrière les panneaux censés interdire l’entrée de l’immeuble hanté, il faisait toujours aussi noir là-dedans, il allait falloir me réaccoutumer à l’obscurité, mais là je n’avais plus une minute à perdre, alors je me suis servi de ma lampe, et j’ai bien fait parce qu’elle m’a révélé, laissées là sans doute par des clodos, un petit tas de boîtes de conserve vides que je n’avais pas vues tout à l’heure et sur lesquelles j’aurais pu trébucher, avec les conséquences qu’on imagine.

À propos d’imagination, j’avais prévu le pire, que ma pochette demeure introuvable. Ce qu’il y avait, c’est que je ne me rappelais pas ce que j’en avais fait. Je l’avais récupérée sur une marche de l’escalier en montant au quatrième, mais après ? J’avais dû la poser pour pouvoir ouvrir la fenêtre. C’était le plus probable, mais je n’en avais aucun souvenir. J’espérais ne pas avoir à trop m’approcher de l’appartement du troisième, déjà que retourner dans l’autre ne m’enchantait guère.

À mi-parcours, j’ai éteint ma lampe, profitant de la vague lueur qui passait par les portes béantes.

Celle que j’avais ouverte avec le pied était à nouveau fermée.

Quand j’ai vu ça, j’ai senti mes cheveux se dresser sur ma tête. Je suis passé au large, aussi silencieusement que possible, et je suis arrivé devant l’appartement du quatrième. Je suis entré, j’ai marché jusqu’à la fenêtre, sans pouvoir calmer la cloche de mon cœur ni empêcher le plancher de craquer. J’ai bien regardé partout, pas de pochette.

De l’autre côté de la rue, notre fenêtre à nous était toujours vaguement éclairée. Annette n’était pas encore partie, ma petite sœur toute petite. Je continuais à fouiller les ténèbres, j’avais bien sûr rallumé ma lampe, rien. Je suis redescendu en inspectant chaque marche de l’escalier l’une après l’autre, et je me suis retrouvé devant la porte du troisième.

Comme par un mécanisme bien réglé, elle s’est entrebâillée, et ma pochette est apparue, poussée par une main invisible.

J’ai hésité un bref instant, mettez-vous à ma place. J’ai même pensé à forcer cette porte à s’ouvrir davantage, mais j’ai craint de ne pas y arriver et de me ridiculiser. Alors j’ai happé mon bien, et, avant de me trisser vite fait, comme je suis poli, j’ai soufflé : Merci.

« De rien », a répondu une voix. Puis la porte s’est refermée sans bruit.

Moi, j’ai dévalé l’escalier, en bas j’ai déclenché un joyeux concert en shootant malencontreusement dans les boîtes, et j’ai piqué un sprint jusqu’à l’arrêt de bus.

Là, je vous promets que si ma respiration et les battements de mon cœur ont peu à peu retrouvé un rythme normal, mon esprit continuait à galoper, en faisant des écarts à désarçonner tous les Jonquères d’Oriola du monde. J’avais encore dans l’oreille ces deux mots, de rien, ces deux syllabes de rien qui en disaient tant tout en taisant l’essentiel.

Non, amis lecteurs, je ne connaissais pas cette voix – une voix masculine ? même pas certain –, ou alors elle avait beaucoup changé, ou encore on l’avait déguisée. Je vous sens déçus, mais je l’étais aussi, figurez-vous. En même temps, supposons que l’affaire ait tourné autrement, pensez-vous que j’aurais été à l’heure au bahut ? Je sais bien qu’il y a des choses plus importantes dans la vie, mais cette dissertation j’y avais passé cinq heures, mine de rien, repassage compris.

Au fait !

J’osais à peine vérifier qu’elle était toujours là. À l’épaisseur, j’aurais dit oui, mais c’est d’une main tremblante que j’ai actionné la glissière. Bon, pas de problème ! J’en aurais chanté. D’ailleurs j’ai chanté. Comme les voyageurs autour de moi me dévisageaient sans aménité particulière (sauf une petite dame pauvre mais soignée et une grande perche genre étudiante, toutes deux attendries), je leur ai débité mon introduction, que je connaissais par cœur à force de l’avoir rabotée, menuisée, patinée. Ça leur est passé au-dessus, même à la grande, dont j’ai compris qu’elle ne comprenait pas le français, alors on s’est tous mutuellement fiché la paix.

Je me suis consacré à l’élaboration de mon programme. C’était mon dernier jour de cours avant les vacances, si l’on exceptait le lendemain samedi, où j’avais décidé de sécher.

