Ça plus ça plus ça, 12

Publié le par Louis Racine

Ça plus ça plus ça, 12

 

Comme vous ne passez probablement pas votre temps à relire les précédents chapitres de ce récit, et que ça en fait une cinquantaine que vous n’avez pas vu Jules et Carmen ensemble, il me semble utile de vous rappeler que ces deux-là se connaissaient bien. Ils s’étaient rencontrés à Étretat, théâtre d’aventures mouvementées, comme on dit sur les quatrièmes de couverture, et, pour ma cousine et moi, sous une autre couverture, mieux adaptée à cet exercice, d’une étreinte à laquelle nous ne prévoyions pas de prolongements, et qu’un auteur moins scrupuleux pourrait qualifier de one-shot.

« Très bien, apparemment », j’ai fait. « Ça n’a pas l’air de trop la perturber cette histoire. Elle nous voit déjà menant une petite vie de famille pépère. J’ai du mal à être aussi optimiste. Déjà, faudrait pas qu’y ait de problèmes pendant la grossesse. Ou que de braves gens la tannent pour qu’elle se fasse avorter, à cause de son âge. Et moi alors ? Je compte pas ? Bon, elle est tout à fait capable de leur tenir tête, mais ça va la fatiguer, elle a pas besoin de ça. Et c’est pas tout. Sa marâtre est fichue de vouloir élever le chiard. Comme on joue à la poupée, vous voyez ? Elle a des côtés femme-enfant, et avec l’oncle qui lui passe tous ses caprices c’est pas près de s’arranger. Seulement elle saura pas s’en occuper. En plus c’est notre môme. Elle a qu’à s’en faire faire, au lieu de voler ceux des autres. Ou à en adopter. Mais pas le nôtre. Lui, il en a des parents, et pas n’importe lesquels, excusez-moi. Et puis elle en voulait surtout pas des lardons la Marie-Jo. Elle s’appelle Marie-Jo. Oui, vous savez. Seulement le temps passe, elle voit peut-être plus les choses de la même façon.

– Et vous, comment les voyez-vous ? »

La question n’avait rien d’agressif ni même d’inattendu, j’avais déclaré à Jules mon intention de le consulter, je n’avais aucune raison de perdre mes moyens, c’est pourtant ce qui s’est passé. Je n’ai pas pleuré, non. Mais impossible de dire un mot. Une boule dans la gorge, grosse, dure, râpeuse. J’ai voulu boire, je me suis étranglé. Avec ça j’avais très chaud. Et des tremblements. Bon, je ne voudrais pas vous faire flipper, mais j’étais mal en point.

Jules, gêné, regardait ses petites mains potelées, comme pour leur demander par quel tour elles allaient pouvoir sauver la scène. Apparemment elles ne trouvaient pas, alors il a changé de sujet, et on a parlé de l’intervention des flics chez les Messmer, tout ça. La parole m’est peu à peu revenue, j’ai participé au commentaire, juste histoire de causer, Jules et moi on s’accordait sur le diagnostic, ces gens étaient bien frappés, il aurait fallu savoir comment ils en étaient arrivés là mais maintenant ce serait difficile, à moins que l’un d’eux n’ait laissé une confession, la seule chose positive là-dedans, en dehors bien sûr du fait qu’on avait mis fin aux agissements de la bande, c’était que les deux frères s’étaient un tout petit peu rapprochés, René avait même téléphoné à Jules pour le remercier de son aide, un message hyper bref, émis du bout des lèvres, mais c’était mieux que rien, et j’ai senti que derrière la colère de mon interlocuteur, elle-même dissimulée par un ton de plaisanterie, palpitait une petite flamme de joie.

Avec ça il n’était pas loin de sept heures et demie et si je voulais rentrer à Clichy ou du moins en donner l’illusion (à un illusionniste !) je ne devais pas traîner. Renfloué par l’argent de la leçon (tu parles d’une leçon !), je m’offrirais à nouveau le taxi. J’ai fait mine de bouger.

« Vous partez ? J’avais l’intention de vous inviter à dîner. »

Ça changeait tout.

« Mais ma mère...

– Oh ! je ne crois pas qu’elle s’en formalise. Je vais l’appeler. Remarquez, non, ce ne sera pas nécessaire, il me semble qu’elle est au courant. »

Il clignait de l’œil, irrésistible. Ainsi, ils s’étaient entendus dans mon dos. Pendant mon prétendu cours d’allemand, tiens ! De la part de Jules, ça me scandalisait moins. Mais, comme je m’étais toujours senti en confiance avec lui, j’ai osé manifester un peu d’humeur.

« C’est ça, je vais me prendre un sermon.

– Vous prendrez ce que vous voudrez. Quand j’invite, je ne lésine pas. »

Il est redevenu un tantinet plus sérieux le temps d’ajouter :

« Votre maman ne m’a rien demandé du tout. Si, une seule chose. Jurez-moi de ne pas vous fâcher.

