Latéral, littéral

Publié le par Louis Racine

Latéral, littéral

 

Écrire aux grands-parents, aux grands-oncles et tantes, quand j’étais petit, quelle corvée !

J’ai quelques-unes de ces lettres laborieusement rédigées sous la contrainte (jamais sous la menace, encore heureux). Je les ai récupérées après le décès de leurs destinataires, non sans m’attendrir au spectacle de ces reliques pieusement archivées dans des boîtes, du genre : à chaussures.

Mon pensum achevé, je prenais en revanche un réel plaisir – purement esthétique – à inscrire les adresses sur les enveloppes. Quand aujourd’hui je vois le résultat, je suis horrifié. Mais je me rappelle que ce plaisir était en partie gâché par mes doutes orthographiques. La maison de mes grands-parents s’appelait Le Chalet, celle de mes grands-oncle et tante Le Coteau. Et régulièrement j’affublais ces noms d’accents circonflexes qui m’étaient ensuite reprochés.

C’était plus fort que moi. En fait, je résistais à deux aberrations. Coteau sans accent me paraissait une trahison à côte, dont personne n’eût pu me faire douter qu’il en constituait la base étymologique. Et au chalet sans accent il manquait de manière criante un toit, ce toit qui pourtant m’avait heureusement abrité quelquefois.

Bien des années plus tard, je m’indigne des réformes orthographiques hostiles au circonflexe.

Je me sens à côté.

Tellement ici pourtant.

Je tourne les yeux vers la fenêtre, vers la ligne des toits.

Une pente descendante. Un toit à double pente. Une pente ascendante.

À côté.

Dont acte.

 

 

Joseph Dautry

 

Publié dans Treize vendredis, 3

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