J’avais une idée, de celles que Rémi aime bien appeler des flans poireux. Ça faisait longtemps que je rêvais de passer toute une nuit chez Paula couché avec elle dans son lit et de prolonger ça par une grasse matinée, pas comme après le suicide de la Rondelle quand on ne s’était même pas déshabillés et que j’avais fui à l’aube tel un repris de justice en cavale. Il suffirait de la convaincre de sécher elle aussi. Le samedi des vacances, elle pouvait se le permettre. Restait à forger un bobard pour ma mère. Paula se moquerait de moi, elle émancipée, moi trop niais pour protester de ma majorité devant ma matouze. Je l’entendais d’ici : Envoie-la balader, c’est l’occasion ou jamais ! Tant pis, je changerais mes habitudes plus tard. Pour l’instant, je lui ressortirais Louis, le copain imaginaire qui me gardait mon cartable. Ça crée des liens. Je dirais qu’il m’avait invité à dîner et à passer la nuit chez lui. Ses parents étaient au courant, tu rigoles, c’était eux qui m’invitaient. Non, mieux : j’étais invité chez Clémentine. Ça me permettrait de préparer le coup de Megève à Pâques. Et comme Clémentine était avec Rémi, ma mère ne craindrait pas pour ma vertu. Bon, je ne lui avais jamais parlé de mes copains d’H4, et j’aurais pu lui raconter n’importe quoi, mais un peu d’authenticité ne fait pas de mal, quand elle sert un gros mensonge. En plus ma mère n’aurait rien à redire à de telles fréquentations. L’élite, elle y croyait. Elle aurait adoré que j’en sois. Je parle de l’élite scolaire. S’agissant du niveau social, c’était plus ambigu. Elle se réjouirait que je me fasse engraisser par les riches, mais aurait peur que je rejette mon milieu d’origine. Là, j’abattrais la carte Rémi. (Oui, je vous dois son histoire, encore un peu de patience.) Et, si elle le soupçonnait d’arrivisme, je la rassurerais : lui non plus n’était pas prêt à vendre son âme, c’était juste un type brillant, aîné d’une famille nombreuse, modeste et provinciale. Ça, ça lui plairait. Elle risquait même de s’enflammer carrément : Ben pourquoi que tu l’invites pas chez nous ? Bon, ce serait plus facile à régler qu’avec Louis, dont j’avais eu toutefois la sagesse de ne pas trop développer la biographie. Autre question prévisible : Mais d’où tu les connais tous ces gens ? Me dis pas que tu continues à traîner au quartier latin ! Elle n’était pas près d’oublier le coup du Luxembourg avec Joseph. Je répondrais que nos relations dataient d’avant. Au besoin j’inventerais des intermédiaires du bahut, genre Douvenou. Ma mère le situait en gros et le jugeait positivement, sans savoir jusqu’où allait sa générosité ni connaître le détail de nos arrangements. Un riche désintéressé, fils d’un bosseur qui s’était fait tout seul, ça aussi ça entrait bien dans la mythologie maternelle.

Perdu dans mes pensées, j’avais pris le métro sans m’en apercevoir et je me suis retrouvé à Brochant. La rame repartait, faudrait pas louper la station. Deux changements, le premier à Place de Clichy, le second à Stalingrad ou à Jaurès, comme une seconde chance, c’est ça qui était marrant, ces correspondances consécutives entre deux lignes parallèles, une spécialité de la 5 (regardez un plan du métro, vous comprendrez), une aubaine pour l’étourdi. Mais ce n’était pas les curiosités du réseau l’objet de mes cogitations. D’abord, le problème du cartable était loin d’être résolu, et je ne voyais pas comment j’allais pouvoir présenter les choses à ma mère. Ensuite, je n’avais aucun projet pour les vacances, et la perspective de les passer à Clichy me déprimait : je me faisais fort de percer dans les quarante-huit heures le mystère du locataire fantôme, après quoi les journées me paraîtraient longues. Non, je dormirais à Clichy peut-être, mais le reste du temps je sillonnerais Paris pour les besoins d’une enquête autrement plus complexe. Hélas ! Je mènerais seul mes investigations, Paula ne serait pas là pour m’aider à y voir clair, elle devait fêter Noël en famille, impossible d’y échapper, et le Nouvel An chez des copains, parmi lesquels l’insupportable Constant.

