Tais-toi quand tu parles, 16

Publié le par Louis Racine

Tais-toi quand tu parles, 16

 

Au risque de lasser votre patience, je confirme : je n’ai eu aucun mal. Du reste j’étais prêt à tout, sauf à caler si près du but. J’aurais même appelé Rémi à l’internat. Je n’ai pas eu à recourir à cette extrémité. L’annuaire de la première cabine publique m’a renseigné. Des Gauthier, il y en avait plusieurs, mais un seul était horloger, comme, je m’en souvenais, le père de Rémi. J’ai fait le numéro. Pas de réponse. Bon, ce devait être le téléphone de l’horlogerie. Il me restait l’adresse, et l’espoir que la famille habite sur les lieux.

Le carrefour où je me trouvais était désert, mais non loin de là un café projetait sa lumière pisseuse sur le trottoir. On m’y a indiqué le chemin jusqu’à la rue en question. C’était à deux pas.

Alors même qu’il ne me l’avait jamais clairement dit, beaucoup trop pudique pour cela, et que le métier d’horloger pouvait au contraire m’évoquer une certaine aisance, je savais que les parents de Rémi ne roulaient pas sur l’or. Ces choses-là se sentent, mon bon. Je ne m’attendais donc pas à une boutique luxueuse. Mais quand j’en ai découvert l’enseigne et l’exiguïté, j’ai eu un pincement au cœur. Le rideau baissé avait tout d’un cache-misère.

J’ai vu que l’étage était éclairé, lu près de la sonnette le nom de Gauthier. Ouf !

C’est au moment de presser le bouton que j’ai conçu l’absurdité de mon entreprise. Il était encore temps de reculer. D’autres probablement eussent pris ce parti. Vous aussi, peut-être. Mais comment auriez-vous pu vous trouver à ma place ? Moi-même je m’y croyais à peine. Et, préférant échapper aux griffes du doute plutôt que d’affronter le jugement de la raison, j’ai sonné.

À l’étage, une silhouette est apparue derrière les persiennes. On m’a observé un instant, puis on a ouvert la fenêtre, écarté les volets, passé une tête féminine et inquiète.

« Madame Gauthier ?

– Qu’est-ce qui se passe ? C’est Prudent ?

– Non, c’est Norbert. »

Pas peu fier d’avoir deviné qu’il s’agissait du prénom. La question néanmoins demeurait étrange.  

« Attendez, je descends. »

Elle a vite refermé, froid oblige. Je me demandais ce que j’allais faire de mon vélo quand la porte s’est ouverte sur un visage où j’ai immédiatement reconnu le regard de Rémi, en plus mûr et plus grave.

« C’est Prudent ? Il lui est arrivé quelque chose ? »

Je n’ai pas eu le temps de répondre, ni même de comprendre. Comme en écho, un type dans la rue m’a interpellé qui venait vers moi, mi-courant mi-titubant, et que j’avais vu attablé au café d’où je sortais.

« Mais c’est chez moi qu’il allait ! »

Là, j’ai tout pigé. Enfin, l’essentiel, ou le plus utile pour le moment.

Le type n’était plus qu’à deux mètres et il n’avait pas l’air content de me trouver là.

« Monsieur Gauthier ? Enchanté. »

Je me suis présenté en lui tendant la main. Il ne l’a pas prise, mais ça l’a arrêté net.

J’ai ajouté que j’étais un ami de Rémi, que je passais dans le coin, que j’avais toujours eu envie de connaître les parents d’un garçon aussi exceptionnel, et qui leur vouait une affection au moins égale à son immense gratitude à leur endroit, que je m’étais donc permis de leur rendre une petite visite, sans m’annoncer, c’est sûr, enfin j’avais essayé, mais manifestement j’avais fait le numéro de la boutique, peut-être n’avaient-ils pas le téléphone à domicile, pas encore, ça restait un privilège, à moins qu’ils n’aient choisi de s’en passer, on n’est pas obligé de succomber au chant des sirènes de la modernité, quel merveilleux véhicule par exemple que le vélo, un miracle de mécanique, même si, comparé à un mouvement d’horlogerie...