– C’est ce qu’elle vous a demandé ? »

Il s’est marré.

« Ah ! Norbert... Non, je vais vous le dire. Contre votre promesse de rester calme et digne.

– Je m’attends au pire, mais je promets.

– Elle m’a supplié de veiller à ce que vous fermiez bien votre manteau. »

Il était de nouveau hilare. Ému, cependant.

 

 

Ce gueuleton, mes aïeux ! J’avais déjà pu constater et apprécier le flair de Jules en matière de bonnes tables, le petit restau où il m’a emmené aurait fait se damner un saint. Alors moi, vous pensez.

Vu mon état, et Pégase n’ayant pas encore de remplaçant, on y est allés en taxi. C’était dans une rue étroite et sombre du côté de la Bastille, un établissement qui ne payait pas de mine – qui cachait bien son jeu. Le talent de dénicheur de Jules m’a rappelé Axel, d’autant plus qu’ils avaient des amis communs. La bouffe était tout sauf inventive, le cuistot la jouait valeurs sûres, habitait l’incontestable sans avoir besoin de le revisiter ni de diminuer les portions pour faire moderne, il ne lui serait pas venu à l’idée de remplacer une louche de sauce par un brin d’herbe, et son vin en carafe se passait joyeusement de bouteille et d’étiquette vu qu’il n’avait manqué de rien depuis sa conception jusqu’à sa maturité. Ajoutez à ça qu’on n’avait aucune raison de se limiter, vous aurez bon espoir de voir votre curiosité bientôt satisfaite, car je commence à vous connaître, ce qui vous intéresse le plus ce n’est pas ce que nous avons mangé ou bu ce soir-là mais ce que nous nous sommes dit. Et, la bonne chère aidant, je me suis effectivement livré.

Quand même, ça n’allait pas de soi. Ça va vous paraître bizarre, mais par moments ma confiance en Jules avait tendance à se fissurer, sans cause sérieuse. C’était comme une réminiscence du tout début de notre relation, quand je m’interrogeais sur les motivations de ce petit homme si habile à manipuler les choses, – les gens aussi, peut-être ? Tout à l’heure, j’avais presque éprouvé du dépit en le voyant débarquer au Malebranche, alors que c’était typiquement le genre de chose à prévoir. Qui sait même si ça n’avait pas contribué à me faire choisir cette destination ? C’est vrai, je n’avais pas consciemment projeté de me tourner vers Jules, mais à l’évidence ça valait le coup, même si de le savoir plus ou moins en service commandé devait rompre le charme. Je vous demande pardon ? J’étais plein de contradictions ? Vous avez l’habitude, non ? Et puis qui ne l’est jamais ? Tout ça pour vous dire que si la confiance l’a emporté, c’est de peu. Et l’angoisse, prompte à se muer en claustrophobie dans cet environnement étriqué, après un énième trajet en taxi, et coincé comme j’étais entre des impératifs opposés, ne s’est pas laissé vaincre sans mal. Même, la boule dans la gorge était revenue, et a failli me gâcher une partie du festin, tant j’avais de mal à avaler. Bon, ça s’est calmé vers les trois quarts du soufflé à l’époisses.

Que s’est-il dit alors ? Tout ce qui pouvait faire avancer le schmilblick. Jules m’encourageait tantôt par ses sourires, tantôt par ses commentaires ou ses questions. Non qu’il eût rien à apprendre sur quelque sujet que ce fût, il avait par exemple subodoré ma brouille avec Paula et même percé mes velléités de fugue, traitant chacun de ces aspects avec une égale attention et une indéfectible sympathie. Ce qu’il donnait à voir de son état d’esprit pouvait se résumer ainsi : il était désolé de ce qui m’arrivait, mais comptait sur le temps, sur mon intelligence et sur la bienveillance des uns et des autres pour que la situation s’améliore. L’important était de ne pas céder outre mesure à la colère, de ne pas se complaire dans un entêtement absurde, dans un rôle insincère, de dire franchement ce qu’on avait sur le cœur sans faire grief à autrui de ne pas être immédiatement capable de vous comprendre. Quant à moi, je ne savais plus trop où j’en étais. De soudains élans me portaient vers ma mère et ma sœur, vers Paula, vers Rémi, tous gens qui à l’évidence m’aimaient, l’instant d’après je les bannissais de mon avenir pour me consacrer à ma future compagne et à mon enfant, sans parvenir encore à admettre, malgré les efforts de Jules, qu’il fût possible de concilier les deux partis ; que ce n’était pas parce que je ne savais pas encore comment nous nous y prendrions – ce serait une œuvre collective –, que je devais me résigner au pire voire le favoriser de mon renoncement. La seule chose que j’étais forcé de reconnaître, c’était que Jules lui-même pouvait continuer à entretenir de bonnes relations avec tous les acteurs de cette histoire, sans opportunisme, sans hypocrisie, simplement par amitié. Et, quand je lui ai représenté que tabler sur la bienveillance de Marie-Jo était pour le moins présomptueux, son intelligence n’en parlons pas, il a semblé s’en amuser. « Parlons-en, au contraire. Et parlez-vous. Vous croyez que c’est impossible, parce que vous n’avez pas encore trouvé le moyen. Que dis-je, vous n’avez même pas essayé ! Vous savez, Norbert, tout le malheur du monde vient de ce que les gens ne se parlent pas. C’est à se demander pourquoi nous avons inventé le langage. Il serait temps d’en faire un outil de communication. Je reconnais que ce n’est pas facile. Mais dire que c’est impossible me paraîtrait déraisonnable. »

