Draw in

Publié le par Louis Racine

Draw in

 

à Alan Bathurst

 

Qui m’a montré la voie ? Mon père, peut-être.

Pour dessiner et redessiner inlassablement les plans de sa maison idéale, il s’enfermait des heures dans son atelier, ou aux cabinets.

Il vivait ainsi à côté de nous.

Je ne sais pas, comme lui, matérialiser mes rêves par le dessin. J’hésite à le faire par l’écriture. Je ne suis pas écrivain.

Je matérialise mes rêves par le rêve.

Il y faudra un long et patient entraînement, une ascèse, mais j’y arriverai.

Au sens propre.

J’ai la méthode. Au sens propre.

Je ferme les yeux, et je tâche de voir. Et je vois.

C’est là, j’y suis – sans y être encore.

Petit à petit, je me rapproche de la frontière. Un jour je la franchirai pour habiter là-bas : pour explorer ce pays né au fond de moi, ce domaine où, certes, je ne risque pas de rencontrer grand-monde. Mais où je ne serai pas seul. Je le sais.

Ce lieu de retrouvailles.

Autre exercice, plus difficile : arpenter ce monde-ci en faisant que chacun de mes pas soit aussi un pas de côté. Voilà : c’est la méthode ; la méthode, c’est exactement cela.

Certains s’écoutent parler. Je ne marche pas. Je ne marche plus.

Je marche pourtant, je marche ici, je marche là.

Ça marche !

Pleurs de joie.

Et moi qui croyais que ces choses-là n’existaient que dans la réalité.

 

 

Joseph Dautry

Publié dans Treize vendredis, 3

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