« Qu’est-ce que c’est que cette saloperie ? »

L’espace d’un instant, j’ai cru qu’il parlait de moi, mais non, ou pas directement.

« Vous êtes gaucher ? »

J’ai pensé : Vous êtes bien Gauthier.

« Oui, mais je ne vois pas ce que... »

Sur le point de m’indigner, j’ai vu qu’il regardait ma montre. Comme en général ceux de mon espèce, je la portais au poignet droit, que, concession à la majorité, j’avais depuis longtemps pris l’habitude de présenter aux inconnus quand je leur donnais ma main à serrer.

« Et vous me parlez d’horlogerie ? Foutez le camp.

– Prudent », a dit madame Gauthier, qui était sortie sur le trottoir et faisait mine de s’interposer.

« Quoi ? Je suis pas chez moi ? »

Pas toujours, j’ai pensé. On a entendu une cavalcade dans l’escalier, et un gamin est apparu, le portrait craché de Rémi, avec cinq ans de moins.

« Qu’est-ce que tu fais là ? Et en chaussons en plus ? Remonte t’occuper de tes frères. »

À ma grande surprise, tant la voix de la mère me paraissait manquer d’autorité, il s’est exécuté, tandis que je calculais : au moins quatre garçons. Il y a eu alors une nouvelle cavalcade, et un autre gamin a déboulé, plus jeune que le premier, très différent surtout, non par les traits mais par l’expression, mélange d’effronterie exagérée et de sérieux prématuré.

« Maman, il a fait, y a Lydie qui s’est réveillée ! »

La mère nous a regardés. Elle aussi avait une expression intéressante, qui semblait dire : je suis la plus forte, mais je n’en peux plus, et personne n’a l’air de s’en apercevoir.

« Montez plutôt régler vos comptes au chaud. »

Comme moi, vous jugiez ma démarche surréaliste. Avouez que le plus étonnant était à venir.

« Dans le couloir », a fait Prudent en désignant du menton mon vélo, tandis que son épouse rentrait, précédée du dernier arrivant.

Quelques minutes plus tard, nous étions sept à nous serrer, parmi des odeurs de lessive, de soupe et de pas mal d’autres choses, autour d’une table de cuisine en désordre sauf un côté, où un couvert attendait sagement, mais pas à mon intention, bien sûr. Et je me suis gardé de blaguer à ce sujet. Du reste, j’étais à peine assis que madame Gauthier poussait les assiettes sales pour en placer une propre devant moi, Comme ça mon mari aura de la compagnie, je me suis confondu en remerciements, mais comment savait-elle que je n’avais pas dîné ? Excusez-moi, c’est évident. Pendant ce temps le père sortait son couteau de sa poche, déployait sa serviette et, toujours branché sur ma montre :

« Anquetil aussi la portait à droite, mais pas parce qu’il était gaucher. Pour éviter de se faire mal avec le remontoir quant il pliait les poignets sur son guidon.

– Du coup, pour la remonter ou la régler, il devait l’enlever. »

J’aurais juré que cette remarque lui avait plu. Toutefois cet ivrogne aux yeux injectés et furibonds, à l’esprit clair mais à l’haleine acide, que j’avais vu gravir difficilement l’escalier et qui maintenant trônait avec un semblant de majesté (plus que tenir debout, tenir assis est utile aux monarques, même belliqueux, d’où les statues équestres), me mettait mal à l’aise. Je n’osais pas regarder le reste de la famille, ni du reste l’observer lui, bien que certains détails de sa physiologie me fascinassent, comme ses mains, incroyablement fines et agiles, contrastant avec l’épaisseur bourrue de leur propriétaire. Enhardi par le bon accueil fait à ma sagacité, ou par le bon accueil tout court, j’ai repris :

« J’aurais pu être un Anquetil et non un gaucher.