On s’acheminait donc doucement vers la fin du repas et une ébriété aiguë quoique diserte, quand Jules, après avoir jeté un bref regard sur ses petites mains, a dit d’une voix qui m’a semblé moins assurée :

« Mon cher Norbert, il y a quand même une chose... »

L’angoisse a rappliqué à fond de train. En fait elle n’était pas loin, elle était juste allée faire son tour de jardin. J’ai tâché de me barricader à la flamusse, mais ce n’était pas gagné.

« Je ne sais comment formuler cela... Si je comprends bien, c’est à Étretat que... que votre cousine et vous avez eu ce transport l’un vers l’autre.

– Vous allez pas me dire que vous l’aviez deviné.

– Oh ! ça, non. Mais je me demande... »

Jamais je n’avais vu mon prestidigitateur préféré en proie à un tel embarras. Il s’est lancé comme un chat d’un plongeoir.

« Mademoiselle Carmen est-elle bien sûre que vous êtes le père de son enfant ?

– Pourquoi ? Vous pensez que ça pourrait être vous ? »

C’était destiné à détendre l’atmosphère, brusquement devenue oppressante, pour moi du moins. Quant à l’inspiration, elle n’était pas du meilleur aloi, mais après tout Jules aurait eu tort de s’en plaindre, lui qui n’avait pas spécialement cherché à me garantir de l’ivresse. Il a d’ailleurs esquissé un sourire, chez un autre ça aurait pu passer pour de l’hilarité, chez lui c’était la marque d’une indulgence peinée, il a repris des forces en buvant un coup et c’est là, en le voyant plisser les yeux, que j’ai pigé.

« Oh putain ! »

J’ai aussitôt regretté, heureusement Jules n’était pas homme à prendre ce juron au pied de la lettre s’agissant d’une personne que jamais, absolument jamais je n’eusse insultée ; du reste ce terme n’a jamais, absolument jamais rien eu de dégradant à mes yeux, et c’est une des grandes énigmes de ma vie qu’il en soit autrement pour tant de gens, hommes et femmes. Passons.

Bon, j’ai quand même changé de juron depuis cette époque. J’ai eu par exemple une période Ma donna ! – sans qu’il s’agît de rendre hommage aux origines italiennes de la matouze, laquelle s’en était radicalement détachée, sauf côté bouffe, mais si nous revenions justement à ce dîner ?

Et vous, vous avez compris ?

Loin de moi l’idée de vous refourguer les pages de ces mémoires relatives audit séjour à Étretat et à ses suites, je n’ai pas la fibre commerçante, et je le prouve en vous servant le souvenir sur un plateau (médical, piqûre de rappel oblige) : Carmen pendant ces vacances avait fait la connaissance de Félix, et ils s’étaient pas mal rapprochés, ouvertement, du reste. À tous les coups ils avaient couché ensemble.

Vous savez quoi ? Je n’avais plus faim.

De toute façon, je n’avais plus faim. C’était de la gourmandise.

Je n’étais plus gourmand.

Et j’ai fait une chose incroyable. Même aujourd’hui, en le racontant, mieux, en l’écrivant, avec tout le recul que ça implique et à la fois le travail de raccordement à ma vie psychique d’alors, je n’arrive pas à m’expliquer comment j’ai pu agir comme je l’ai fait. Jusque dans les aspects purement pratiques.

J’ai laissé Jules en plan.

Oh ! j’y suis allé tranquillement, c’est ça le pire.

« Bon, j’ai fait tout en repliant ma serviette (ce qui au restau, je vous le rappelle, n’est pas nécessaire), j’avais encore un truc important à vous dire (je pensais à mon intention de lui révéler la magouille touchant le premier Norbert), mais je crois qu’on va en rester là. »

Et, réussissant malgré une ébriété certaine à me dresser sur mes cannes, je me suis dirigé vers la sortie. J’ai même eu le temps de prier le taulier de m’appeler un taxi avant que Jules me rejoigne, tout emmerdé. Il m’a presque fait pitié, incapable ou empêché qu’il était de me raisonner, a fortiori de me contraindre physiquement, désemparé, sous le regard de la clientèle et du personnel. Pauvre Jules ! Tout ce qu’il a pu faire c’est articuler : « Vous saluerez votre maman et votre sœur de ma part.