J’étais bien décidé à retourner voir le commissaire ; notre cache-cache méritait quelques explications. Je croyais avoir remarqué qu’il m’avait à la bonne, il ne m’en voudrait pas trop de ma curiosité. Je verrais si je pouvais lui parler de son frère, qui objectivement avait pris part au jeu. J’irais peut-être jusqu’à prononcer devant lui le nom de Sophie Trunck, à titre expérimental. En tout cas je lui demanderais des précisions sur le suicide de Jean-Guy, à commencer par la manière dont il avait fait son compte. Je n’avais même pas songé à m’en informer plus tôt, peut-être parce qu’automatiquement j’avais pensé pendaison. D’ailleurs, tout à l’heure, si je n’étais pas entré dans l’appartement occupé, c’était bel et bien par crainte de tomber sur un pendu. Voilà, je l’ai dit. Silly, is’nt it ?

Je me donnais jusqu’à lundi pour entreprendre mes investigations. D’ici là j’aurais réfléchi posément, et surtout dormi ! Il me resterait deux jours pleins avant Noël, puis la fin de la semaine. Pas mal, déjà. Est-ce que ça ne me laisserait pas le temps de me renseigner plus amplement sur Blanche Prével ?  

Entre les chemins de la pensée aussi il y a des correspondances, je sautais allégrement de l’un à l’autre, sans confondre les relations qui se faisaient dans mon esprit avec des liens réels, même si je commençais à subodorer que ces deux ordres en principe distincts entretiennent, précisément, d’étroites correspondances. Et, vous allez voir à quel point les sabords de ma canonnière mentale battaient à tous les vents, m’est revenue une réflexion de Rémi sur les archipels et les constellations : les premiers sont comme des plans de métro, leurs points épars sont reliés par les profondeurs ; pour les constellations, les profondeurs sont en nous. Il avait ajouté : mais peut-être que cette différence elle-même est trompeuse. Puis, dans la foulée, avait improvisé toute une théorie sur les rapports entre les Illuminations de Rimbaud (qu’il était en train de lire), et le métro londonien, si ça vous intéresse écrivez-moi, c’était juste pour dire : j’avais le ciboulot en ébullition.

Mais j’ai gardé le cap, et je suis arrivé à l’heure au bahut. Douvenou m’attendait. De loin, j’ai vu qu’il ouvrait de grands yeux. Qu’est-ce que j’ai de si extraordinaire ? j’ai fait. Mais mon vieux, il a répondu, t’as l’air complètement cinglé. Tu marches pas, tu danses.

« C’est joyeux, la danse », j’ai répondu en rigolant.

« Pas la danse macabre. »

Je lui trouvais une expression bizarre, le visage crispé. Juste comme je réalisais qu’il voulait probablement savoir comment s’était fini mon après-midi avec Isabelle, ça a sonné et il a tourné les talons.

On commençait par deux heures de physique, suivies d’une heure de philo et d’une heure d’allemand. À l’origine, je voulais sécher la physique pour finir ma dissert’, mais j’avais préféré y passer une partie de la nuit, mieux valait ne pas pousser le bouchon trop loin, le prof m’avait dans le collimateur, et il était encore moins question de m’occuper d’autre chose à son cours. Bon, mais je ne détestais pas cette matière, et puis il maîtrisait le truc, à part ça sévère et très con, le plus dur serait de rester éveillé, surtout que dans cette boîte les séances de deux heures étaient d’un seul bloc, sans pause intermédiaire, c’était censé contribuer à notre préparation au bac, certaines classes pouvaient même avoir trois heures de suite sans pause en maths ou en physique, en plus des devoirs surveillés, qui dit mieux ?

Le prof a salué en moi un revenant, ça fait toujours plaisir, et il a ajouté que dans mon cas ce n’était peut-être pas une image. Vous êtes souffrant ? il a demandé. On dirait un mort vivant. Non, seulement fatigué, j’ai dit. J’ai senti la classe interloquée, j’avais plus de répartie d’habitude, ça m’a mis encore plus mal à l’aise. Bon, mais du coup il était clair pour tout le monde que j’étais crevé.

Je cherchais des yeux Isabelle. Le prof était justement en train de constater son absence. Il a ironisé sur les élèves qui prenaient des vacances anticipées, et certains ont défendu leur camarade. « Elle était déjà absente hier après-midi », a dit quelqu’un. « De mieux en mieux », a ricané le prof. Mais déjà une rumeur se propageait dans la classe : elle s’est fait agresser, elle s’est fait casser la gueule. D’où c’était parti, ça ? Ses copines s’entreregardaient d’un air entendu, parmi le flux et le reflux des chuchotements. « Silence ! » a crié le prof. Et on a embarqué muets pour un voyage très chiant au pays de la chronophotographie. Le sujet me plaisait bien, mais pas comme un simple prétexte pour effectuer de savants calculs. Surtout, l’absence d’Isabelle me faisait flipper, ces bruits qui avaient couru me troublaient. Il m’avait semblé entendre murmurer le nom de Graindorge, et aussi le mien. Certains élèves s’étaient furtivement tournés vers moi, tandis que Douvenou, cramoisi, fixait obstinément son cahier. Qu’est-ce qui pouvait bien se raconter dans ce petit monde ?