– Je ne crois pas, non », il a répondu en se laissant servir par son épouse, qui de l’autre bras tenait contre elle un bébé d’un an à peine.

Figé par la honte, je me suis vu gratifier à mon tour d’une pleine assiettée de soupe.

« On a déjà dîné, a fait madame Gauthier en fixant son mari. Si on l’avait attendu...

– C’est très bien comme ça, il a dit ; les enfants, au lit ! »

Comme une petite troupe bien entraînée, les trois garçons ont entassé leur vaisselle dans l’évier avant de disparaître derrière la cloison. On a entendu des bruits d’eau et des rires étouffés.

Je me retrouvais seul avec les parents de Rémi et sa petite sœur.

« Vous avez cinq enfants ? » j’ai fait.

C’est madame qui a répondu.

« Cinq ou six, ça dépend qui on compte. »

Elle ne souriait pas du tout, pourtant je l’ai sentie sourire.

Prudent, sans presque se retourner, a entrouvert derrière lui une des portes hautes d’un buffet d’où il a extrait une rouille d’un litre, à moitié pleine de gros rouge. Il nous en a versé une bonne dose, tandis que madame, sa fille toujours dans les bras, s’asseyait enfin.

La soupe en question était plus qu’une soupe, c’était un plat complet, il y avait là-dedans, outre divers légumes (pommes de terre, navets, carottes, choux, haricots), du pain, des bouts de viande, du lard. J’ai dévoré. Le vin ne valait pas celui de Georges, mais au moins on n’avait pas de scrupules à en rincer son assiette, ce qu’a fait Prudent en m’invitant à l’imiter. Puis on s’est redressés, comme surpris d’avoir englouti tout ça si vite, sous les yeux bienveillants et las de la mère cajolant sa gamine.

Les trois garçons sont réapparus, en colonne par ordre de taille, le petit devant, celui que j’avais le moins vu, encore différent des deux premiers (et de Rémi), huit ans peut-être, des dents définitives énormes et bien espacées, à part ça les traits de son père. Chacun à son tour ils nous ont fait la bise (oui, même à moi), puis, toujours le petit en tête (un certain Éric), ils ont gravi l’escalier, une échelle plutôt, menant via une trappe aux combles aménagés en chambre à coucher. Je me demandais où dormaient les parents quand j’ai aperçu, sous des piles de linge plié, dont pas mal de couches pour bébé, un canapé, et, coincé entre ce lit potentiel et la cloison de la salle d’eau, un berceau. De l’autre côté du canapé, près de la fenêtre, une machine à coudre Singer protégée par son capot supportait bouts de tissus et patrons. Rémi me l’avait dit, sa mère était couturière.

Tandis qu’elle poussait devant nous l’assiette de fromages, Prudent a repris la parole.

« Vous êtes le Norbert qui se bat contre les fachos ? »

Aussitôt j’ai pensé : Nous sommes trop lâches, mon bon. C’était logique de convoquer Rémi, douloureux aussi, parce que je n’avais toujours pas eu l’occasion de le démystifier. D’autres peut-être m’avaient devancé. Si ça se trouve, les parents eux-mêmes savaient. J’en ai avalé de travers la gorgée de vin dont je me refaisais la bouche.

« Rémi vous a raconté ça ? Je suis désolé, c’est un malentendu. Je n’ai rien à voir là-dedans. Simplement, comme j’étais blessé...

– Notre grand fils vous avait prêté beaucoup de qualités. Mais il ne nous avait pas dit que vous étiez modeste.

– Je ne sais pas comment je dois le prendre.

– Avec modestie. »

Au-dessus de nos têtes, le raffut se calmait. Et, dans le silence, on a entendu le tic-tac de la pendule.

« Servez-vous », a fait madame Gauthier.

Je me suis adjugé le rogaton de saint-nectaire.

« Très bon choix », a commenté Prudent. « Et vous nous arrivez comme ça de Paris ? Vous avez roulé quatre cents kilomètres ? Vous n’aviez pas cours ? Ou vous avez séché pour partir plus tôt en week-end ?

