Intempérie

Publié le par Louis Racine

Intempérie

 

Olga espère que vous avez fait bon voyage et que vous n’avez pas eu trop de mal à trouver la maison. Elle vous prie de l’excuser de ne pas descendre encore ; elle termine de s’habiller. Entrez, mettez-vous à l’aise. Porto ? Whisky ? Bière ? Jus de fruit ? Jus de fruit. Elle va descendre. Olga ! notre invité est là ! Quel temps ! Heureusement, vous êtes venu par la penderie. Vous clignez des yeux, c’est cette lumière. Je vais éteindre le plafonnier ; avec les petites lampes ce sera plus intime. Vous avez dû étouffer. Et la naphtaline. Pas de courbatures ? Avec votre grande taille, vous étiez à l’étroit là-dedans. Au moins, Olga ne risque pas d’avoir son parquet mouillé. Alors, quoi de neuf ? Et cette pièce ? Oh, vous ne savez pas, je ne devrais pas vous le dire, mais comme Olga ne descend pas. Qu’est-ce qu’elle peut bien fabriquer ? Elle tenait à vous faire la surprise. En ce moment nous jouons dans une pièce, vous, moi, et Olga aussi, bien sûr, avec un nom pareil. Ou dans un roman, après tout. Peut-être une simple nouvelle, si ça tourne court. Je n’ai pas dit si ça tourne mal ! Enfin ça vient juste de commencer. Non, n’ayez pas peur. Évidemment notre situation a quelque chose de troublant, nous ne savons rien encore. Sauf que dès le départ c’est pas mal embrouillé. Vous avez noté au passage le coup de la penderie. À mon avis, c’est qu’Olga ne supporte pas d’avoir son parquet mouillé. Simple intuition. Je ne sais rien encore, sauf que je ne suis pas près d’oublier la frayeur que vous m’avez faite en surgissant comme ça, brusquement, alors que nous vous attendions plus tard, beaucoup plus tard, voire pas du tout. C’est pour cela qu’Olga ne descend pas. Elle s’est allongée, elle prend un bain, elle est sortie. Par ce temps ! Ou alors, si Olga ne descend pas, c’est qu’elle a été assassinée. Ou s’est pendue.

Je ne peux pas croire que nous restions là tranquillement à bavarder (enfin, je dis nous, mais jusqu’à présent c’est moi qui parle) à quelques mètres du cadavre d’Olga. Si c’est ça, je préfère aller me coucher ; mais je n’ai pas sommeil, je ne vais pas vous mettre dehors par ce temps, d’ailleurs qu’importe que vous soyez là ou non ? La seule solution pour nous tirer d’affaire, c’est d’oublier tout ça. Vous me croirez peut-être si je vous dis que j’ai seulement voulu plaisanter, par exemple en laissant entendre qu’il pleuvait. Question d’ambiance. Bonsoir, Olga !

 

 

Joseph Dautry

Publié dans Treize vendredis, 3

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