Je n’étais pas raisonnable, je regardais souvent par la fenêtre, alors que je savais que le prof avait horreur de ça et que s’il me prenait sur le fait j’étais bon pour une expulsion. En même temps j’avais besoin d’un soutien, Douvenou bizarrement me lâchait, Géraldine Parmentier, après m’avoir considéré avec un flegme dissuasif, m’avait tourné le dos, me cachant son joli nez, si je pouvais apercevoir dans la rue ne fût-ce qu’un petit homme chauve ou une élégante femme blonde, ça m’aiderait à tenir.

Comme je rêvassais ainsi, tout en essayant de suivre le cours, je me suis brusquement rappelé un détail concernant ma dissert’ de philo. Mais d’abord, encore un peu de satisfaction du devoir accompli. Voilà. Bon, ce détail, alors. Vous connaissez mon côté maniaque, il y avait une phrase de mon introduction dont je n’étais pas content, tout à l’heure dans le bus cette imperfection, révélée par la récitation, m’avait frappé, et voilà que la solution s’imposait à mon esprit. Vous auriez fait quoi ? Vous auriez attendu la récré pour rectifier le tir ? Moi, j’ai préféré régler l’affaire séance tenante. J’ai discrètement posé ma pochette sur mes genoux et je commençais à en extraire ma copie quand la voix du prof m’a fait sursauter. Pas de doute, c’était moi qu’il venait d’interpeller. Le doigt tendu dans ma direction, il a demandé : « Apportez-moi ce porte-document ! »

Je ne voyais pas l’intérêt de tergiverser. En examinant ma dissert’ il se rendrait compte qu’elle était finie. Je me suis levé calmement et je suis allé lui porter le tout, sans oublier mes notes de cours, plutôt présentables, avec même une petite série de dessins dont j’étais assez fier et qui renouvelait l’art de la caricature potache selon le procédé de Muybridge. C’est ce qu’il a vu d’abord et il a souri, puis il a fini de sortir ma copie, il a soupiré dédaigneusement, et il a eu envie de glisser la main dans la pochette, désormais vide, à ce que je croyais et lui ai dit, mais il avait des doutes et je le trouvais culotté de prendre ainsi le risque de violer mon intimité, néanmoins je le regardais faire sans broncher, quand soudain son expression s’est figée en une espèce de rictus.

« Qu’est-ce que c’est que... », il a murmuré en détachant les syllabes, façon chronophotographie du langage. Toute la classe avait les yeux braqués sur nous, Douvenou de cramoisi était devenu verdâtre. Je ne devais pas en être loin, car je me suis surpris à m’appuyer sur la table d’une fayotte du premier rang. Vivement ce soir qu’on se couche !

Trois secondes plus tard, tout le monde hurlait, y compris, par mimétisme sans doute, votre serviteur.

Je vous repasse l’action au ralenti, ou même image par image, restons dans le cadre du cours.

Il lui aurait suffi de retirer sa main. Hélas ! le prof a réagi avec une telle violence et une telle débauche de gestes inutiles qu’en projetant ma pochette parmi les élèves il est, déséquilibré, tombé de l’estrade dans la grande corbeille à papiers où il s’est coincé le croupion, tandis que, filant son maigre parachute, une énorme araignée noire atterrissait sur un cahier puis, indifférente aux paires de guibolles chancelantes quoique au garde-à-vous des fayottes grimpées sur leur chaise, descendait en rappel sur le sol, longeait les tables du premier rang et par une fente insoupçonnée disparaissait sous l’estrade.

Je n’ose imaginer ce qui se fût produit si cette pauvre bête eût chu sur une tête.

Déjà les plus courageux aidaient le prof à se dégager. Mais il n’a pu reprendre son cours. Il a fallu s’occuper d’une fille évanouie, de deux ou trois autres qui menaçaient de la rejoindre, nous n’avions d’yeux que pour l’étroite fente par où le monstre s’était glissé et d’où il pouvait ressurgir à tout moment. Des cris sporadiques éclataient çà et là. Quand enfin la sonnerie a retenti, ç’a été une ruée générale vers la sortie, sauf pour le prof et moi, on s’est retrouvés tous les deux face à face et il a articulé, s’adressant en fait à tout le monde : Bonnes vacances.

 

(À suivre.)

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beaulérot 26/03/2017 14:36

Noyer son dépit aux Pipos... Franchement...