– Prudent », a fait madame Gauthier.

Ma claire conscience des enjeux et toute ma détermination, consolidée en route, n’ont pas suffi à vaincre mon mauvais génie. La seule justification possible de ma présence en ces lieux, à savoir une confession complète à des gens qui ne l’avaient pas demandée, pour obtenir d’eux un blâme définitif ou le pardon, m’apparaissait plus nettement que jamais, tandis que je m’apprêtais à retomber dans le mensonge. Le souvenir des Maillard aurait pourtant dû m’encourager. Je ne leur avais pas tout dit, mais je m’étais bien soulagé l’âme à leur parler des raisons de mon voyage. Pourquoi en eût-il été autrement des Gauthier ? J’avais montré ma volonté de rentrer dans le rang. Jeanne, Jean étaient trop singuliers, trop libres pour me guider. Il me fallait des parents responsables. Mais je me suis tenu quitte avec cette simple intention. Je n’étais pas prêt. Bon, la fatigue s’en est mêlée. J’en aurais eu pour des heures à vider mon sac. Toujours est-il que j’ai laissé passer une belle occasion, la dernière, comme on le verra, de remonter dans votre estime.

« Non, je finissais à midi, j’ai pris le train jusqu’à Montluçon, avec mon vélo en bagage accompagné. J’allais voir ma copine pour le week-end. Malheureusement... »

« Bois un coup, mon garçon », a fait monsieur Gauthier en me resservant.

Et vous, accrochez-vous, qui vous croyiez rompu à toutes mes finesses.

 « Merci. Donc je me suis pointé chez elle. Ses parents n’étaient pas censés être là. Ils ne m’aiment pas trop. Je ne suis pas digne de leur fille. »

Un silence. Puis :

« En fait, ils m’attendaient, pour me dire qu’entre elle et moi c’était fini. Et Géraldine, ma copine, n’a pas démenti. Oh ! elle avait l’air désolée. Elle avait beaucoup pleuré, paraît-il. Bon, elle se consolera avec un brillant jeune homme qui sera médecin comme papa. Quand je pense que j’ai cru qu’elle m’aimait. »

Un silence.

« Et toi, mon garçon, tu l’aimes ?

– Prudent.

– Non, la question se pose. Je l’aime, bien sûr. Mais où ça me mène ? À une impasse.

– En attendant, a dit madame Gauthier, ces gens manquent vraiment de savoir-vivre. Vous traiter comme ça !

– J’avoue que ça m’a paru violent. En plus...

– Bois un coup, mon garçon.

– Prudent.

– Non, il faut que ça sorte. C’est pas bon de garder ça pour soi.

– Vous êtes trop bons », j’ai fait. « Rémi a de qui tenir. »

J’ai bu un coup, monsieur Gauthier aussi. Lydie s’était endormie sur l’épaule de sa mère.

« En plus, ils ont osé faire une réflexion sur mon vélo. Disant que pour un pauvre, j’avais des moyens. C’était une moquerie, parce qu’eux évidemment ils peuvent s’en payer de bien plus chers. Moi, le mien, c’est vrai qu’il est beau, mais j’ai bossé pour me l’offrir. J’en ai donné des cours particuliers ! En même temps, ça m’aide pour le bac.

– Oui, Rémi nous a dit. Mon garçon... »

À travers la brume de l’alcoolisme l’œil de monsieur Gauthier brillait d’un nouvel éclat.

« ... Je regrette de t’avoir charrié sur ta montre. Tu n’y es pour rien.

– Vous non plus. C’est normal qu’un artisan, un homme de métier s’émeuve d’une concurrence non seulement déloyale mais scandaleuse pour l’esprit. Vous ne pouvez pas lutter, mais surtout on ne peut pas comparer. Bref, je me suis retrouvé Grosjean comme devant. Alors j’ai pensé à vous. Je me suis dit que vous me comprendriez. D’autant plus que Rémi lui aussi a rompu récemment avec sa copine, à mon avis pour le même genre de raisons. Bon, je vous remercie pour votre hospitalité. Maintenant je vais chercher un petit hôtel et demain je rentre à Paris.