– Sûrement pas ! » j’ai lancé, railleur.

Rentrer à Clichy ? Cette blague !

Le taxi est arrivé tout de suite. Je m’y suis engouffré.

« Norbert, a encore dit Jules, jurez-moi de ne pas faire de bêtises.

– Arrêtez de me demander de jurer. Je suis majeur. »

Ça n’avait qu’un vague rapport, mais je ne supportais plus d’être traité comme un gamin.

Et, comme le taxi attendait cette précision :

« À l’Odéon. »

Je me suis marré tout le long du chemin, pour ne pas pleurer, probable. Je me l’interdisais, comme de penser. Des idées, d’accord, de la réflexion, niet. Une extraordinaire assurance me gonflait les plumes, j’aurais défié n’importe qui.

Les événements se sont enchaînés avec la plus parfaite évidence. Quand on est arrivés au théâtre, j’ai vu Géraldine sur le trottoir en compagnie d’une femme que je ne connaissais pas, elles parlaient avec animation, j’ai demandé au taxi de s’arrêter au coin de la rue et d’attendre. La conversation se prolongeait, par moments elle paraissait mal tourner, puis ça se calmait, à la fin Géraldine et la femme se sont prises dans les bras et sont restées enlacées une bonne minute, enfin Géraldine a fait un signe dans notre direction et la femme s’est éloignée vers le boulevard Saint-Germain.

« Vous avez une cliente de plus, j’ai dit, c’est une amie. »

Le taxi n’a pas bronché ni manifesté de surprise particulière, il est allé se ranger juste devant Géraldine qui ne m’a vu qu’en montant à bord, car je m’étais poussé pour lui laisser la place.

« Norbert ! Qu’est-ce qui me vaut le plaisir ?

– Où tu vas comme ça ? T’as pas dîné, bien sûr.

– Je n’ai pas faim du tout. Je rentre chez moi.

– Ça t’ennuie si je te raccompagne ?

– Que nenni ! »

Elle a donné l’adresse au chauffeur.

« Ça fait longtemps que tu attends ?

– Je viens d’arriver. Ça fait longtemps que t’es sortie ?

– Cinq minutes. Je guettais un taxi quand j’ai aperçu le tien. Sans savoir que tu y étais.

– Sinon ?

– J’en aurais pris un autre.

– Comme ça on aurait fait la poursuite.

– Donc tu me cours après.

– J’ai cru comprendre que ce n’était pas d’une exceptionnelle pertinence.

– Tu n’es pas non plus équipé pour. »

Je ne la voyais plus aussi bien que tout à l’heure dans la rue, mais suffisamment pour être frappé par sa beauté grave et sereine, pas du tout de son âge, encore moins du mien.

« Alors, madame la souffleuse, on a bien soufflé ?

– On a soufflé utile. Les comédiens ne connaissaient pas leur texte. Surtout deux d’entre eux.

– Je t’avais prévenue.

– Alors tout va bien.

– Sans blague, c’était dur ?

– C’était intense, mais gratifiant. J’ai eu droit à des compliments. Le public ne s’est rendu compte de rien, si j’en crois Christiane. La femme que tu as vue avec moi.

– Ton invitée.

– Merci en tout cas pour cette expérience.

– Merci de m’avoir dépanné. »

Elle a posé la tête sur mon épaule, sa main a cherché la mienne, l’a trouvée, et on est restés comme ça jusqu’à la fin du trajet.

« Tu montes ?

– Avec plaisir. Je voulais justement te demander si tu accepterais que je dorme chez toi. Un bout de canapé ou même de tapis me suffira. Ou une baignoire.

– Aucun problème, au contraire.

– Et ton père ?

– Il s’en fout de qui je ramène, du moment que c’est pas Christiane. D’ailleurs il n’est sûrement pas rentré. Viens. »

J’ai tenu à payer le taxi. On a pris ce fameux ascenseur-piège, dont la puissance érotique s’était encore accrue. On se faisait face, les yeux dans les yeux, osant à peine respirer, le petit nez de Géraldine, nouvelle version, semblant défier mes lèvres.

L’appartement était plongé dans l’obscurité. On est passés par la cuisine boire un verre d’eau puis on a gagné la chambre.

« Qu’est-ce que tu veux faire ? Causer ? Écouter de la musique ?

– Dormir. Je suis crevé, t’imagines pas.

– Moi aussi. Allez, au lit ! Je te cède le côté gauche. »

 

(À suivre.)

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Épilogue

 

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