– Un hôtel ? » s’est écriée madame Gauthier, réveillant sa gamine. « Pas question ! Vous dormirez ici.

– Je ne voudrais pas vous déranger.

– Quand on ne veut pas déranger les gens, a fait monsieur Gauthier, on ne débarque pas chez eux sans prévenir à l’heure du dîner. »

J’en étais comme deux ronds de flan. Qu’est-ce qu’il me parlait de l’heure du dîner, lui qui fuyait la table familiale pour aller picoler au bistrot ? Mais tout de suite il s’est déridé : Je plaisante, mon garçon.

« Seulement, a repris son épouse, berçant la petite, Rémi n’a plus vraiment de chambre maintenant qu’Éric est grand. Quand il vient, il dort dans l’atelier. Le lit est fait. Je vais vous préparer une bouillotte. Vous ferez attention de ne pas vous brûler. En bas, vous avez des toilettes et un lavabo avec du savon. Je vais vous donner une serviette et un gant. Au petit déjeuner, nous buvons de la chicorée. Vous y craignez pas, j’espère ? »

Après avoir bien remercié comme il fallait, pour ça et pour le repas, j’ai commencé :

« J’avais quelque chose... »

Je pensais aux chocolats, et me suis retenu in extremis – le nom du confiseur figurait sur la boîte.

« J’avais quelque chose comme une pierre sur le cœur, vous m’en avez débarrassé. »

 

 

Malgré les cent trente bornes et ce dîner substantiel, je n’ai pas dormi de la nuit, ou pas vraiment, pris d’une somnolence agitée, ballotté entre rêve et gamberge dans une tempête de tic-tacs et d’échos, Ἄνδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, Nous sommes trop lâches, mon bon, tic-tac, Je ne suis pas sans famille, mes parents font tous deux des travaux d’aiguilles, Papa picte et maman coud, non, ça, non, ding-dong, de temps en temps une pendule sonnait, jamais la même, un fatras de pendules et de montres occupées à grignoter la nuit comme un peuple de hannetons.

C’était donc là la maison où Rémi avait grandi. Je l’imaginais faisant ses devoirs dans la cuisine avec ses frères pendant que sa mère pédalait sur sa machine et que son père démontait et remontait ses tocantes, à l’époque où ils n’avaient que trois garçons, lesquels, la nuit, se partageaient le grenier, puis Éric était né, au début il avait dormi près de ses parents, comme maintenant Lydie, avant que leur grand frère parte étudier à Paris, hébergé par ce bon monsieur Calmejane, tic-tac, je ne pouvais m’empêcher de comparer les conditions de vie de ces gens aux miennes, allongé sur l’étroite couchette qui tenait lieu de lit à mon copain quand il revenait en congé, ding-dong. Et la honte me serrait le ventre, à moins que ce ne fût le pessimisme, ce mal qui me minait depuis toujours sans que mes pirouettes me le fassent oublier, à défaut de pouvoir le soigner. D’abord porté à croire que Rémi poursuivrait sa brillante ascension et à lui vouer pour cela une admiration sincère quoique mêlée d’amertume, j’ai senti cette nuit-là, beaucoup plus cruelle, la morsure du doute, je devrais dire de la certitude, celle que ses origines ne cesseraient jamais d’être pour lui un handicap, en dépit de ses mérites, et finiraient par avoir raison de ses ambitions, dans ce pays qui n’aime pas les intellectuels autant qu’il le prétend, quand ils sont issus du peuple. Pauvre garçon ! Lui comme moi méritions cette sentence, tous deux victimes – surtout lui, bien sûr – d’une injustice fondamentale.

Qui sait s’il s’en est fallu de beaucoup que je ne décide d’affronter l’ennemi ? Au tournant de ma vie, à l’âge des possibles, j’ai préféré plonger dans l’inconnu.

 

(À suivre.)

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